‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 136 sur 156 · SAINT JEAN CF1RYS0ST0ME · texte numérisé non relu

SAINT JEAN CF1RYS0ST0ME

qu'k celui qui la reçoit. A raisonner comme le font ceux qui se refusent à pratiquer l'hospitalité eux-méme» en leur propre domicile, on devrait conclure aussi qu'il faut laisser les prêtres prier pour la communauté et renoncer soi-même à la prière. Cependant on loge sans difficulté les soldats, sur la réquisition des autorités civiles. On ne veut pas en faire autant pour les pauvres, sur la réquisition du Christ. Les pauvres cependant sont nos défenseurs contre les dénions, comme les soldats contre les barbares... Ayez donc chacun à domicile un Xenodochium (1) proportionné & vos ressources ; réservez dans votre maison une chambrv pour l'hôte, c'est-à-dire pour le Christ. Chargez un de vos serviteurs — et ne craignez pas de choisir le meilleur pour cet office — d'y recevoir et d'y soigner les mendiants et les infirmes. Sinon, si vous vous refusez à faire ce sacrifice, si vous ne voulez pas introduire Lazare à vqtre foyer domestique, recevez-le du moins à l'écurie. Oui, recevez le Christ & l'écurie. Vous frémissez, c'est bien pis de lui refuser votre porte (2).

Les « Homélies » de Constantinople : l'affaire de la disgrâce d'Eutrope. — A Constantinople, si la prédication de Chrysostome se fit plus rare, elle ne fut ni moins pratique ni moins éloquente ; elle eut même plus souvent à s'exercer dans quelques-unes de ces circonstances exceptionnelles où un orateur, porté par son sujet, se surpasse et donne toute 9a mesure. Déjà à Antioche la sédition de 387 avait révélé à Chrysostome les ressources de pathétique de son génie, ce qu'on peut appeler sa grande manière, qui rappelle (malgré les différences) l'éloquence classique d'Athènes et de Rome ; à Constantinople, quand il est mêlé à de graves événements politiques, quand il entre en conflit avec le pouvoir. civil, cette grande manière lui devient presque ordinaire, et jamais il ne l'a plus complètement pratiquée que dans ses deux homélies Sur la disgrâce d'Eutrope. Eutrope, favori d'Arcadios, après s'être fait donner le consulat et avoir obtenu de l'empereur, malgré l'opposition de

(1) ZivoSojrtTov, mot grec qui signifie littéralement « asile, abri pour étrangers » (î) Homélie Sur les Actes des Apôtres, 45. Traduction A. Puech, Saint Jean Chrysostome, p. 66-67.

Chrysostome, une mesure qui retirait aux églises leur antique droit d'asile, vit tout à coup sa fortune changer : une intrigue de cour et une sorte d'émeute de la garnison ayant mis sa tête en danger, il se réfugia dans une église en se réclamant de ce droit d'asile qu'il avait prétendu abolir. Ce fut pour Ghrysostome une revanche éclatante. Le dimanche qui suivit la chute du favori et sa fuite à l'église, il prêcha devant lui sur la vanité des biens de ce monde, il expliqua pourquoi il lui prêtait asile malgré son indignité, il demanda pour lui des prières et souhaita la grâce de l'empereur; et voici Texorde de cette première homélie :

C'est toujours le moment, mais c'est aujourd'hui le moment plus que jamais de s'écrier: Vanité des vanités, et tout est vanité. Où est maintenant l'éclatante dignité du consul? Où est aujourd'hui la lumière des torches? Où est le bruit de la foule, le vivat du cirque, la flatteuse acclamation du théâtre? Tout cela est passé ; un orage soudain a fait choir les feuilles, et dévasté l'arbre, si bien que le voilàmaintenant pareil à un tronc dépouillé, dont la racine même est ébranlée et qui vacille. Où sont main tenant les amis doucereux, qui sacrifient à la puissance et ne songent qu'à plaire par leurs paroles et par leurs actes? Tout cela n'était qu'un songe nocturne, et à l'apparition du jour il s'est évanoui. C'étaient des ileurs printanières ; le printemps a passé, et toutes se sont flétries. C'était une ombre, eUelle n'est plus ; c'était une fumée, et elle s'est dissipée. C'est pourquoi nous devons toujours nous répéter la parole divine: Vanité des vanités, et tout est vanité 1 Cette parole devrait être gravée sur les murailles, sur les vêtements, sur les marchés, sur les maisons, dans les rues, et surtout dans la conscience de tous, et nous devrions toujours y penser : car le mensonge et l'apparence, l'illusion des choses terrestres, la foule les prend pour réalité. Chaque jour, à chaque repas, dans toutes les réunions, chacun devrait la redire à son voisin, chacun devrait l'entendre de son voisin : Vanité des vanités, et tout est vanité. Ne t'ai-je pas toujours dit — continuait l'orateur en apostrophant Eutrope — que la richesse est fugitive ? Mais tu ne voulais pas m'entend re. Ne t'ai-je pas dit qu'elle est ingrate? Mais tu ne voulais pas me croire. Vois, aujourd'hui l'expérience t'a montré qu'elle n'est pas seulement fugitive, qu'elle n'est pas seulement ingrate, mais encore qu'elle est meurtrière. C'est elle qui t'a conduit ici,

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