‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 110 sur 156 · L'ÉPOQUE DES PREMIERS EMPEREURS · texte numérisé non relu

L'ÉPOQUE DES PREMIERS EMPEREURS

fait passer sous nos yeux le monde connu des anciens ; il ne se contente pas d'y étudier la configuration des pays, et il se plaît à décrire les institutions dus peuples et leurs mœurs.

Esprit généra lisateur comme Polybe, Strabon peu:: des tableaux d'ensemble. Les progrès de la compi romaine avaient vivement frappé l'esprit de Polybe; l'esprit de Strabon ne l'est pas moins quand il considère l'unité majestueuse des pays riverains de la Méditerranée. Aussi se fait-il une haute idée de son œuvre, du but qu'il poursuit, et de l'esprit qui l'anime :

Ayant publié des Mémoires historiques que nous croyons devoir contribuer aux progrès de la philosophie morale et politique, nous avons voulu composer en outre le présent ouvrage; il servira les mêmes intérêts; nous l'adressons aux mêmes lecteurs, à ceux qui exercent de hautes fonctions. De môme que, dans notre premier ouvrage, nous n'avons mentionné que les faits relatifs aux hommes et aux vies illustres, omettant à dessein tout ce qui pouvait paraître petit et obscur, ain.-ù là encore nous avons dû négliger les petits faits, les événements trop peu considérables, pour insister davantage sur les belles et grandes choses, qui réunissent à lafois l'utile, l'intéressant et l'agréable. Dans les statues colossales, on ne recherche pas l'exactitude minutieuse des détails; on accorde plutôt son attention à l'ensemble, au bon elTet de cet ensemble; il faut appliquer ici le môme jugement. Car notre ouvrage est aussi, peut-on dire, un monument colossal qui reproduit uniquement les grands traits et les effets d'ensemble, sauf le cas où tel petit détail nous aura paru de nature à intéresser à la foie l'érudit et l'homme pratique (1).

Philon le Juif. — A la même époque appartiennent deux écrivains juifs, le philosophe Philon et l'historien Flavius Joseph.

Lorsque Philon naquit à Alexandrie vers l'an 20 avant J.-C, il existait dans le monde grec, des colonies juives qui, en perdant peu à peu l'usage de la langue hébraïque, s'étaient partiellement helléni-

(!) Strabon, 1, 1, 23. Traduction Tardieu retouchée (daus Marcel Dubois Examen de la Géographie de Strabon, p. 292).

sées. Celle d'Alexandrie était la plus importante, et c'est pour son usage qu'avait été faite la traduction grecque de la Bible appelée Bible des Septante (1). ' Dans ce milieu l'hellénisme s'était si bien répandu que les Juifs instruits d'Alexandrie, au temps où Philon commença de penser et d'écrire, voyaient dans la philosophie grecque une sorte d'émanation des textes bibliques. De cette idée étrange procède, l'œuvre considérable de Philon.

Cette œuvre comprend deux groupes d'ouvrages. Le premier est formé par des commentaires de livres de la Bible auxquels l'auteur applique l'interprétation allégorique avec une liberté inouïe, faisant dire aux textes tout ce qu'il veut et y retrouvant les doctrines de la philosophie grecque. A l'autre groupe appartiennent des ouvrages de propagande ou d'apologie et des traités philosophiques adressés aux païens qui se sentaient attirés par le judaïsme. Tout cela témoigne d'une rare puissance d'esprit et est animé d'un souffle généreux même dans les parties les plus discutables. Tout cela encore est d'une morale très pure, car Philon est un ascète et un stoïcien, qui, en se pénétrant de l'esprit juif et de l'esprit des morales helléniques, fait prévoirladiscipline moraledu christianisme. C'est chez lui qu'on trouve pour la première fois l'idée de lh conscience morale qui commande et qui juge. Son style ample et harmonieux pêche par la prolixité et la monotonie, mais pour la première fois aussi la langue grecque est mise au service d'une piété ardente et d'un mysticisme sincère qui s'adresse directement à Dieu. Les Pères de l'Église grecque ont lu Philon, et ils lui doivent une part de leurs idées.

Flavius Joseph. — Flavius Joseph, né à Jérusalem en 37 après J.-GM fait prisonnier en 66 lors de la révolte des Juifs qu'il avait essayé d'empê-

(1) La légende dirait que Ptnléinée Pli-';i lel,.lie «tait coulié le soin de cette traduction h soixante doutt savants juifs

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cher, sut plaire à Vespasien son vainqueur, alors général de Néron ; puis il fut confié par Vespasien devenu empereur à Titus auprès duquel il assista au siège et à la ruine de Jérusalem (70 ap. J.-G.) ; il vécut ensuite à Rome où il jouit de la faveur de Vespasien, de Titus et de Domitien.

Joseph écrivit d'abord la Guerre des Juifs, récit de la révolte qui aboutit au siège de Jérusalem, œuvre soignée, mais où il s'applique trop à faire sa propre apologie et le panégyrique de la politique romaine. Plus tard, il achevait V Antiquité juive, où l'histoire des Juifs est retracée depuis la création du monde jusqu'à Tan 66 après J.-G. . les dix premiers livres, qui nous mènent jusqu'à la captivité de Babylone, suivent de trop près, en l'abrégeant même, l'Ancien Testament, pour être intéressants; dans les dix derniers, rédigés d'après des sources variées, et où le récit devient plus ample, Joseph fait œuvre utile, et il conduit son récit avec intelligence et clarté. Deux autres de ses ouvrages nous ont été conservés : ce sont une curieuse Autobiographie etle traité Contre Apion, apologie du judaïsme dirigée contre les incrédules et contre diverses calomnies des écrivains grecs.

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