‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 134 sur 156 · V. — Les Pères de l'Église (suite · texte numérisé non relu

V. — Les Pères de l'Église (suite

Saint Jean Ghrysostomk.

Vie de saint Jean Chrysostome et caractère général de son œuvre. — Le plus éloquent des Pères de l'Église grecque, saint Jean, surnommé Chrysostome (bouche d'or), originaire d'une importante famille chrétienne, naquit à Antioche vers 347 et y fut l'élève de Libanios. Après quelques succès dans l'éloquence des tribunaux, il se retire dans les montagnes de la Syrie ; il y passe six années, d'abord avec les moines, puis en solitaire ; c'est une période d'ascétisme et d'études préparatoires, mais une

(1) Traduction de Pialon, dans son Étude historique et littéraire sur saint Basile. !• éd., Paris, 1369, p. 283.

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période féconde, car il écrit alors des traités de morale religieuse où perce sa vive et naturelle éloquence. Revenu à Antioche, diacre en 381, prêtre en 386, il se rend célèbre par ses prédications qu'il poursuit dans cette ville jusqu'à la fin de 397. A cette date l'empereur Arcadios l'appelle au siège archiépiscopal de Gonstantinople. Dans cette situation difficile, il se distingue par ses vertus, sa charité, son zèle, et, là encore, par son éloquence, bien que trop d'affaires l'empêchent de prêcher avec la même régularité qu'en Syrie; mais par son zèle môme il s'attire des ennemis, il déplaît à l'impératrice Eudoxie dont il a blâmé la conduite, et en 403 il est violemment conduit en exil. Cet exil est d'abord très court; mais, dès IVuitomne de 403, un nouveau conflit avec Eudoxie provoque l'exil définitif (juin 404) qui le mène jusqu'à Gueuse, pauvre et lointaine bourgade de Cappadoce, où il passe trois années, toujours dévoré d'une inlassable activité, entretenant une correspondance suivie avec ses amis de Gonstantinople et d'Antioche, encourageant des missions sur divers points de l'Asie Mineure, et composant ses derniers traités de morale religieuse. Pendant l'été de 407 un nouveau lieu d'exil, fort éloigné de Gueuse, lui est assigné ; il meurt en route à Gomano en Arménie.

Saint Jean Ghrysostome n'est pas un théologien, mais plutôt un moraliste très expert dans la conduite des âmes et très éloquent. Son œuvre, la plus considérable de la littérature chrétienne en langue grecque, comprend, comme un rapide aperçu de sa vie l'a montré, des Traités, des Homélies, des Lettres.

SesV Lettres » et ses « Traités ». — La plupart des Lettres (il en reste deux cent trente-huit), appartiennent à la période de l'exil. Elles ne constituent pas, comme celles de saint Basile, un document important pour l'histoire générale, mais elles montrent sous le plus noble aspect le caractère de Chrysos-

tome qui ne connaît ni la haine ni la faiblesse Le long* traité Sur le Sacerdoce est celui qui passe pour son chef-d'œuvre. Bien que Chrysostome l'ait composé sous forme de dialogue, il n'y rivalise pas avec Platon, et c'est le ton oratoire qu'il y garde de préférence ; la langue est très pure et le style très soigné. On y admire la précoce maturité de l'auteur : Jean était à peine diacre lorsqu'il le publia; or il y parle de la sublimité, des dangers et des devoirs de l'état ecclésiastique avec une rare fermeté de pensée, une merveilleuse sûreté d'observation, et il supplée par une divination puissante à l'expérience qui lui manque encore.

Saint Jean Chrysostome orateur. — Si intéressants et si beaux que soient les Traités de saint Jean Chrysostome, son œuvre oratoire reste son principal titre au souvenir de la postérité : de tous les Pères de l'Église grecque il n'en est aucun qui ait prêché davantage et dont nous ayons conservé plus ftHomélies, aucun dont l'action sur ses auditeurs paraisse avoir été aussi grande. Son éloquence est admirable de facilité, de mouvement et de couleur : la période s'y développe avec un abandon plein de grâce ; le style y passe aisément de l'élévation majestueuse à la familiarité, il est riche en images variées, en métaphores originales, en comparaisons frappantes.

Mais le don le plus précieux de Chrysostome, c'est le tour pratique et l'efficacité de sa parole. « Il a, dit M. Puech son dernier historien, il a donné sa perfection à l'homélie, dont il a fait avant tout un sermon efficace et intelligible à tous. Telle qu'il la conçoit, l'homélie, en sa composition un peu lâche qui sent toujours l'improvisation, contient à la fois un enseignement très simple du dogme, donné au moyen d'une exégèse qui recherche dans le texte sacré, plutôt que l'allégorie, le sens historique et. l'exemple; et une prédication morale qui se rattache, tantôt de près,

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