III. — La poésie iambique
Caractère général de la poésie iambique. — Par sa forme, l'élégie se tenait très près de l'épopée. Avec la poésie dite iambique, l'écart est profond : celle-ci présente en effet deux éléments, deux pieds nouveaux, Yia?)ibe, qui restera son élément essen-: tii'l, et le trochée. Tandis que le dactyle ( — w) et
le spondée Ç ). pieds de l'épopée et de l'élégie,
valent quatre brèves, l'iambe (*-»—), et le trochée ( — sj) ne valent que trois brèves, et, étant plus vifs, se prêtent mieux à une poésie rapide et railleuse. Mais si les rythmes iambiques et trochaïques furent à l'origine l'expression de la satire, on les employa bientôt pour tout sujet d'allure vive, et le vers trimètre iambique devint le vers habituel des tragédies et des comédies. La poésie iambique était parfois chantée, plus souvent récitée avec un accompagnement musical.
Archiloque : 1° Son génie. — Par le mérite et par
|1) Sur Simonide, voir plus loin. p. 98-100.
ia date, l'Ionien Archiloque, de l'île de Paros, né vers 705, est le premier des poètes iambiques, et l'histoire de l'élégie retient aussi son nom.
Il composa donc des élégies, précédant dans cette voie (nous l'avons dit plus haut) Callinos lui-même, et faisant servir la strophe élégiaque, déjà préexistante, à l'expression non plus d'une plainte religieuse et funèbre, mais du sentiment individuel et de la passion. Surtout il tira l'iambe des poésies improvisées par • lesquelles, dans les fêtes de Dèmèter, on se « lançait au visage » (c'est peut-être le sens primitif du mot iambé) des sarcasmes grossiers; il le tira aussi de ce curieux Margitès où l'auteur inconnu associait parfois au vers hexamètre dactylique le vers trimètre iambique; et ce dernier vers, encore mal bâti ou timidement employé, il le perfectionna, il en usa couramment et hardiment, voulant qu'il servît encore plus que la strophe élégiaque à la manifestation expansive \ de sa vigoureuse personnalité. Sans doute Hésiode venait de montrer qu'un poète pouvait mettre en un poème didactique quelque chose de sa vie et de ^ès idées. Mais avec Archiloque, ce n'est plus l'âme \ simple d'un campagnard moraliste qui se livre à nous; c'est une nature ardente, passionnée, rancunière, dont la poésie est toute de circonstance et d'action ; avec lui, les sentiments de la vie privée, l'individualisme, la satire contre les personnes entrent franchement dans le domaine poétique, et c'est dans ses iambes que cette personnalité si nouvelle de la poésie éclate avec le plus de force. En même temps, ce qu'Hésiode n'avait point fait, Archiloque invente des mètres, ou bien, ce qui n'est guère moins glorieux, il en arrache d'autres, par son talent d'écrivain, à la médiocrité obscure dans laquelle la muse populaire les laissait végéter : l'iambe et le trochée lui sont matière à combinaisons ingénieuses, il associe ces pieds au dactyle et au spondée, et il constitue lesélé-