U NOUVELLE SOPHISTIQUE. 3Ô
origines historiques à l'éloquence dite asiatique, et c'est en Asie qu'elle jette le plus vif éclat : après [a chute de la liberté à Athènes, l'art de la parole «''migrant dans les écoles de l'Asie grecque était tmn!
lence; nous connaissons mal l'éloquence asiatique des trois derniers siècles avant l'ère chrétienne, niais les fragments conservés et les jugements portés sur elle par Cicéron ou Donys d'Halicarnasse témoignent de sa froideur déclamatoire et de son mauvais goût. La sophistique nouvelle, qui se relie à cette éloquence, lui apporte le souci artistique; par l'étude assidue des orateurs classiques et des autres maîtres de la prose ou de la poésie, elle en fait « la forme d'art la plus remarquable que le génie grec ait produite dans son dernier âge » (1).
Malheureusement cette forme d'art avait poussé dans les écoles de trop fortes attaches et restait privée des luttes fécondes de la liberté politique. Elle manqua d'une matière vivante sur laquelle elle pût s'exercer, et, loin d'être jamais une éloquence d'action, elle fut plutôt une éloquence d'apparat, gênée par le fardeau des habitudes scolaires, n'ayant rien de pratique et ne cherchant qu'à se faire admirer.
La profession de sophiste et les sujets traités. — Il faut donc se représenter le sophiste du 11e siècle comme un professionnel de la parole, préoccupé de se produire en public avec tous ses avantages : il se soumet à un exercice quotidien, fait de lectures, d'improvisations orales et de compositions écrites ; il travaille sa voix et son débit comme un chanteur, et ses gestes comme un acteur ; les séances oratoires qu'il donne dans la ville où il réside, dans les villes voisines, et plus loin encore, s'appellent des montres; orateur ambulant, il excite d'avance la curiosité, et on l'applaudit avec passion. Tantôt il fait parler un personnage
(i) Maurice Croisât, Hist. de (a 'ai. gr.. t. V, p. 547.
historique dans une circonstance connue, et c'est alors un vrai discours de tragédie, l'orateur incarnant le personnage qui est censé parler ; tantôt il traite un sujet juridique, un plaidoyer fictif; il compose aussi des discours de cérémonie, harangues officielles d'un caractère presque lyrique, tant le langage y ressemble à celui de la poésie ; ou bien il développe un paradoxe frivole, par exemple l'Éloge du perroquet ou l'Éloge de la mouche ; quelquefois, il se pique d'être philosophe, il traite des questions de morale sous la forme de Conférences, mais alors même, selon un joli mot d'Aulu-Gelle, souvent « ce n'est pas un philosophe qui parle, c'est un joueur de flûte qui se fait entendre » (1).
Principaux sophistes : -flElius Aristide et Maxime de Tyr. — Les nouveaux sophistes furent nombreux. Déjà Dion Chrysostome, avant sa conversion au stoïcisme, était un sophiste. Après lui, il serait intéressant de s'arrêter sur la physionomie du Garien Polémon, illustre à Smyrne sous Adrien et Antonin, bel esprit inventif et habile, au demeurant très sot, — ou sur celle d' Hérode Atticus, élevé au faîte des honneurs par Antonin, puis devenant un des bienfaiteurs de la Grèce et en particulier d'Athènes sa patrie (2). Mais de tous les sophistes du ne siècle les mieux connus, leurs œuvres étant bien conservées, sont JElius Aristide et Maxime de Tyr.
jEUus Aristide (129-189), originaire de Mysie, compta Hérode Atticus parmi ses maîtres , se fit applaudir à Alexandrie, puis vécut en Asie, à Pergame et à Smyrne. Il reste de lui plus de 50 discours, qui sont d'un déclamateur, et dont le pathétique est banal. Toutefois ce déclamateur ne se contente pas, comme tant d'autres, de juxtaposer des traits brillants :
(1) Aulu-Gelle, V, 1.
(2) On voit encore à Athènes, au pied de l'Acropole, le» ruines de l' Odéon offert à Athènes par Hérode Atticus
il est capable d'argumenter et de discuter. Par le style il est un des plus attiques entre les écrivains du 11e siècle, et il représente en face du mauvais goût régnant la bonne tradition classique. Il eut dans les siècles suivants des admirateurs passionnés.
Maxime de Tyr, dont la vie est mal connue, est inférieur à jElius Aristide. Il reste de lui quarante et une dissertations. Ce sophiste était un philosophe platonicien qui, à l'occasion, empruntait des idées à d'autres écoles : sa doctrine philosophique et morale demeure étouffée sous un verbiage prétentieux. Il est inutile d'en parler plus longuement, et mieux vaut étudier en la personne de Lucien comment un sophiste bien doué est devenu un excellent pamphlétaire.