‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 109 sur 156 · III. — L'ÉPOQUE n'AuGUSTE ET DES PREMIERS EMPEREURS · texte numérisé non relu

III. — L'ÉPOQUE n'AuGUSTE ET DES PREMIERS EMPEREURS

Diodore de Sicile. — Après Polybe, le premier auteur important est Diodore de Sicile, le plus ancien

fi) Polybe, 1, U. 0-8. Traduction nouvelle.

L'ÉPOQUE D'AUG'JSTB. 381

de ces Grecs romanisés qui, au siècle d'Auguste, profitent, pour leurs travaux, des ressources oilertes par la capitale du monde.

Né en Sicile vers 00 avant J. -G., Diodore se prépara par des voyages à travers l'Europe et l'Asie et par des séjours à Rome à écrire sa Bibliothèque historique, histoire universelle en quarante livres, dont quinze 6ont conservés, et qui s'étendait depuis les temps les plus reculés jusqu'à la conquête des Gaules par César . Simple compilateur, il n a point d'idées originales, et aucune vue d'ensemble n'éclaire son récit; mais son œuvre témoigne d'une grande puissance de travail, elle est utile, et elle est écrite avec clarté en un style moins négligé que celui de Polybe.

Denys d'Halicarnasse. — Plus jeune que Diodore, Denys d'Halicarnasse vint se fixer à Rome après la bataille d'Actium. C'est un -historien et un rhéteur, et chez lui l'œuvre du rhéteur explique celle de l'historien.

Dans ses livres de rhétorique et de critique Sur C arrangement des mot s, S ur les anciens orateurs ,etc. il montre une exacte connaissance des délicatesses de la langue. Comme notre La Harpe, il est trop dogmatique et trop dépourvu de sens historique ; admirateur passionné de Démosthène, il n'a pas su apprécier sainement Platon et Thucydide.

Son Antiquité romaine racontait les premiers siècles de l'histoire de Rome jusqu'au commencement des guerres puniques ; il en reste onze livres sur vingt. L'étendue des recherches y est immense, mais Denys a fort peu l'intelligence des choses politiques; ses jugements sont décousus, et, rhéteur incorrigible, il fait des Romains de l'ancien temps des Grecs bavards qui prodiguent les discours dans toutes les occasions et môme sans aucun motif. Tite-Live a aussi ce défaut, mais avec du eroût et avec le sentiment «le la grandeur romaine. Denys prête à tous la même

éloquence monotone et insipide ; là est le contre-sens, le vice fondamental de son histoire.

Le « Traité du Sublime ». — Aux travaux critiques de Denys il faut rattacher le Traité du Sublime, œuvre d'un inconnu (1),- qui paraît dater de la deuxième moitié du ier siècle après J.-G. Les principes de l'art n'y sont pas autres que dans Aristote, mais on y voit une connaissance plus variée des formes du g-énieetdes conditions de l'éloquence. L'auteur n'a pas l'étroitesse de jug-ement de Denys : il élargit le domaine du g*oût, il donne une grande place aux considérations morales, il ne craint pas, tout Grec qu'il est, d'admirer Gicéron et de le comparer à Démosthène :

Démosthène, dit-il, est grand en ce qu'il est serré et concis ; et Cicéron, au contraire, en ce qu'il est diffus et étendu. On. peut comparer le premier, à cause de la violence, de la rapidité, de la force et de la véhémence avec laquelle il ravage, pour ainsi dire, et emporte tout, à une tempête et à un foudre. Pour Cicéron, on peut dire, à mon avis, que, comme un grand embrasement, il dévore et consume tout ce qu'il rencontre, avec un feu qui ne s'éteint point, qu'il répand diversement dans ses ouvrages; et qui, à mesure qu'il s'avance, prend toujours de nouvelles forces (2).

Strabon. — Si Diodore et surtout Denys s'étaient montrés médiocres historiens, Strabon fut un digne héritier des idées et de la méthode de Polybe.

Né vers 60 avant J.-G., dans la province du Pont, venu à Rome après la bataille d'Actium, mort en 11) après J.-G., Strabon avait continué Y Histoire de Polybe dans des Mémoires historiques dont la perte est d'autant plus regrettable que nous n'avons plus la partie correspondante de l'œuvre de Tite-Live.

Strabon était aussi un géographe : sa Géographie, fruit de nombreux voyages et de patientes recherches,

(1) On l'a longtemps attribué à Longin, rhéteur du m* s. de notre ère.

(2) Traité du Sublime, chap. x. Traduction de Boileau (1674).

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