LES « TRAVAUX ET JOURS
pour y prêter avidement l'oreille au* débats des tribunaux. Il a peu de temps a donner aux procès, celui qui n'a pas su amasser des provisions pour son année, et recueillir, dans la saison, ces fruits que porte la terre, que donne Dèmèter (1).
Il faut donc travailler, car « les dieux ont caché aux hommes les sources de la vie (2) », et l'humanité n'est plus heureuse comme au temps de l'àye d'or:
Les humains vivaient alors comme les dieux, le cœur libre de soucis, loin du travail et de la douleur. La triste vieillesse ne venait point les visiter, et, conservant durant toute leur vie la vigueur de leurs pieds et de leurs mains, ils goûtaient la joie dans les festins à l'abri de tous les maux. Ils mouraient connue on s'endort, vaincus par le sommeil. Tous les biens étaient à eux. La campagne fertile leur offrait d'elle-même une abondante nourriture, dont ils jouissaient à leur gré, qu'ils recueillaient paisiblement ensemble, comblés de biens (3).
Après l'âge d'ar sont venus l'âge d'argent, puis l'âge d'airain. L'âge de fer est celui de l'humanité actuelle, et pour y vivre il faut s'armer de courage, aimer la justice, le dur labeur, la vertu :
0 Perses, que mes paroles pénètrent au fond de ton cœur f Prête l'oreille à la voix de la justice, et oublie pour toujours les conseils de la violence. Car telle est la loi qu'a établie le fils de Cronos : il permet aux monstres de la mer, aux bêtes sauvages, aux oiseaux ravisseurs, de se dévorer les uns les autres ; ils n'ont point la justice. Mais aux humains il a donné la justice, ce don inestimable. Celui qui la connaît, qui l'annonce hautement au milieu de ses concitoyens, reçoit de Zeus, aux regards auquel rien n'échappe, tous les biens de la fortune, Il n'en est pas ainsi du méchant, qui porte témoignage contre la vérité, qui ose profaner par des mensonges la sainteté du serment. Eu blessant la justice, il s'est lui-même blessé à mort: sa postérité disparait, tandis que le juste, fidèle au serment, laisse derrière lui une race toujours florissante.
Je t'enseignerai d'utiles vérités, ô trop aveugle Perses! Sans doute, il en coûte peu pour commettre le mal ; la pente en est
(1) Travaux et Jours, 27-32 Pair toutes lu citations des Travaux et Jours, traduction Putin.
(2) Jbid. 42.
(o) lbid. 111-149.
facile, il est sous notre main. Devant la vertu, au contraire, les dieux ont placé la sueur; la route qui y mène est escarpée,
un accès difficile et rebutant; mais, à mesure qu'on s'élève, elle s'aplanit sous nos pas...
Sois toujours fidèle à mes leçons, 6 Perses, comme moi enfant de Zeus, Travaille avec tant d'ardeur que la faim te prenne en haine, que Dèmèter, à la riante couronne, te chérisse et remplisse tes greniers. Car la faim est l'inséparable compagne de l'homme oisif. L'homme oisif est également en horreur et aux dieux et aux hommes ; c'est cet insecte sans aiguillon, ce frelon avide, qui s'engraisse en repos du labeur des abeilles. Pour toi, ne refuse pas de te livrer aux travaux convenables afin que tes greniers s'emplissent, dans la saison, des fruits de la terre (1).
2° Les préceptes d'agriculture et les conseils sur la navigation (v. 383-694). — Les préceptes d'agriculture et les conseils sur la navigation forment la seconde partie des Travaux et Jours. Si beaucoup de préceptes y font défaut, si la peinture de l'hiver y dépasse la mesure des autres descriptions du poème, c'est qu'Hésiode ne cherche pas, comme Virgile dans ses Géorgiques, à présenter un ensemble complet et régulier : il ne combat pas l'ignorance, mais l'oisiveté, le découragement ; peu lui importent alors quelques préceptes de moins, pourvu que par une énergique et longue description de l'hiver il mette au cœur du paysan la crainte de cette saison, et qu'il l'exhorte d'une manière indirecte à tenir prêtes ses provisions pour passer en sûreté les mauvais jours!
Garde-toi de fréquenter les forges, les tièdes portiques chauffés par le soleil, tous ces lieux de réunion, dans la saison rigoureuse où le froid détourne du travail des champs. Dans cette saison même, un homme laborieux saurait accroître son bienêtre. Grains, en ces jours mauvais de l'hiver, de te laisser surprendre par le besoin, par l'indigence...
Il faut se garder du mois Lénœon, de ces jours mauvais, si tanestes aux troupeaux, de ces tristes frimas qui se forment
(i) Travaux et Jours, 274-292 et 293-307.