LA COMÉDIE ATT1QUK : SA CONSTITUTION
parce qu'il faut faire rire, et qu'une démocratie est prête à rire de ses chefs quand on excite et nourrit en elle cet instinct, la comédie exploite les mécontentements, les jalousies, les résistances à l'esprit de nouveauté, quel qu'en soit le sujet, religion, politique, beaux-arts, littérature.
Sa structure. — Une comédie du v- siècle parait d'abord construite à peu près comme une tragédie ; mais, à y mieux regarder, on voit que ses diverses parties admettent un développement plus libre, et que le chœur intimement lié à l'action intervient davantage, si bien que la division en épisodes séparés par des chants du chœur est beaucoup moins nette que dans la tragédie. Sans entrer dans les détails techniques d'une question complexe, signalons les deux innovations les plus curieuses.
Vers le milieu de la pièce se plaçait un intermède original, la parabase, divisée en six ou sept parties, les unes chantées par le chœur, les autres récitées par le coryphée: les acteurs s'élant retirés, les choreutes faisaient volte-face, puis s'avançaient dans l'orchestre vers les spectateurs (c'est l'acte indiqué par le mot parabase) ; la partie essentielle de cet intermède était les anapestes, discours débité par le coryphée et où l'auteur entretenait le public de la politique et des affaires d'intérêt général.
En outre une comédie comprenait une lutte ou igôn, scène de débat contradictoire, tournoi dialectique le forme précise, où deux personnages importants lé fendent chacun les idées qu'ils représentent ; cette icène est, comme la parabase, un des éléments caracéristiques de la comédie ancienne.
Détails des représentations : concours, etc. »- Les comédies sont jouées à Athènes sous forme ie concours et sur le théâtre de Dionysos, à l'occasion d'une des fêtes du dieu, les Lénéennes ou les Oionysies urbaines. Chaque concurrent n'apportait à
l'archonte qu'une pièce. La mise en scène était fort simple, et l'imagination des spectateurs suppléait à ce qui pouvait manquer : s'il en résultait quelque invraisemblance ou absurdité, la pièce n'en était que plus comique.
Le chœur comptait vingt-quatre choreutes, richement costumés et masqués comme les acteurs, foule animée et bruyante^ aux évolutions vives et même désordonnées. La variété des rôles du chœur n'a de limite que la fantaisie du poète : les choreutes sont des Nuées ou des Oiseaux; aussi bien que des Acharniens ou des Chevaliers.
En général, il y avait trois acteurs ; mais les pièces d'Aristophane supposent des acteurs supplémentaires jouant des rôles peu étendus. Les masques étaient des caricatures et des grotesques ; quelquefois ils représentaient les traits d'un homme connu.
Un prédécesseur d'Aristophane : Cratinos. — Parmi les prédécesseurs d'Aristophane à Athènes, Cratinos seul fut un homme supérieur. Sa dernière pièce, la plus célèbre aussi, la Bouteille (423), était une apologie personnelle contre Aristophane, encore tout jeune, qui lui avait reproché d'être un buveur. Avec lui, la comédie apparaît comme un genre à peu près régulier et bien constitué. Il a des idées et il leur donne la forme dramatique, mais il était d'une nature exubérante, et tel nous le montre ce fragment où il s'est peint lui-même :
Par Apollon, quelflot de paroles 1 Un bouillonnement d'eau jaillissante I Douze sources pour une seule bouche I Tout l'Ilissos (i) est dans son gosier 1 Que vous dirai-je? Si vous ne lui mettez un tampon dans la gorge» «1 va tout inonder de sa
poésie (2).
(1) Ruisseau qui passait à Athènes. Cratinos fait ici allusion à une fontaine célèbre que les Pisistratides avaient aménagée dans le lit même de l'Ilissos et qui se déversait par neuf canaux ou sources : la bouche du poète est plus étonnante encore, il en sort douze sources !
(5) Fr. 186, Kock, trad Croiset, HitH. <U: la lilié.r . f/r., t. 1(1, *' éd. p. *7*s revue?