SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE. 4ÎW
est gêné par l'influence secrète du théologien et de l'orateur.
Arrêtons-nous davantage sur les Discours : quarante-cinq sont conservés, et ils datent des diverses périodes de la vie de Grégoire ; leur éloquence est moins simple, plus ample et plus éclatante que celle des homélies de saint Basile ; Grégoire cherche trop à plaire à l'auditoire, mais telle est sa puissance naturelle, telle l'élévation de sa pensée toujours sincère qu'il n'en demeure pas moins comme saint Basile et s.iint Jean Ghrysostome un très grand orateur. Et cet orateur apparaît jusque dans les morceaux les plus dogmatiques, ces cinq Discours dethéologie prononcés à Constantinople pour démontrer la divinité du Fils et du Saint-Esprit et qui l'ont fait appeler « le Théologien » par excellence. A plus forte raison apparaît-il dans les discours d'un caractère historique comme V Éloge de saint Atlianase ou Y Éloge de saint Basile.
Cette dernière oraison funèbre est peut-être son chefd'œuvre, et il yamistoutsoncœur. « S'il y parle volontiers de lui-même, dit M. Maurice Groiset (i), quel hommage il rend cependant à la supériorité de caractère qu'il sentait chez Basile ! Les détails familiers et précis abondent, mais les grands traits sont en pleine lumière. Il raconte avec grâce, avec sentiment ; et, quand il a fini de raconter, il juge de haut, il dégage les qualités maîtresses avec la sûreté d'un historien et l'émotion d'un ami. Ses dernières paroles ont été imitées par Bossuet dans son Oraison funèbre du prince de Condé, et elles méritaient de l'être. L'appel adressé à tous ceux auxquels Basile avait fait du bien est d'une ampleur et d'une plénitude remarquables ; et il y a quelque chose de singulièrement touchant dans la iaçon dont l'orateur éteint ensuite volontairement l'éclat de sa parole, pour finir sur une prière
(1) A. «I M. Croiset, Hl*. de ta litt. #r., » », y t)46.
Secs*. — Litt. tfr. 25
attendrie. » Citons, nous aussi, cette admirable pa^e de péroraison :
Réunissez-vous tous ici, compagnons de Basile, ministres des autels, serviteurs du temple, et les citoyens et les étrangers ; secourez-nous pour achever son éloge, chacun de vous racontant une de ses vertus, s'attachant à un trait de sa vie. Regrettez tous, les grands un législateur, le peuple un guide, les savants un maître, les épouses l'appui de leur vertu, les simples un conducteur, les esprits curieux une lumière, les heureux un censeur, les infortunés un consolateur, la vieillesse un soutien, la jeunesse une règle, la pauvreté un bienfaiteur, la richesse un dispensateur des aumônes. Il me semble que les veuves doivent célébrer leur protecteur, les pauvres l'ami des pauvres, tous enfin celui qui se faisait tout à tous afin de gagner toutes les âmes.
Reçois cet hommage d'une voix qui te fut chère, d'un homme ton égal en âge et en dignité. Si mes paroles approchent de c*> qui t'est dû, c'est grâce à toi : c'est par confiance en ton secours que j'ai entrepris cet éloge. Si je suis resté beaucoup au-dessous, pouvait-il m'arriver autre chose dans l'abattement où m'ont mis la vieillesse, les maladies et le regret de ta perte ? Mais le Seigneur agrée ce que nous faisons selon notre pouvoir. Pour toi, regarde-nous du haut des cieux, âme heureuse et sainte (1) t