‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 41 sur 156 · LA POÉSIE ÉLEG1AQUI · texte numérisé non relu

LA POÉSIE ÉLEG1AQUI

Tyrtée. — Tyrtée, à peu près contemporain de Callinos, et Athénien de naissance, devint citoyen de Sparte et prit part à la deuxième guerre de Messénie, dans la seconde moitié du vne siècle. Il écrivit surtout des élégies. Les unes, série de conseils animés par le sentiment religieux et par le respect des ancêtres, portaient le nom drEunomie, c'est-à-dire éloge de 1 jrdre et de la loi. Le second groupe ou Exhortations est mieux conservé ; le poète y excite les Spartiates au combat avec une éloquente simplicité, qui fait de ces vers vivants et pratiques un magnifique encouragement aux vertus militaires :

Il est beau pour un guerrier de tomber au premier rang, combattant pour la patrie. Mais déserter la ville et les grasses campagnes pour tirer en mendiant avec sa mère chérie et son vieux père, ses petits enfants et sa jeune femme, c'est de tous les maux le plus triste. Le déserteur sera toujours un ennemi pour ceux chez lesquels il ira, cédant au besoin et à la dure pauvreté ; il déshonore sa race et fait mentir sa noble figure ; toute honte et toute lâcheté le suit. Et puis, on ne tient nul compte d'un guerrier vagabond: pour lui, point de respeet, point d'égard, point de pitié; combattons avec courage pour cette terre et mourons pour nos enfants sans jamais ménager nos vies. 0 jeunes j:ens, allez, combattez en restant l'un contre l'autre, et n'essayez jamais de la fuite honteuse ni de la crainte, mais faites-vous dans vos poitrines uneourage grand et fort, et. en combattant contre les guerriers, ne vous rattachez pas à la vie: n'abandonnez pas, pour fuir, les vieillards dont les genoux ne sont plus agiles ; car c'est une chose honteuse de voirtoraber au premier rang et couché devant de jeunes hommes un ancien qui a déjà la tête et le menton blanchis, de le voir exhalant dans la poussière son âme généreuse (1).

Mimnerme. — En même temps que Tyrtée ou peu après lui, Mimnerme (fin du vu' s.), de Colophon en Asie Mineure, fit servir l'élégie à l'expression des joies et plus encore des tristesses de la passion. C'est un sceptique et un mélancolique; et la plainte

(4) Trad. E. Egger (inédite). Fragment conserré pw un« citation de l'orateur Lycurgne, Contre Léocrate, 107.

sur la vie que lui inspire la chute des feuilles est justement célèbre :

Pour nous, pareils aux feuilles que pousse la saison flourie du printemps sous les rayons fécondants du soleil, pendant un instant fugitif nous jouissons de la fleur de notre jeunesse, condamnés par les dieux à ne connaître ni notre bien ni notre mal ; et les noires destinées nous environnent, l'une amenant la faible vieillesse, l'autre la mort. Le fruit de la jeunesse est éphémère; il dure autant que la clarté dû soleil. Une fois ce ternie dépassé, alors la vie devient pire que la mort (1).

Solon. — Plus grand poète que Gallinos, que Tyrtée et que Mimnerme, fut Solon, le législateur d'Athènes, qui est aussi l'un des maîtres de l'élégie (640-558). Athénien de naissance et d'esprit, et le plus ancien des poètes vraiment attiques, il réalise ce qui constitue l'atticisme, l'alliance d'une volonté saine et ferme avec l'heureuse culture de toutes les facultés de l'âme maintenues dans un équilibre harmonieux. Avec une noble fierté il parle en philosophe des choses de son temps et du rôle qu'il y a joué. Plusieurs de ses élégies étaient des exhortations morales; dans l'une d'elles, il peint les maux que causent à une cité les méchants citoyens :

Notre ville ne périra jamais ni par la vengeance de Zeus, ni par le courroux des dieux immortels et bienheureux. La généreuse Pallas Athèné, fille d'un père puissant, veille sur nous, et d'en haut son bras nous protège. Mais un autre danger menace cette grande cité : il vient des citoyens eux-mêmes qui, dans leur égarement, cèdent à. la séduction de l'or; il vient des chefs du peuple qui méconnaissent la justice, et, à force d'orgueil, attirent sur eux-mêmes des calamités sans nombre. Car ils ne savent ni contenir leurs dédains, ni mettre une mesure aux jouissances qu'ils possèdent, pour se livrer en paix à leurs festins. Ils s'enrichissent en s'abandonnant à des actes criminels. Ils dérobent, sans respecter ni ce qui est aux dieux, ni ce qui appartient au peuple. Chacun prend de son côté, et ils «'observent pas les austères commandements de la justice qui •ait tout, le présent et le passé, et qui garde le silence jusqu'au

(i) Trad. Alfred Croiset, Hist. d* la tttt. gr., t. II, J» éd., p. 118.

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