‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 34 sur 156 · LA « THÉOGONIE · texte numérisé non relu

LA « THÉOGONIE

unique; l'effort d'abstraction y étant plus grand que dans les Travaux, l'auteur a dû vivre assez longtemps après Hésiode, vers le commencement du vu' siècle.

L'épisode des Titans. — La lutte de Zeus contre les Titans est l'épisode le plus remarquable de la Théogonie. On n'y trouve point ce qui caractérise les batailles homériques, cet art de nous faire assister aux détails de la lutte, de peindre les combattants avec toutes leurs passions par leurs discours et par leurs actes; Ici c'est un "tableau plus général où le poète nous captive par la puissance de son imagination, par une phrase sonore et magnifique, par des qualités moins fines et moins profondes que celles des aèdes de Y Iliade, mais toutefois par une émotion réelle et vraiment poétique.

Tous en ce jour appelaient la guerre, et les dieux, et les déesses, et les Titans, et les fils de Cronos, et ces fiers et indomptables combattants à la force immense, ramenés par Zeus du fond de TÉrèbe et des abîmes de la terre. Cent bras sortaient de leurs épaules, et de là aussi, au-dessus de leurs robustes membres, s'élevaient cinquante têtes. Armés d'énormes rocs, ils se placent en face des Titans, dont les phalanges se rassemblent et se serrent ; des deux parts, ils ont une égale ardeur à montrer ce que peut la force de leurs bras. Soudain retentissent d'un bruit affreux la mer immense et la vaste terre, et le ciel ébranlé gémit; le haut Olympe tremble jusque dans ses fondements, quand se heurtent les immortels ; au sombre Tartare même parvient le bruit du choc terrible, des pas qui se précipitent, de l'indicible mêlée, des coups violemment portés; de tous côtés volent les lamentables traits; la voix des deux partis qui s'animent au combat frappe le ciel étoile ; du champ de bataille s'élève une immense clameur. Zeus ne contint pas longtemps dans son Ame le courroux belliqueux dont elle était remplie : bientôt il fit paraître toute sa puissance. Il allait, lançant le tonnerre du haut de l'Olympe, du haut du ciel. De sa main infatigable partaient sans cesse, avec leurs roulements et leurs éclairs» les carreaux enflammés. La terre féconde brûle en frémissant; les vastes forêts éclatent; toul bouillonne, et la terre entière, et les courants de l'Océan, et la mer immense; autour des Titans infernaux se répand une vapeur étouffante,

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on tir embrasé , leurs audacieux regards sont éblouis, aveuglés Dar !es lueurs de la fondre. L'incendie gagne jusqu'au Chaos; et, à ce que voien^les yeux, à ce qu'entendent les oreilles, on eût dit que la terre et le ciel se confondaient, l'une ébranlée sur sa base, l'autre tombant de sa hauteur.

Tel était le fracas de ce combat que se livraient les dieux 1 En même temps les vents soulèvent d'épais tourbillons dépoussière, et les transportent, avec les éclairs et les tonnerres, ces traits du grand Zeus. avec les clameurs et le tumulte delà bataille, au milieu des deux armées. Du sein de l'affreuse mêlée s'élève un bruit effroyable ; la force et le courage, s'y déployant de part et d'autre, font pencher la balance. Longtemps on avait lutté avec une ardeur obstinée ; mais, au premier rang, avaient livré un combat terrible Gottos, Briarée, le belliqueux Gyas. Trois cents rochers, lancés à la fois par leurs robustes bras, tombaient sans cesse sur les Titans et les couvraient comme d'une nuée obscure. Ils les vainquirent enfin, malgré leur orgueilleux courage, et, chargés de durs liens, les envoyèrent au fond des abîmes de la terre... C'est là, dans d'épaisses ténèbres, d'infectes vapeurs, aux dernières bornes du monde, que, par la volonté du roi des cieux, sont ensevelis les Titans |1).

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