‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 135 sur 156 · SAINT JEAN CHRYSOSTOME · texte numérisé non relu

SAINT JEAN CHRYSOSTOME

tantôt plus librement, à l'exégèse, s'attaque successivement à tous les vices selon les besoins du moment, et apporte aux auditeurs une règle précise de conduite pour toutes les conditions de la vie (1). »

Les « Homélies » d'Antioche : l'affaire des Statues, la prédication morale. — L'orateur n'arriva pas du premier coup à cette maîtrise. Il prêchait depuis un an devant le peuple d'Antioche en cherchant sa. véritable voie lorsqu'une crise mémorable établit l'union intime entre le pasteur et le troupeau. C'était en 387, vers la fin de l'hiver : au sujet d'une taxe établie par l'empereur, les habitants avaient renversé les statues de la famille impériale ; Théodose ayant annoncé des représailles, et l'évêque Flavien étant parti pour Constantinople afin de conjurer sa colère, Jean soutint le courage du peuple et le consola, jusqu'au jour où il put lui annoncer la clémence de l'empereur, dans les homélies Sur les Statues, Voici la page bien connue où il reconstitue par la pensée « non sans rhétorique, non sans quelque verbosité, mais avec une réelle émotion (2) », le discours de Flavien à Théodose

Regarde combien il sera beau dans la postérité que l'on sache qu'au milieu des périls d'un si grand peuple dévoué à la vengeance et aux supplices, quand tous frissonnaient de terreur, quand les chefs, les préfets, les juges étaient saisis de crainte et n'osaient élever la voix pour les malheureux, un vieillard s'est avancé avec le sacerdoce de Dieu, et par sa seule présence, par ses simples paroles, a vaincu l'empereur; et qu'alors une grâce que l'empereur avait refusée à tous les grands de sa cour, il l'accorda aux prières d'un vieillard, par respect pour les lois de Dieu. En effet, ô prince! mes concitoyens n'ont pas cru te rendre un médiocre honneur, en me choisissant pour cette mission ; car ils ont jugé (et ce jugement fait ta gloire) que tu préf rais la religion dans ses plus faibles ministres à toute la puissance du trône. Mais je ne viens pas seulement de leur part ; je viens au nom du souverain des cieux pour dire à toi-

p) A. Puecb, Saint Jean Chrysostome, p. 181M90. (f) Jàid., p. 52.

i3& LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE.

rime clémente et miséricordieuse ces paroles de l'Évangile : « Si vous remettez aux hommes leurs offenses, Dieu vous remettra les vôtres. » Souviens-toi de ce jour où nous rendrons compte de nos actions, et songe que, si tu as commis des fautes, tu peux les effacer toutes par un pardon, sans combat, sans effort. Les autres envoyés apportent de l'or, de l'argent, et des offrandes semblables ; moi, je m'approche de ta puissance avec le livre de notre sainte loi dans les mains; je te le présente, au lieu de tous les dons, et je te conjure d'imiter ton souverain maître, qui, chaque jour offensé par nos fautes, ne se lasse pas de nous prodiguer ses bienfaits. Ne confonds pas nos espérances ; ne démens pas nos promesses. Je veux que tu le saches : si tu veux bien apaiser ta colère, si tu rends à notre ville ton ancienne amitié, je m'en retournerai plein de confiance; mais si tu as banni Antioche de ta pensée, je n'y retournerai pas, je ne verrai plus son territoire, je le renierai pour jamais, je deviendrai citoyen d'une autre ville: je ne voudrais pas d'une patrie pour laquelle toi, le plus humain et le plus clément des hommes, tu serais devenu cruel et sans pitié (1).

L'affaire des Statues avait assuré l'autorité de Ghrysostome. Alors commence pour lui un apostolat d'un peu plus de dix années auprès du peuple d'Antioche auquel il prêche la plus pure morale chrétienne, combattant les relâchements qui s'introduisaient dans les mœurs pour ramener celles-ci à la sévérité de la morale évangélique. Nous ne pouvons donner une idée de la variété de cette prédication. Disons du moins qu'il s'y montre l'apôtre par excellence de la charité sous toutes ses formes, et citons une très belle page où il recommande la pratique de l'hospitalité :

Combien peu sont les hôtes de leurs frère* t {On sait trop bien qu'il y a une maison commune de l'Église qu'on appelle l'hôpital. Mais l'on devrait agir soi-même, aller s'asseoir aux portes de la ville, accueillir spontanément les arrivants. Au contraire, on compte sur les ressources de l'Église. On oublie que la charité ei un double but : elle doit profiter autant & celui qui l'exerce

(i) Sur le retour de l'évéque Flavien (XXI* et dernière des homélies Sur le» Statues), § 43-46 de l'édition Ragon. Traduction de Villemain dans le Tableau dç l'éloquence chrétienne au 1 V* siècle.

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