‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 42 sur 156 · LA POESIE ÉLÉGIAQUE · texte numérisé non relu

LA POESIE ÉLÉGIAQUE

jour où elle vient distribuer ses châtiments. C'est là une plaie inévitable qui envahit toute cité. On arrive prouiptement à la servitude odieuse, ou bien on réveilla la discorde civile et la guerre qui donnait, la guerre qui moissonne la jeunesse • fleur. La haine entre dans les cœurs, et bientôt la malheureuse ville est déchirée par le» factions chàrosaux méchants (1).

Solon écrivit aussi dos iambes (2). C'est là qu'il rappelait un de ses meilleurs titres à la reconnaissance d'Athènes, l'abolition totale des dettes, qui fit disparaître des champs les bornes ou écriteaux indiquant de combien ils étaient grevés, et qui permit à beaucoup d'émigrés de rentrer en Attique :

Elle m'en rendra un bon témoignage devant Le siège de la Justice, la grande mère des dieux olympiens, la Terre noire de laquelle j'ai naguère enlevé les bornes plantées de tous côtés, et qui, esclave auparavant, est maintenant libre. J'ai ramené dans Athènes, dans leur patrie fondée par les dieux, bien des Athéniens qui avaient été vendus, celui-ci illégalement, celui-là suivant la loi; les uns, réduits à l'exil. par une rigoureuse ni site, ne connaissant plus la langue attique, en hommes qui ont longtemps erré de tous côtés ; les autres, subissant ici même une honteuse servitude, tremblant devant leurs maîtres, je les ai faits libres. Voilà ce que, par ma puissance, mettant ensemble la force et la justice, j'ai accompli, et comment j'ai tenu ce que j'avais promis (3).

Théognis. — Théognis de Mégare (deuxième moitié du vie s.) n'a pas la sérénité de Solon : ami de l'aristocratie et victime de la démocratie mégarienne, il a traîné sa misère en Grèce et en Sicile, et sa poésie est l'image de ses rancunes. Il écrit des vers d'une grande élévation, il abonde en préceptes et en sentences, il est le plus gnomique des élégiaques, et par là il resta populaire dans les écoles. Ses élégies sont souvent adressées à un certain Kyrnos auquel il donne des conseils, comme Hésiode

(t) Cité par Démoetbène, Procès de r ambassade, jj Î55. Traduction Darest* (Démosthéne, Plaidoyers politiques, t. II, p. 16i).

(?) Sur Viambe et !a poème iambîque, voir plus loin, p. 89.

l*J I rad. Alfred Croisct. Hist. de la lift, gr., t. I!. '• é I , p. 129, revue

en donnait à Perses. On reconnaîtra la tristesse de Théognis désabusé dans ces beaux vers sur V Espérance :

L'Espérance est la seule bonne divinité qui !»oit parmi let hommes, les autres nous ont quittés pour remonter dans l'Olympe. La Bonne Foi est partie, grande déesse ; est partie la Sagesse des hommes; et les Grâces, ô mon ami, ont quitté la terre; plus de serments aujourd'hui quivsoient observés parmi fe^ hommes, personne ne respecte les dieux immortels. La race des mortels pieux a disparu, et l'on ne connaît plus ni justice ni piété. Eh bien, tant qu'un homme vit et voit la lumière du soleil, qu'en adorant les dieux il compte sur l'Espérance ! Qu'il prie les dieux et brûle en leur honneur de belles victimes, mais qu'il commence par elle et que par elle il finisse (1) !

Théognis a#ait conscience d'être un artiste dont les vers passeront à la postérité, et fièrement il promet la gloire à Kyrnos :

Je t'ai donné des ailes pour voler sur la mer immense et ior toute la terre, mollement soulevé ; dans toutes les fêtes, dam tous les banquets, tu seras présent, volant sur les lèvres des hommes; avec la flûte aiguë, dans les aimables festins, la jeunesse te chantera d'une voix belle et harmonieuse. Et quand tu seras descendu dans les retraites sombres de la terre, sous la demeure lamentable d'Hadès, même alors la mort n'éteindra pas ta renommée ; mais, toujours présent au souvenir des hommes, gardant un nom immortel, ô Kyrnos, tu parcourras et la Grèce et les îles, à travers les flots inféconds de la mer poissonneuse, non porté sur les flancs des coursiers, mais conduit par les illustres présents des Muses à la couronne de violettes. Partout où l'art des chants, même dans les siècles à venir, sera honoré, tu vivras, aussi longtemps que dureront k\ terre et le soleil (2).

L'épigramme. — Uépigramme se rattache à l'élégie. Étymologiquement, c'est une inscription gravée sur un tombeau ou sur une offrande déposée dans un temple ; ces sortes d'inscriptions furent de bonne heure en vers. Plus tard l'épigramme, en

(i) Trad. E. Egger (inédite).

(?) Trad. Alfred Croiiet, Ilist. de la litt. gr,. t. II, V éd., p. <U.

LA POESIE IAMBIQUE. gg

faison de son cadre commode pour l'expression d'une pensée courte et nette, accueillit les traits d'esprit, et c'est ainsi que le mot a pris son sens moderne ; mais, dans l'antiquité, l'épigramme fut rarement satirique. Beaucoup de poètes grecs, lyriques et autres, cultivèrent ce genre, et dans la période classique du lyrisme nul n'y excella comme Simonide de Géos (2). Les plus belles épigrammes de Simonide célèbrent les héros des guerres médiques; il met dans la bouche des compagnons de Léonidas aux Thermopyles cette noble parole :

Passant, va dire auxLacédémoniensque nous sommes ici couchés, dociles à la parole qu'ils avaient dite.

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