LES LETTRES CHRÉTIENNES AU V SIÈCLE
tence sociale, plus de force de résistance ouverte. Les discussions se resserrent entre orthodoxes et hérétiques. . . L'enseignement même de la morale chrétienne n'a plus les mêmes stimulants ; car le christianisme élimine peu à peu de la vie sociale l'élément païen, de telle sorte que la contradiction latente diminue chaque jour. Enfin les thèmes d'enseignement moral sont constitués, comme aussi ceux de la dévotion. On n'a donc plus les mêmes efforts à faire, et, comme il arrive en pareil cas, dès que l'intelligence cesse de créer, elle s'affaiblit en raison de ses ressources mêmes (1). »
Trois noms seulement sortent alors du commun, celui de Synésios au début du siècle ; puis ceux de saint Cyrille d'Alexandrie et de Théodoret.
Synésios. — Synésios (mort vers 414) est l'une des figures les plus singulières de ce temps. Païen de naissance, élevé dans la discipline du néo-platonisme, chrétien tardif, et aussitôt évêque de Ptolémaïs en Gyrénaïque où il possédait de vastes domaines (409), il se montra ferme et généreux et utile à son pays, dans son court mais actif épiscopat. Il reste de lui quelques Traités divers, des Discours, des Lettres, des Hymnes d'une poésie médiocre; ces œuvres, d'intérêt et de valeur très mêlés, appartiennent aux diverses périodes de sa vie.
Saint Cyrille d'Alexandrie. — Saint Cyrille <T Alexandrie, né vers 380, évêque de sa ville natale de 412 à 444, année de sa mort, a laissé de nombreux écrits. Il a présenté une œuvre d'apologie générale dans sa Défense du Christianisme contrç Julien dont nous n'avons plus que le premier tiers. Tout un groupe d'écrits discute les opinions hétérodoxes, en particulier le Nestorianisme (2) que Cyrille fit condamner
(1) A. et M. Crowet, Hitt. de la lia. gr., t. V, p. IOM. (?) Nestonos, archevêque de Constantinople, soutenait qu'il y a en Jésus-Christ |fux persouaes distincte?» Tune divine, l'autre huniaiue, la personne divinç
aux conciles de Rome (430) et cTÉphèse (431). Un autre groupe, moins bien conservé, comprend quelques Homélies, des fragments de Commentaires sur diverses parties de l'Ancien et du Nouveau Testament, et une centaine de Lettres. Cyrille est un esprit net, logique, ardent, mais il n'a point dans le style et dans l'éloquence ce naturel et cet instinct de la beauté qui font le charme des grands évêques du ive siècle.
Théodoret. — Né à Antioche vers 386, évêque d'une bourgade de Syrie, mort vers 458, et longtemps partisan de Nestorios, Théodoret a moins d'importance que Cyrille dans l'histoire religieuse du ve siècle. Mais ses œuvres, très nombreuses et variées, se sont presque toutes conservées. Les plus remarquables, écrites d'un style clair et sobre, sont une Démonstration de la vérité chrétienne d'après la philosophie hellénique, des Commentaires sur l'Ancien et le Nouveau Testament, et une Histoire ecclésiastique qui continue celle d'Eusèbe.
Après ces auteurs, la littérature grecque chrétienne présente de moins en moins d'intérêt. Nous ne suivrons pas plus loin son histoire : ce serait dépasser les justes limites de cette étude.
RÉSUMÉ
La langue grecque a servi encore par une riche littérature à la propagation du christianisme.
Au ier siècle et au commencement du h» appartiennent les livres du Nouveau Testament, et les œuvres des Pères apostoliques f saint Clément de Romeysaint Ignace, etc.).
Le ue siècle est celui des Pères apologistes {saint
venant s'unir d'une union purement morale et extérieure à la personne humaine de manière à faire de celle-ci le porteur de la divinité (•io?opo0 et rien de plus ; il ajoutait que la mère de Jésus-Christ ne pouvait être appelée Mère de Dieu (Icotôxo;) mais seulement mère d'un homme, mère du Christ (/purcoTÔxoç). Les conciles proclamèrent Jésus-Christ à la fois Dieu et homme en une seule personne et maintinrent à Marie le titre de Mère de Dieu («lotrxo;).
LA LITTÉRATUHE JHRÉTIENNK. 445
Justin, saint Irénée, etc.), qui défendent et justifient la foi contre ses multiples adversaires.
La fin du «• et la première moitié du m* siècle voient fleurir YÉcole d Alexandrie, principal foyer des études de philosophie religieuse et d'exégèse biblique, illustrée par les œuvres variées et savantes de Clément d'Alexandrie et d'Origan*.
Le ive siècle est l'âge d'or de la littérature grecque chrétienne. Eusèbe écrit une savante Histoire ecclésiastique. Les Pères de l 'Église unissent à la science les dons de l'éloquence : tels sont saint Athanase, patriarche d'Alexandrie ; saint Basile, évêque de Césarée en Cappadoce, où il instruit le peuple par ses Homélies, moraliste aussi remarquable par la facilité <ue par la précision et la gravité de sa parole, génie supérieur à celui de son frère saint Grégoire de Nysse; puis l'intime ami de saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, surnommé « le Théologien », dont l'ample et éclatante éloquence se fait admirer dans ses Oraisons funèbres de saint Athanase et de saint Basile, et dont les Poésies ne sont pas sans valeur.
Le ive siècle se glorifie surtout de saint Jean Chrysotome (347-407), qui par l'étendue et par la valeur de ses œuvres (Lettres, Traités, Homélies) est le plus renommé des Pères de l'Église grecque. Son éloquence se distingue non seulement par l'éclat et le pathétique qui font de lui presque l'égal de Démosthène et de Gicéron, mais par le tour pratique et l'efflcacité de sa parole. Il prêcha d'abord et principalement à Antioche, sa ville natale, puis à Constantinople, dont il fut l'évèque et qu'il ne quitta que pour aller mourir dans la disgrâce et l'exil. Ses prédications les plus célèbres sont, pour la période d'Antioche, les homélies Sur les Statues, et, pour la période de Constantinople, les homélies Sur la disgrâce d'Eutrope.
Au v siècle, la décadence littéraire du christianisme grec est très rapide même dans les œuvres intéressantes et importantes à divers titres de Synésios, de saint Cyrille d'Alexandrie, et de Théodoret.
LECTURES RECOMMANDÉES
Sur l'ensemble du chapitre : Bardenheweb (0.). £e* Pères de l'Église, leur vie et leurs œuvres, traduction française par P. Godet et G. Verschaffel, 3 vol. (Paris, Bloud), et Geschichte der altkirchlichen Litteratur (pour les trois premiers siècle*?), 2 vol., Fribourg, Herder, 1902etsuiv. ; Batiffol (M** ), Anciennes littératures chrétiennes, La littérature grecque (Paris, Leco fifre); Croisët (à. et M.), Histoire de la littérature grecque, t. V; L. Duchesne (M&r), Histoire ancienne de l'Église, t. I et II (Paris, Fontemoing) ; Harnack, Geschichle der altchristlichen Litteratur (4 vol., Leipzig, 1893 et suiv.); Rauschen, Éléments de patrologie et d'histoire des dogmes, traduits de l'allemand et adaptés par E. Ricard, 4906. — Pour une bibliographie détaillée, voir A. Pcech, La littérature grecque chrétienne en 1901 et La littérature grecque chrétienne depuis 1901, dans la Revue de synthèse historique, nM de juin 1901 et d'avril 1907.
Sur les Pères du IIe et du IIIe siècle : Rivière (Jean), Saint Justin et les apologistes du IIe siècle (Bloud) ; Dufourcq (Albert), Saint Irénée (ibid.) ; A. de la Barre, Clément d'Alexandrie (article du Dictionnaire de théologie catholique, fascicule XVIII, 1906) ; Prat (Ferdinand), Origène, le théologien et l'exégète (Bloud).
Sur les Pères du IVe siècle: Villemain, Tableau de V éloquence chrétienne au /Fesièc/e (1846); de Broglie (A.), L'Église et l'Empiré romain au IV* siècle (6 vol., 1856-1866); F. Cavallkra, Saint Athanase (Bloud, 1908) ; Paul Allard, Saint Basile (Lecoffre, 4» éd. 1905) ; Méridier, L'influence de la seconde sophistique sur l'œuvre de Grégoire de Nysse (Rennes, 1906); À. Puech, Un réformateur de la société chrétienne au IV* siècle, saintJean Chrysostome (Hachette, 1891), et Saint Jean Chrysostome (Lecoffre, 4* éd., 1905).
TEXTES A CONSULTER
La bibliographie des éditions spéciales est dans les ouvrages ci-dessus cités de Bardenhewer, Batiffol, Croiset ; nous nous bornerons à de brèves indications.
L'ensemble de la littérature grecque chrétienne a été édité par J.-P. Migne dans son Palrologiae cursus completus {Patrologia çneca, 161 vol.. 1857-1866). — L'Académie de Berlin publie chez Hinrich & Leipzig: Die Griech hen chrisilichen Sç/trifUteller
Avr ersten drei loArhunderte (16 volumes parus de 1897 à 1908). — Une collection nouvelle» Textes et documenté pour l'étude historique du christianisme, est en publication depuis 1904 chez Alph. Picard à Pnris sous la direction des abbés Hbptker et Lkjat. — En! Soi Ps. Dubner a publié dan» la Bibliothèque Didot un volume d Œuvres choisies de saint Jean Chrysostome qui oontient entre autres textes le traité Sur le Sacerdoce et les homélies Sur les Statues.