‹ Histoire de la littérature greequeChapitre 102 sur 137 · ORATEURS BU QUATRIÊHE SIECLE AVANT J. C · texte numérisé non relu

ORATEURS BU QUATRIÊHE SIECLE AVANT J. C

ISOCRATE. — LÀ RHÉTORIOUB d'ARISTOTB ET LA RHÉTORIQUE d'ISOCRATB.— ISOCRATE ORATEUR. — ISÉB. — LYCURGUE D'ATHèîlES. — HTPARIDB. — SIMARQUE. — DÉMADE. — PBOCION.

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Je reviens aux orateurs. Le premier nom que je rencontre est celui d'un homme qui fut moins orateur peut-être que ne l'avait été Lysias , et dont nul orateur , chez les Grecs, n'égala, ne balança même la renommée. Isocrate n'est qu'un

sophiste, le plus habile » si Ton veut, le plus savant et le plus hoiméte de tous, mais toujours et partout un so^iiirttt, même quand il accable les sophistes de ses injures.

Isocrate naquit en Tai^ 436 avant notre ère. Ses preamn mattres furent des sophist»^ Gorgias, Prodieus et d'autns. Soorate, qu*il suivit asseï tard, fut impuissant à effacer de son esprit l'empreinte de funestes doctrines, et ne pacviot ï en faire ni un philosophe ni un sage. Il demeura toute si vie un homme avide d'argent, de plaisirs et de rëputatieD, et , ce semble , un politique sans principes bien arpôté», pour ne pas dire vil et mercenaire. Il se destinait aux magistratures; mais la faiblesse de sa voix et la timidité insurmontable de son caractère lui interdirent l'accès de la tribune. Pour se dédommager de cet inconvénient , et ponr réparer les brèches que la guerre du Pélopomièse avait faites à son patrimoine, il ouvrit une école d'éloquence, et il se fit rhéteur, comme nous dirions; mais les Grecs n'avaient qu'an seul mot pour désigner le rhéteur et l'orateur véritable. On le nommait doQcIsocrate l'orateur. Il eut bientôt de nombreux disciples. Il écrivait des discours sur toute sorte de sujets, et particulièrement des plaidoyers. Il entretenait une brillante et lucrative correspondance avec les rois de Cypre et de Macédoine. Leçons, discours ou lettre», il faisait tout payer k deniers comptants , et fort cher. Il amassa des richesses immenses , et il n'en fit pas toujours un très-bon usage. Le succès extra^diiàaire de son enseignement et de ses écrits lui fit des jaloux, non pas seulement parmi les sophistes etlcs- orateurs, mais parmi le s philosophes mêmes. On prétend qu'Aristote et Xénocrate n'en pouvaient prendre leur parti, et que ce vieillard bel esprit leur était particulièrement insupportable. On dit même qu'Aristote parodiait à son adresse ce vers du P/u/oc^è^e d'Euripide: « Il est honteux de se taire, et de laisser parier les barbares. »

lA rliét«rl4«e d^ArUiloie et Ui rliétoriqve dlùMemie*

Que si Arîstote n'éleva point école contre école, et s'il n*écririt sa Rhétorique qu'assez longtemps après la mort d'boerate,

ORATEURS DU QUATRIÈIE 9l£CLE AVANT J. G. 415

il n*e8t pas moins vrai qu'Aristote s'est proposé, dans cet onvrage, de réconcilier l'art oratoire avec la philosophie, et de Tarracher à ce grossier empirisme ot l'avait maintenu Isocrate, à l'exemple des sophistes ses maîtres. Aristote a fait de la rhétorique une partie de la science de l'homme ; i) Ta fondée, non plus sur des artifices et des tours demain, mais sur des principes élémentaires et universels. Il a mon* tré que l'art était autre chose que l'artifice. En définissant la rhétorique une dialectique du vraisemblable, une dialectique populaire et politique, il en a donné l'idée la plus complète et la plus satisfaisante que jamais rhéteur ait trouvée. Il a fait la théorie du raisonnement oratoire, et analysé profondément les idées qui rendent compte de la plupart de nos déterminations et de nos jugements. Il a décrit ce qu'on appelle les mœurs, avec une exactitude et une finesse admirables. Il a marqué, non moins heureusement , les vrais caractères du style oratoire, et il ne s'est pas borné, comme tant d'autres, à des phrases vides et creuses, ou à une interminable énumération des figures de pensées et de mois. La langue de l'orateur, selon lui , c'est la langue du raisonne^ ment ; et le meilleur style, c'est celui qui nous apprend le plus de choses , et qui nous les apprend le mieux. Mais la Rhétariqxjte est venue un peu tard , et quand l'éloquence politique rendait les derniers soupirs ; et les orateurs qu'Aristote avait préparés par ses leçons ont dû tourner vers d'autres carrières leur ambition et leur activité. Pour Isocrate, ce qu'il enseignait ne différait nullement de ce qu'il avait lui-même appris des sophistes ; et ses propres ouvrages prouvent qu'il pratiquait sans scrupule tous les petits artifices en quoi l'art consistait à ses yeux. Seulement, un fonds d'honnêteté naturelle, le souvenir des leçons de Socrate, les exemples littéraires de Platon , enfin ce sens attique , qui semble avoir été sa qualité la plus appréciée , le préservèrent des aberrations où avaient été entraînés Gorgias et les siens. Aussi les disciples qui sortaient de son école valaient -ils mieux que les démagogues formés par les sophistes. On conçoit donc qu'il ne se soit pas reconnu pour ce qu'il était réellement , et qu'il ait écrit contre les»

4i0 CHAPITRE XXXII.

sophistes un discours où il est loin de les traiter en fils on en frère.

Isocrate fut un des hommes qui travaillèrent le plus actirement pour faire accepter aux Athéniens l'immixtion des Macédoniens dans les affaires de la Grèce, et pour préparer la fortune de Philippe et d'Alexandre. Il répétait sans cesse et partout qu'il fallait un chef à la Grèce. On dit pourtant qu'il mourut de chagrin le jour qu'on ensevelit les morts de Ghéronée. Il est vrai qu'il ne fallait pas une émotion bien vive pour tuer un vieillard de quatre-vingt-dix-huit ans.

Isocrate est un écrivain oratoire fort habile , beaucoup plus habile que ne l'avait été même Lysias. Il écrivait a?ec une lenteur extrême , et il calculait indéfiniment le poids d'une longue ou d'une brève, la dimension d'un mot, le circuit d'une période. Il mit quinze ans, dit-on, à composer, à limer et à polir son Panégyrique (TAtliènes^ qui n'a pas cinquante pages, et qui n'est pas un chef-d'œuvre.

Il n'y a rien, dans ses écrits, qui ressemble à l'éloquenee. On y trouve assez souvent des idées justes, des faits à noter pour l'histoire, des choses belles et bonnes , mais ^souvent aussi des assertions fort contestables , des idées fausses, de la sophistique pure, et , en général , des phrases , des mots, puis des phrases et des mots encore, et rien dedans. C'était bien la peine qu'Isocrate s'acharnât, quinze années durant, k perfectionner le Panégyrique, pour y laisser ces rodomontades de vieux fat gâté par le succès , ces défis à tous les critiques de trouver rien à reprendre dans son ouvrage. Je suis bien convaincu que tous les termes y sont employés dans le plus pur sens attique ; que tous les mots y sont à la place la plus convenable; que toutes les phrases y sont parfaitement irréprochables, et pour le tour et pour l'harmonie; mais ce savant architecte en voyelles et en consonnes semble s'être assez peu occupé de la valeur réelle de quelques-unes de ses pensées. Il dit, en parlant de l'éloquence, qu'elle a le don c de rabaisser ce qui est grand aux yeux de Topinion,

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