‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 22 sur 156 · DESTINÉES DE L' « ILIADE » ET DE L' « ODYSSÉE · texte numérisé non relu

DESTINÉES DE L' « ILIADE » ET DE L' « ODYSSÉE

lyrique a chantés et que la tragédie a mis sur la scène. C'est le mélange d'abondance et de mesure dans V Iliade et dans YOdyssée qui a inspiré les développements de la trilogie dramatique et le plan si large d'un historien comme Hérodote. C'est à la langue homérique, comme à une source féconde, que sont venus puiser les grands auteurs pour vivifier leur style, et l'on a pu écrire avec raison : « Homère est le père de la langue littéraire de la Grèce, et il serait bon de le savoir par cœur, afin de bien comprendre tous les auteurs qui ont écrit dans sa langue (1). »

Les artistes aussi connaissaient Homère, et l'on rapporte (2) que l'idée de la statue de Zeus fut donnée à Phidias par les vers de Y Iliade où le poète montre le dieu ébranlant l'Olympe d'un signe de sa tête.

D'ailleurs les poèmes homériques étaient le fondement de l'éducation : on les apprenait par cœur, on rattachait à leur étude l'enseignement moral. « Ce poète est l'instituteur de la Grèce », écrivait Platon (3), qui pourtant n'aimait guère les poètes ; et plus tard,

(en pleine civilisation romaine, le rhéteur grec Dion Chrysostome pouvait dire : « Homère est le commencement, le milieu et la fin, pour tout enfant, tout homme, toutvieillard, carde son propre fondil donne à chacun la nourriture dont on a besoin (4). »

Homère au moyen âge et dans les temps modernes. — Le moyen âge grec n'oublia pas les épopées homériques, et le xn* siècle nous a laissé deux commentaires importants : l'un, celui de Tset s es y sur Y Iliade ; l'autre, celui d'Eustathe, archevêque de Thessalonique, sur Ylliade et YOdyssée. Mais l'existence d'Homère n'était pas mise en doute, et les suppressions proposées par la critique alexandrine

(1) Henri Weil, Sept tragédies d'Euripide, Introduction, p. xlyîi.

(2) Strabon, VIII, ni, 30, qui cite ïlliade, I, 52S-530.

l'i) Platon, République, X, p. 606: t<iv 'EWi&a. mitaiStu*iv owto; é Kouft^t. (4) Dion Curysostonie, dise. XV11I, p. 478, éd. Reiske.

Eggkr. — Litt. gr. 4

n'ébranlaient pas la croyance en l'un té dés deux poèmes : il faut aller jusqu'au xvie siècle avant de trouver la trace d'idées nouvelles sur ce sujet.

Encore une forme scientifique ne fut-elle donnée à ces idées qu'après la publication du manuscrit de Venise, lorsque l'allemand Frédéric-Auguste Wolf, frappé du nombre des suppressions de vers proposées par les Alexandrins, écrivit ses fameux Prolégomènes (1795), qui ont fait époque dans l'histoire des études sur l'antiquité grecque. Il allait jusqu'à y déclarer que les épopées homériques étaient des chants isolés qu'on ne pouvait attribuer à un auteur unique : selon lui, les deux poèmes ne dataient que du jour où Pisistrate avait fait recueillir tant de fragments épars. Les travaux de Wolf ont ouvert un débat qui n'est pas terminé, mais qui ne sera jamais stérile : l'esprit et la science gagneront toujours quelque chose à l'étude approfondie' d'oeuvres si pleines de faits et d'idées, si attrayantes aussi parle charme d'une poésie supérieure et du mystère peut-être impénétrable de leurs origines.

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