‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 131 sur 156 · SAINT BASILE · texte numérisé non relu

SAINT BASILE

quelque infortune, et les conseils moraux y sont très élevés et très pratiques.

C'est à ses Homélies, par lesquelles il instruisait le peuple de Césarée, que saint Basile doit sa plus grande célébrité. Les unes, Sur la Création, connues sous le nom (VIfexa/iétnéron (l'œuvre des six jours), sont abondantes en développements lyriques et en tableaux brillants; d'autres, Sur les Psaumes, d'un ton pluscalme, visent davantage à l'instruction morale. Les autres sont consacrées tantôt à l'histoire des martyrs du ive siècle, et ce sont alors de véritables oraisons funèbres ou panégyriques des saints, tantôt à des questions proprement théologiques, tantôt à quelque thème de morale religieuse.

A ce dernier genre appartiennent le Discours aux jeunes gens sur la lecture des auteurs profanes et le Discours sur Vavarice. — Tout en faisant de justes réserves sur certaines parties de la littérature profane, saint Basile ne met pas en doute la légitimité de son emploi dans l'éducation; et, contre ceux de ses contemporains qui voulaient la proscrire entièrement, il montre qu'elle n'est pas seulement une gymnastique de l'esprit, un exercice de style et de pensée, mais une source abondante d'exemples et de préceptes utile pour former les Ames aux bonnes moeurs et les préparer à l'Évangile. — Lorsqu'il traite de l'avarice, il est sans pitié pour les mauvais riches, et il plaide la cause des pauvres avec pathétique, comme dans ce tableau du père de famille réduit par la misère à vendre ses enfants :

Comment vous mottrai-je sous les yeux les angoisses du pauvre '/ Ayant tout compté, il vientde reconnaître qu il n'a pas, qu'il n'aura jamais d'argent, et que son chétif mobilier vaut la peine quelques oboles. Que faire? 11 tourne enfin sesyeux vers ses enfants, et se dit qu'en les mettant en vente sur le marché, ilacquerrait quelque ressource pour se sauver de la mort imminente. Contemplez le combat qui se livre entre les tortures de la faim et l'amour paternel h La faim lui montre la mort terrible qui

l'attend, la nature le retient et l'exhorte à mourir alors avec ses enfants: poussé dans un sens, dans un autre, il succombe enfin sous l'implacable étreinte de la misère. Mais quel nouveau combat remplit l'âme de ce pèrel Lequel vendrai-je le premier ? Lequel tentera davantage le marchand de blé? Prendrai-je l'aîné ? Mais je respecte en lui le droit d'aînesse. Choisirai-je le plus jeune ? J'ai pitié de son âge, qui ne comprend pas encore la souffrance Celui-ci est l'image vivante de ses parents, celuilà montre d'excellentes dispositions à s'instruire. Terrible incertitude 1 Où me tourner? sur lequel tomberai-je? contre lequel prendrai-je une âme de bête? pour lequel oublierai-je la nature humaine? Si je les garde tous avec moi, je les verrai tous mourir de faim. Si je vends l'un deux, de quels yeux regarderai-je les autres, qui me considéreront comme traître et perfide ? Gomment habiterai-jeune maison où j'aurai fait moi-même une place vide? Comment m'approcherai-je d'une table dont la nouvelle abondance aura une telle cause ? Enfin, après avoir beaucoup pleuré, le père met en vente le plus aimé de ses fils. Son affliction ne t'émeut pas. Quand la faim presse ce malheureux, tu prolonges son tourment partes hésitations et tes ruses. II t'offre ses entrailles, en échange de quelque nourriture : non seulement, au moment de le payer, ta main n'est pas frappée d'immobilité, mais tu marchandes sur le prix, t'efforçant de irer un bénéfice de ce marché horrible! Ni larmes ne t'émeuvent, ri gémissements ne t'attendrissent : inflexible, implacable, tu vois une seule chose, l'or (1)1

Pour faire apprécier plus exactement l'orateur que fut saint Basile, il faudrait pouvoir ne point se borner à cette citation. Rappelons du moins sur son éloquence les jugements autorisés du patriarche Photius (ix# siècle) et de Fénelon, qui se complètent l'un par Fautre. « Basile le Grand, dit Photius, est excellent dans tous ses discours ; nul n'est plus habile que lui pour la pureté, la clarté, la justesse... Par Tordre et la netteté des pensées il est le premier, ou du moins personne ne le surpasse... Son discours est coulant : on diraitdeseauxquise répandentnaturellementdune source abondante (2). » Mais cette facilité, bien marquée par Photius, est tempérée par la précision

(1) Homélie VI, 4. Traduction de Paul AU&rd^Saint Basile, p. 179-180.

(2) Photius, Bibliothèque, 141.

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