Aristote, Métaphjrsiquâ^ lifre I, chapitre n
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cette jalousie devrait naUre, et tous ceux 'qm »\ la pensée derraieni être malfaeareux. Mais il n'est pas] ble que la divinité soit jalouse; et les poètes, coosne' proverbe, sent souvent menteurs. > Hais ces homes foi de stgrle so»t rares, mâcne dans la Rhétoriqu$, même ouvrages de morale.
Si j*ose dire bien franchement toute ma pensée, ilmef ble que la gloire d'Aristote n* aurait rien perdu, et que la^ rite aurait gagné beaucoup, si ces textes difficiles, tit)p souvent inintelligibles, ou, ce qui revient au m^ susceptibles souvent de dix interprétations diverses, avaii pu être praticables à tous les lecteurs, ou du moins à tous hommes dont le sens est droit et Tesprit cultivé. Le départe vrai et du faux se serait fait bien vite ; Aristote aurait tenu an monde entier, et non point à une secte; et il n'aurait pas eu cette déplorable destinée de déchoir et de remoBter alternativement dans l'estime des hommes, et de subir tour à tour ou des adorations insensées, ou des mépris nea mérités. Son génie Faurait maintenu à jamais parmi les grands écrivains; et, en dépit des vicissitudes de ses sysl^ mes, il aurait eu éternellement des lecteurs, sinon des disciples, des admirateurs, sinon des fanatiques.
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Le philosophe qu* Aristote avait proclamé le plus satvsAtet le plus habile de ses auditeurs^ Théophraste, îs second chef de l'école du Lycée, se garda bien de suivre les erremenls Utiéraires de son maître; ou plutôt il choisit parmi les exemples d'Aristo4e, et il se fit une manière k la fois sohfe et élégante, analogue à celle des traités qu'on noranait exotériques, c'est-à-dire populaires. Théophraste, qui n'avaii guère qu'une douzaine d'années de moins qu' Aristote, était plutôt son ami et son collaborateur que sou disciple; et il avait assisté avec lui aux leçons de Platon dans l'Acadéoiie. Ce nom de Théophraste, sous kquel nous le connaissons, lui fut décerné par les auditeurs du Lycée, que charmait sa parole : Théophraste ^signifie parleur divin. Quand il était
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^^j-^B de la ville lesbienne di'Érèse, sa patrie, il se nommait
^J^yrtame. Il avait quarante-neuf ans en 422, à la mort
^•^^Aristote. H vécut, selon les uns, au delà d'un siècle; et, si
?^^ préface des Caractères était authentique, c'est à l'âge de
^ ^loatre-vingt-dix-neuf ans qu'il aurait tracé ces fines et spiri-
^elles esquisses. Mais l'opinion la plus probable est celle qui
^ le fait moiirir en 286, à quatre-vingt-cinq ans. Il avait com-
^ fosé d'innombrables ouvrages, dont quelques-uns nous sont
^ ])arvenus. Ce sont, pour la plupart, des traités relatifs à This-
loire naturelle, à la météorologie, à la. métaphysique, c'est-
i-dire des Uvres où Théophraste devait à peu près se borner
iétre clair, simple, précis, comme il l'est en effet, et qu'un
homme de génie, Platon ou Buffon, ou même Aristote, eût
pa seul élever jusqu'à l'éloquence et jusqu'au sublime : or,
Théophraste n'était qu'un homme de beaucoup de savoir et
de beaucoup d'esprit. Mais les Caractères nous donnent une
idée des agréables qualités auxquelles Théophraste avait dft
son beau nom.
Les Caractères ne sent point un livi^, quoi qu'en dise la préface apocryphe dont j'ai parlé. Ce sont des extraits d^un grand ouvrage aujourd'hui perdu, peut-être d'une Poétique; et, comme on l'a conjecturé, ce sont probablement des modèles que Théophraste avait dessinés pour l'usage des poêles. Aristote lui-même avait donné l'exemple de cette méthode pratique, non pas dans sa PoétiquCy mais dans sa Rhétarifu» et dans sa Morale. Qui ne connaît le tableau des qvatre àgea de la vie, qu'Horace a tiré du deuxième Uvre de la Miétê^. que^ et que Boileau a mis en beaux vers (f après Horiee t Mai» ce qui n'était qu'un, heureux accident dans les livres essentiellement techniques d' Aristote était devenu, ce semble, dana l'œuvre de Théophraste > une portion fort iinportanle, sinon la portion capitale» D'ailleurs, Aristole se bornait à qnekpies traits fort généraux , et jetés sans beaucoup d'art m d'apprdt. Théophraste pénètre plua avant dans l'analyse dea vieei^ «t des travers : il les décrit avec détail, et jusque
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dans les plus fines nuances. Ses portraits, sobrement colorés par une imagination heureuse et tempérée, ont pourtant une certaine monotonie, qui tient à la répétition à peu près identique des formules de définition usitées parmi les péripatéticiens. Les Caractères sentent un peu l'école ; et il est à regretter que Théophraste n*ait pas cherché davantage cet agrément de la variété, qui doublerait non pas la valeur réelle mais le charme des portraits. Mais ce défaut était bien plus léger aui yeux des Grecs qu'aux nôtres.
Il ne faut pas juger des Caractères d'après la traduction de La Bruyère. La Bruyère traduisait sur un texte fautif et très-incomplet. Il y a des portions de caractères, et même deux caractères entiers, qu'on a retrouvés depuis dans des manuscrits inconnus des premiers éditeurs. Il faut dire aussi que La Bruyère n'a pas même traduit l'ancien texte avec beaucoup d'exactitude, et qu'en reproduisant la pensée d*autrui, il n'a presque rien de cette verve, de cette spirituelle vivacité, de cette énergie et de cet éclat avec lequel il exprime ses propres pensées. Je vais donner la traduction à peu près exacte d'un des caractères dont le texte diffère le plus de celui que La Bruyère avait sous les yeux. C'est le vingtsixième, intitulé de VOligarchie. Après avoir défini ce qu'il entend par là, Théophraste parle comme il suit de l'amateur d'oligarchie, autrement dit de l'antidémocrate :
« Quand le peuple se dispose à adjoindre à l'archonte quelques citoyens, pour l'aider de leurs soins dans la conduite d'une fête publique, notre homme prend la parole, et soutient qu'il leur faut donner un plein et entier pouvoir. Et si d'autres pvoposent d'en élire dix , il s'écrie qu'il suffit d'un seul. De tous les vers d'Homère, il n'a retenu que celui-ci : Le commandement de plmieurs n'est pas bon , U ne faut qu'v/n seul chef; il ignore tous les autres. Voici, du reste, quels sont ses discours habituels : < Il nous faut délibérer en c conseil particulier sur ces objets ; il faut nous délivrer de c cette multitude assemblée sur la place, et lui fermer le « chemin des magistratures. » Si le peuple l'accueille par des huées ou lui fait quelque affront : < Il faut qu'eux ou nous c quittions la ville. » U sort de chez lui vers le milieu du
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jour, bien drapé dans son manteau, la chevelure et la barbe ni trop ni trop peu rognées, les ongles artistement taillés; il fanfaronne par la pl|ice, disant : < Il n'y a plus moyen de c ?i?re dans la ville, à cause des sycophantes; » et encore : c Quel supplice , dans les tribunaux, d'avoir h. subir ces « maudits plaideurs ! » et : « Je m'étonne qu'on soit assez t fou pour briguer les charges publiques. La multitude est
< ingrate , et elle se donne sans cesse au plus offrant et au « plus prodigue.» Il exprime sa honte devoir assis à côté de lui, dans l'assemblée, un citoyen maigre et malpropre. « Quand cesserons-nous, dit-il encore, de nous ruiner en « acceptant des fonctions onéreuses, et en équipant des tric rèmes ?» Il déclare l'engeance des démagogues une peste détestable; et c*est Thésée, selon lui, qui fut la cause première de tous les maux d'Athènes. « C'est Thésée, dit-il, m qui rassembla dans la ville le peuple des douze bourgs;
< c'est lui qui détruisit le pouvoir royal. Mais il en a porté c la juste peine; il a été la première victime des haines po- « pulaires. » Et ces discours, et d'autres qui les valent, il les tient aux étrangers, tout aussi bien qu'à ceux des citoyens qui sympathisent avec lui de mœurs et de sentiments. »