SAINT GKÉGOIRE DE NYSSE
at par la gravité. « Saint Basile est grave, dit Féneion, sentencieux, austère même dans la diction. Il avait profondément médité tout le détail de l'Évangile ; il connaissait à fond les maladies de l'homme, et c'est un grand maître pour le régime des âmes (1). »
Saint Grégoire de Nysse. — Saint Grégoire de Nysse, le jeune frère de saint Basile, fut d'abord professeur de rhétorique ; attiré vers le sacerdoce par l'exemple fraternel, évoque de Nysse en Gappadoce (371), il devint l'un des théologiens les plus écoutés de l'Orient, et mourut dans les dernières années du iv* siècle.
Sa réputation repose avant tout sur son œuvre dogmatique, qui est considérable. On a aussi de lui des traités de morale chrétienne, une cinquantaine de Discours et quelques Lettres. Très savant et très philosophe, il écrit moins bien et il est moins orateur que son frère et que saint Grégoire de Nazianze. L'enflure et les procédés de la rhétorique suppléent trop souvent dans son éloquence aux dons naturels; il a protesté contre la pratique des rhéteurs, mais leur enseignement avait alors tant de force sur l'esprit souple d'un disciple docile que les impressions de la jeunesse survivaient inconsciemment chez ceux qui ne trouvaient pas en eux-mêmes assez de ressources personnelles pour s'en affranchir.
Saint Grégoire de Nazianze. — Saint Grégoire de Nazianze, le condisciple de saint Basile, fut comme Aui merveilleusement doué pour l'éloquence. Mais tandis que Basile est un homme d'action que la solitude charme parfois sans le retenir, Grégoire, d'un naturel plus méditatif, se lasse vite de l'action pour lui préférer la retraite et le silence.
Né vers 330 à Arianzeen Gappadoce, il fréquente les
(1) Fénelon, Dialogues su- l Eloquence, 111
écoles de sa province, puis celles de Césarée de Palestine etd' Alexandrie, celles d'Athènes enfin où il séjourne plus longtemps et devient pour toujours le plus intime ami de son compatriote Basile. Rentré en Gappadoce,il y retrouve son père Grégoire, évêque de Nazianze. En ce temps-là, le célibat ecclésiastique n'était pas encore obligatoire partout, même pour les évêques : Grégoire le père, d'abord membre d'une confrérie d'Hypsistariens ou adorateurs de Zeus Hypsistos, s'était converti tardivement sur les instances de sa femme et avait été élu évêque peu de temps après son baptême. Son fils ne tarda pas à recevoir les ordres sacrés et vécut à Nazianze auprès de ses parents comme auxiliaire du vieil évêque, auquel il succéda en 374. Mais dès 375 le séjour de Nazianze lui pèse, et il va vivre en solitaire à Séleucie d'Isaurie. En 379, appelé par les orthodoxes de Gonstantinople au plus fort de leur lutte contre l'arianisme, il cède à leurs instances et devient leur évêque ; dès 381, fatigué par d'incessantes difficultés, il quitte Gonstantinople et se retire dans la solitude à Arianze où il meurt en 390. Son œuvre comprend des Discours, des Poésies et des Lettres.
Les Lettres, au nombre de deux cent quarantetrois, furent écrites presque toutes pendant les dernières années de sa vie ; plus courtes que celles de saint Basile, elles se rapportent en général à des affaires privées et renseignent moins sur l'histoire du temps, mais elles sont élégantes et font connaître lame de l'auteur.
A la même période appartiennent la plupart des Poésies, poèmes théologiques et poèmes historiques, épitaphes, petits morceaux gnomiques ou épigrammes ; les plus intéressants sont les poèmes historiques, où Grégoire parle de lui-même et raconte sa vie. Ce sont là plutôt, malgré une sincérité souvent émue, des œuvres indécises où un instinct très réel de poète