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STOÏCIENNE, L'HISTOIRE, LALITTÉRATURE SAVANTE

Dion Chrysostome. — Au-dessous de Plutarque, mais dans le même temps, nous placerons d'abord

(I) Auiyot, prciAiitTe préfacr uux lecteurs, fin.

parmi les représentants de la philosophie stoïcienne Dion Chrysostome.

Dion, surnommé Chrysostome, c'est-à-dire « bouche d'or », à cause de son éloquence, commença par être le plus illustre représentant d'une rhétorique ou sophistique nouvelle dont nous reparlerons bientôt, et qu'il finit par faire servir à la diffusion de la philosophie. Né à Pruse, en Bithynie, vers Tan 40, dans une famille ancienne et riche, d'abord sophiste extravagant, amoureux de soi-même et de la gloire, allant de ville en ville pour y discourir à tout propos et hors de propos sur tous sujets, il commençait à se fixer dans sa patrie lorsqu'il encourut la disgrâce de Domitien sous la forme d'une interdiction de séjourner soit en Italie, soit en Bithynie : exilé, il porte jusqu'aux limites de l'empire, dans le pays des Gètes, les lumières d'une philosophie pratique qui s'inspire surtout de la doctrine stoïcienne, et il l'accommode aux auditeurs les plus humbles. Quand la mort de Domitien (en 96) le ramène dans sa patrie, puis à Rome où l'attendent les sympathies de Nerva et de Trajan, soit qu'il y vive, soit qu'il habite sa ville natale, soit qu'il voyage encore en différentes parties du monde grec, il soutient partout son rôle d'apôtre, et il est le type accompli du prédicateur de morale populaire. Il reste de lui quatre-vingts compositions ; quelques-unes sont des dialogues, presque toutes ont la forme de discours ; elles traitent des sujets les plus variés, morale, philo sophie, politique, quelquefois même littérature.

Le stoïcien Épictète et Arrien son disciple. — Dion, sophiste converti, était venu tard à la philosophie. Au contraire, son compatriote de Bithynie, Arrien, né à Nicomédie (fin du Ier s.), avait été, très jeune encore, l'élève du stoïcien Épictète : sans être jamais un philosophe de profession, il contribua dans la première partie de sa vie et plus que tout autre à faire connaître la philosophie de son maître ; plus tard

DION, ËPICTETE, ARRIEN. 393

il fut un historien distingué dans le genre de Xénophon. Examinons ces deux aspects de sa physionomie.

Le maître d'Arrien, Épictète, d'Hiérapolis en Phrygie, pauvre et boiteux, d'abord esclave, puis affranchi, avait entendu à Rome les leçons du stoïcien Musonius Rufus (1) ; chassé de Rome avec les autres philosophes par Domitien, en 94, il s'était retiré à Nicopolis en Épire, où il avait eu de fervents disciples, et il y était mort vers Tan 125. « Supporte et abstienstoi », telle était sa maxime favorite, qui résume sa philosophie. Arrien voulut propager sa doctrine, comme avait fait jadis Xénophon pour Socrate, et dans cette intention il écrivit les Entretiens cTÉpictète (8 livres). Sans avoir le charme des Mémorables, les quatre livres conservés de ce recueil sont une vivante image de la société stoïcienne du n' siècle et de l'enseignement d'Épictète : l'élévation des pensées, une simplicité de style qui n'exclut ni l'éloquence, ni la poésie, ni l'allure dramatique, tout indique qu'Épictète en personne a passé par là ; le maître y apparaît avec la douceur de son âme, la familiarité de sa parole et la rigueur de ses vertus.

Arrien a encore résumé laphilosophiedeson maître dans le Manuel d'Épictète, rédigé assez longtemps après les Entretiens en choisissant dans ceux-ci les passages les plus caractéristiques, puis en les condensant dans un langage incisif et pittoresque : c'est un abrégé, un bréviaire. Voici l'un des plus beaux chapitres du Manuel :

Ne te donne jamais pour philosophe, et, le plus souvent, ne parle pas maximes devant ceux qui ne sont pas philosophes;

(1) Musonius Ru fus, chevalier romain dont la maison fut sous les règnes de Mérou et de Vespasien comme le sanctuaire du stoïcisme, était avant tout un professeur de morale pratique, causant avec qui venait le consulter, ou donnant •n grec des conférences publiques, mais n'écrivant rien. Son enseignement fut rédigé par un disciple mal connu dans des Mémorables dont le compilateur Stobée (vi* siècle) nous a conservé d'assez lonjjs extraits, rédaction incolore d ■aollo qui ne vaut pas celle des Entretiens d'Epictètt par Arrien.

rtlf plutôt ce que les maximes : prescrivent : ainsi, dans un repa», ne dis pas comment on doit, manger, mais mange connu»- on le doit. Sou\iens-toi que Socrate s'était interdit toute ostentation, au point que des gens venaient le trouver pour se faire présenter par lui à des philosophes; et il les menait, tant il «ouffrait qu'on ne fît pas attention à lui.

Si, entre gens qui ne sont pas philosophes, la conversation tombe sur quelque maxime, garde le plus souvent le silence; tu cours grand risque de rendre aussitôt ce que tu n'as pas encore dig&ré. Quand on te dit que tu ne sais rien, si tu n'en es pas piqué, sache qu'alors tu commences à être philosophe. En effet, ce n'est pas en rendant, leur herbe aux bergers que les brebis leur montrent combien elles ont mangé ; mais, quand elles ont bien digéré leur pâture au dedans, elles produisent au dehors de la laine et du lait: de même, ne fais pas étalage des maximes devant ceux qui ne sont pas philosophes, mais commence par les digérer pour les produire en pratique (1).

Quand Arrien écrivit les Entretiens et le Manuel, il suivait déjà sans doute la carrière militaire où nous le voyons engagé jusque vers l'an 130, époque ou Adrien l'éleva au consulat. Il devint ensuite gouverneur de Gappadoce. Puis il se retira à Athènes : il aimait passionnément cette ville, et, entre les écrivains attiques, il avait pour Xénophon une admiration presque puérile, à laquelle nous devons en partie les ouvrages historiques et divers qu'il composa dans sa retraite.

Historien, il a écrit, le partageant en sept livres comme Xénophon, et lui donnant, fidèle au même souvenir, le titre (ÏAnabase, un récit de la vie et des conquêtes d'Alexandre d'après les relations (aujourd'hui perdues) de son lieutenant Ptolémée (2) et d'un certain Aristobule qui avait également fait partie de l'expédition du héros macédonien. Pour le fond, c'est une œuvre sage et timide, plus consciencieuse qu'originale, mais l'auteur écarte de son sujet le merveilleux légendaire auquel s'était attaché l'historien latin

(1) Arrien, Manuel d'Èpiclète, ch. xlvi. Traduction Thurot (Paris, Hacbett ),

(2) Fils de Lagos et fondateur de la dynastie des Lagides.

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