HISTORIENS DU QUATRIÈME SIÈCLE AVANT J. G
Éphore de Cymé, disciple aussi dlsocrate, et écrivain non moins prétentieux que Théopompe, avait embrassé dans un seul corps d*ouvrage toutes les annales de la Grèce, depuis le retour des Héraclides jusqu'au milieu du quatrième siècle. Uhonnéte Plutarque, après avoir blftmé, dans la Vie de Dion^ les imputations calomnieuses dont un écrivain passionné flétrissait la mémoire de Philistus, ajoute ces paroles, qui prouvent qu'Ëphore historien était resté un sophiste , et un sophiste de la pire espèce : c Éphore ne se montre guère plus sage dans les louanges qu'il donne à Philistus ; car, bien qu'il soit le plus habile des écrivains pour colorer de prétextes spécieux les actions même les plus injustes, pour donner à des mœurs dépravées des motifs raisonnables , et pour trouver des discours capables d'en imposer, néanmoins il ne détruira jamais l'idée qu'on a de Philistus, le plus décidé partisan de la tyrannie, l'homme qui a le plus admiré et recherché la pompe, la puissance, les richesses, et les alliances avec les tyrans. > Il faut dire cependant qu'Ëphore avait quelques-unes des qualités du véritable historien. Polybe, qui lui reprochait beaucoup d'erreurs, reconnaît qu'il s'était enquis avec soin de l'origine des villes, et que personne n'avait mieux que lui débrouillé les émigrations des peuples. Polybe lui accorde de profondes connaissances dans les choses qui concernent la marine et les guerres navales , mais en lui refusant une compétence suffisante dans la stratégie. Enfin il cite quelque part un mot d'Éphore, qui semble prouver chez cet historien l'amour de la vérité et de l'exactitude : c S'il était possible d'assister à la fois à tous les événements , cette manière de connaître l'emporterait sur toutes les autres. » Celui qui parlait ainsi devait être difficile dans l'examen des témoignages.
Un grand nombre d'hommes avaient rédigé, dans le quatrième siècle, des ouvrages du genre historique. Mais ceux dont je viens de parler sont les seuls dont les noms soient parvenus à quelque notoriété littéraire. Presque tous les au-
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très nous sont à peu près complètement inconnus ; et beaucoup d'entre eux avaient écsit sans aucun souci de la forme, et uniquement pour préparer des matériaux à Thistoire. Peut-on appeter historiens, parexemple, les scribes qui ^registraient jour par jour les faits et gestesd'AiexandreleGraDd!
COMfiDIE KOYENNE.
DliFlBITZOïr DB LA COlféDIB MOTENNB. — POÈTES DB LA. COKÊDIB KCFTEKES-
— AWTIPÈARB. — ALBWS.
DéflBltloM de U Conédle BioyeHBe.
J'ai dit ailleurs quelles avaient été , durant le quatrième siècle, les tristes destinées de la tragédie. J'ai déjà fait allusion aux autres misères poétiques de ce siècle , si fécond ea philosophes et en orateurs. Non-seulement Arîstote en est le seul lyrique, mais nous n'avons pas même un seul nom qu'on puisse citer dans l'épopée , dans l'élégie, dans aucun gonre enfin, sinon dans la poésie dramatique, et particulièrement dans la comédie.
Ce que les anciens critiques ont nommé la Comédie moyenne est assez difficile à définir, et paraît avoir eu des caractères fort divers , selon l'humeur et l'esprit des poètes. On peut dire du moins ce que cette comédie n'était pas. EUe différait de la comédie de Cratinus, d'Eupolis et d'Aristophane par l'absence du chœur, et par l'emploi à peu près uniforme du mètre îambtque. La loi dont j'ai parlé à propos du Plutus interdisait d'ailleurs au poète la faculté de mettre en scène aucun personnage vivant, et de traiter aucun sujet politique. Cependant la Comédie moyenne n'était point uae imitation vraisemblable des mœurs , une reproduction idéalisée des scènes de la vie. Ménandre , l'inventeur de la Comédie nouvelle, passe pour être le premier qui ail présenté, comme on dit, le miroir aux hommes. Il est probable qos beaucoup de poètes suivirent l'exemple qu'avait donné Ansr
COMÉDIE MOTENNE. 443
tophane , et qu'ils dialoguèrent des allégories morales assez semblables au Plutus. Quelques-uns durent s'en tenir à des tableaux tout fantastiques, uniquement destinés à charmer les yeux et les oreilles , comme seraient les Oiseaux , réduits à la mesure fixée par les Trente. Épicharme eut sans doute des émules ; et les poètes se dédommagèrent sur les dieux de la retenue que la loi leur imposait à l'égard des hommes. Qui sait ? c'est peut-être aux auteurs de la Comédie moyenne que nous devons VÀmphitryon, sous la forme que Plante lui a conservée. Ils auront remanié la satire d'Ëpicharme; ils l'auront développée davantage; ils lui auront donné plus de mouvement et d'action. Cela est mraisemblable , à moins qu'on n'attribue à Piaule lui-même le travail par lequel l'œuvre sicilienne est devenue presque aussi compliquée que le sont nos propres comédies. Je crois aussi qu'on essaya, dès ce temps-là, d'introduire dans la comédie quelque chose de cet intérêt dramatique auquel avaient largement suppléé jadis les licences de toute sorte et les personnalités; et Aris» tophane avait encore fourni le premier modèle. Il y avait dans le CocaLus^ la dernière pièce qu'il eût écrite, une séduction et une reconnaissance, et, par conséquent, une sorte d'intrigue romanesque, analogue à celles qu'offrent les pièces latines imitées de la Comédie nouvelle. Mais la ressource capitale de la Comédie moyenne, c'était la critique philosophique et littéraire. Les poètes ne s'enflamment plus comme autrefois pour ces grands intérêts qui parlagaient la république : ce qui les passionne, c'est la lutte des systèmes , ce sont les rivalités des philosophes , ce sont les prétentions des rhéteurs tenant école et se dénigrant les uns les autres. L'Académie et le Lycée, le Portique et toutes les autres sectes sont la pâture du théâtre. Il va sans dire que la poésie, surtout la poésie sérieuse, n'échappe pas aux railleries des poètes comiques. Quelques-uns pensent que la satire s'en tenait aux choses, et épargnait les personnes. Pourtant les noms propres ne manquent pas dans les vers qui nous restent de la Comédie moyenne, et des noms qui étaient portés par des personnages alors vivants; et l'on verra tout à l'heure que la comédie ne les citait ipas tonY^^ii^
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pour faire plaisir à ceux qui les portaient. Ainsi, les poètes comiques s'égayèrent plus d'une fois aux dépens des philosophes eux-mêmes, que ne garantissait pas , ce semble, la loi portée dans l'intérêt des hommes d'État , et que les gouvernants du jour s'inquiétaient assez peu de voir livrer aux risées populaires. En définitive, la Comédie moyenne ne fut guère que la Comédie ancienne accommodée aux exigences de la loi, et vacillant d'essais en essais, sans jamais s'arrêter à une forme déterminée , qu'on puisse regarder comme le type d'un genre véritable.
Les poêles de la Comédie moyenne dont on a relevé les noms et dont on possède des fragments sont extrêmement nombreux. Mais les critiques alexandrins n'en ont placé que deux dans la liste des classiques, Antiphane et Alexis. Antiphane était un Rhodien établi à Athènes : Alexis y était venu de la colonie athénienne de Thuries. La vie de ces deux poètes est à peu près complètement inconnue. On sait seulement qu'ils avaient été l'un et l'autre d'une fécondité presque miraculeuse. On attribuait à Antiphane deux cent quatre-vingts comédies, et à Alexis deux cent quarante-cinq. A en juger par les fragments qu'on a recueillis, ces comédies n'étaient pourtant pas écrites dans un style négligé. Le vers ïambique y est construit d'après des règles aussi sévères pour témoins que dans les comédies d'Aristophane. Il est vrai que la diction n'a rien retenu , ou presque rien, de ce qui était propre à la poésie ; mais Antiphane et Alexis sont poètes par le choix exquis des termes, par l'art avec lequel ils les placent, par la vivacité des tours, par la grâce et le piquant des images.
Antiphane excellait à peindre d'un trait les vérités morales. Il dit, en parlant de la vieillesse : « Elle est l'autel des maux : c'est \h qu'on les voit tous chercher asile. » U dit, en parlant de la vie : « Elle ressemble bien fort au vin : quand il n'en reste que quelques gouttes , elle devient vinaigre. >
COHËftlE KOTElfNB. kkS
avait une vive cODScience des difficultëa et de la e BOD art. Dans une comparaison ingénieuse entra ie et la comédie, il remarque qu'une tragédie, par seul, commande déjà l'attention. < Que je nomme t OEdipe, et l'on sait tout le reste : son père. Laïus ;
Jocasie ; ses filles , ses fils, ses malheurs, ses for-
se moque de la machine, qui sert si souvent k tirer s tragiques d'embarras ; puis il montre que les miques n'ont pas avec leur genre, ni surtout avec , la partie si belle : « Il nous faut tout inventer, gea, événemenls, histoire du passé, histoire du catastrophe, entrée en matière. Si Cfarémès ou Phidon manque de mémoire, on le stHle impiloya-
Les Teucer et les Pelée peuvent prendre de ces ■ On se souvient que la tragédie, au temps d'Ann'était plus que l'ombre d'elle-même, et qu'elle tous les reproches imaginables.
est quelquefois un moraliste à la fafon d'An- • U n'est pas de rempart, il n'est pas de trén'est rien au monde ^ui soit malaisé à garder ne femme. ■ Hais souvent il l'est à la sienne, c'estee une verve cynique et une sorte de débraillé qui t en mémoire les jojeusetés de Rabelais et les proeuveurs : ■ Quels contes est-ce que tu nous débites Lycée, et l'Académie, et l'Odéon, niaiseries de soob je ne vois rien qui vaille. Buvons, Sicon, mon >D , buvons & outrance, et menons joyeuse vie , tant moyen d'y fournir. Vive le tapage, Manès! Rien de table que le ventre. Le ventre, c'est ton père; le 'est ta mère. Vertus, ambassades, commandements, )ire tout cela , et vain bruit du pays des songes ! La iltra sur toi sa main de glace au jour marqué par I. Que te restera- t-il alors ? ce que tu auras bu et et rien de plus. Le reste est poussière : poussière ' lès, de Codrus ou de CimonI • Les derniers vers
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de ce morceau sentent imités de la fameuse épitapfaeq! lisait, dit-on, sur le tombeau de Philippe, père d'Aleianc « J'emporte avec moi tout ce que j*ai mangé, le souveni mes débauches et des plaisirs que me donna l'amour. » Alexis n* aimait ni Platon ni les pythagoriciens, et sei avoir été lui-même, jusqu'à un certain point, l'apôtre c sensualisme grossier qu'enseignait dans la comédie professeur de débauche. Il y a une scène fort spirituel! il nous peint Platon , Speusippe , Hénédème et les dise de l'Académie discutant sur la nature, distinguant le r animal des arbres et des légumes , et cherchant à genre appartient la citrouille. Sur les pythagoriciens, A ne tarit pas. Il se moque de ces gens qui vivent , comi dit, de pythagorismes, de raisonnements bien limés pensées bien fines. Il ne veut pas qu'on mette le veutr régime. Il ne croit même pas qu'on l'y mette en effet, lui les pythagoriciens ne sont que des hypocrites, fidè la lettre de la doctrine, non à son esprit. N'est-ce pas sens de ce passage , qui vient à la suite d'une énumér des règles de l'institut pythagorique : < Ëpicharidès ] tant, qui est de la secte, mange du chien. — Oui, mai chien mort : ce n'est plus un être animé. >
COMÉDIE IVOUVELLE.
ÂNTÂOtolNTS DB LA GOKAks VOJJYELLE. ?0*TBS DB LA C»lfillB
YELLB. —CAAACràEB DA LA GOluiOIl NOUVILLK. — M^iJIBMB.'- L^MOK.
Amiéeéémmim de la Cemédle MowTelle.
La Comédie nouvelle n'a pas besoin de définition. Ci comédie même, c'est-à-dire l'imitation des scènes de h la peinture des mœurs et des caractères. Antiphane et A aidèrent sans doute à sa naissance , mais beaucoup « qu'on ne se le figure. LesTéritables précurseurs de Mena
COVfillIE nODTELLE, kkl
iamt ïluripidc et Sophron. J'ai d^k dît combien lei poétee fie laComédi^ nouvelle admiraienl Euripide. Philémon allait un peu loiu dans son enthousiasme. ' Si j'étais sûr en Téritë, s'écriiit-il, que les morts conserrassent encore quel- ^jiie sentiment, comme certaines gens le prétendent, je me pendrais afin de voir Euripide. > Euripide avait toute sorte de titres k ces préférences. Il avait réduit les légendes héroïques & rétatde chroniques bourgeoises; il avait remplacé les demi-dieux par des hommes, marchant comme nous siir>U terre et partageant nos faiblesses; il avait donné h ses perMamaffes une diction presque vulgaire, toute pleine d'eipreesions empruntées ou aux diacuseions de la place publique, ou aux conversations du foyer. Hénandre était telle> ment nourri de la lecture d'Euripide, qu'il lui empruntait à chaque instant des mots, des pensées, des phrases, des vers anliers. Même encore aujourd'hui, on peut reconnaître la trace de ces emprunts. Mais ce que Ménandre imitait surbHtt, c'était ce ton de vérité avec lequel Euripide avait fait parler les passions, c'était l'art ingénieux que le poète tragique avait déployé pour donner à l'intrigue de ses pièces la vraisemblance humaine et l'inlérét. Philémon et les autres émules de Ménandre n'en usaient guère moins librement avec Euripide; et les ouvrages du poète d'or, comme ils nommaient l'auteur de JT^fj^, étaient une mine abondante où ils puisaient à pleine main les exemples et les secours.
Sopfaron n'était pas, comme Euripide, un poëte tragique. Ce n'était pas même un poêle dans le sens rigoureux du terme, puisque ses compositions dramatiques n'étaient pas écrites en vers. Il avait vécu h Syracuse, vers le temps des Denys. Voici en quoi consistaient ses pièces, qu'il intitulait du Dom de mimes, i'Tjjloi, du mot ,uiuoûtjiat, qui signifie ijnittr. Sophron avait imaginé de rédiger, en prose dorienne, des scènes dialoguéee, oîi il faisait parler des hommes et des femmes du peuple, avec la naïveté sptriluelle et la pittoresque énei^ie de leur langage. Platon, qui avait peut<étre eoDBu Sophron h Syracuse , admirait ses tableaux, et s'en inspiratl, dit-on, pour donner aux personnages de ses dialogues leplusqn'it pouTaitde naturel et de i\e. IjRAitàtntA^ft
kk» CHAPITRE \XXn.
Sophron étaient des imitations fidèles de la réalité, comme rindique leur nom même, et comme nous en pouvons jager encore en lisant tel poëme où Théocrite a pris Sophron pour modèle. Mais ces mimes n'étaient point, à proprement dire^ 1 des comédies. Il n'y avait pas de nœud général, pas d'action : c'étaient des scènes qui se suivaient sans lien nécessaire, sans préparation, et par un e£fet du hasard. D'ailleurs, ils n'étaient pas susceptibles d'être mis au théâtre, et ils n'étaient faits que pour la lecture ou la récitation. J'ajoute que les admirables dialogues de Platon fournissaient aux poètes comiques , plus encore que les mimes de Sophron, plus encore que les tragédies d'Euripide, des modèles parfaits de style dramatique. Ces chefs-d'œum montraient sans cesse à leurs yeux tout ce qu'on pouvait donner aux fictions comiques de vérité, de vraisemblance, d'énergie et de grâce. Il est assez étrange qu'aucun critique n'en ait jamais fait la remarque, et qu'il faille aujourd'hui revendiquer pour Platon une part dans l'enfantement de o^ art nouveau qui faisait dire plus tard avec quelque apparence de raison, sinon sans recherche : « 0 vie, et toi , Hénandre! lequel de vous a imité l'autre? >
Poêles de la Comédlle MouTelle*
Ménandre , qui réussit le premier avec éclat dans la Comédie nouvelle, était né à Athènes en 342, et il mourut en 290 , à cinquante-deux ans. Ses succès attirèrent dans les mêmes voies une foule de poètes , parmi lesquels les Alexandrins en ont particulièrement distingué jusqu'à quatre, mais dont un seul, Philémon de Soles en Cilicie, balança, peu s'en faut , sa renommée. Philémon eut une carrière plus longue que Ménandre , et lui survécut près de trente ans.
On attribuait à Ménandre quatre-vingts pièces , et environ cent cinquante à Philémon. Les trois autres classiques, Pbilippide , Diphile et Apollodore, le cédaient à l'un et à l'autre en fécondité comme en mérite , malgré leur talent et malgré le nombre, considérable encore, de leurs comédies.
Ceet dans les comiques latins, et surtout dans Térence, u'il faut chercher à se faire une idée du système dramatiue de la Comédie nouvelle. Quatre des pièces de TéreDw ml traduites ou imitées de Hénandre , et les deux autres Apollodore. Térence nous apprend tui-môme de quelle çoQ il £'y prenait avec ses modèles. Comme les pièces ■ecques étaient en général trop courtes pour remplir la esure latine des cinq actes, et trop simples d'intrigue pour itéresser Buffisamment les grossiers spectateurs du thé&lre e Rome , il réduisait deux pièces grecques en une seule, u plutôt il allongeait et compliquait la pièce traduite ou mitée, en y introduisant des scènes et des personnages mpnintés & quelque autre comédie.
Voici & peu près ii quoi se réduisait le thème dramatique, Uns la plupart des pièces de Ménandre et de ses émules : me fille abandonnée en bas ftge, ou enlevée à ses parents; m jeune homme qui s'amourache d'une étrangère, et qui re- 'use l'épouse qu'on lui a choisie; une reconnaissance qui fait lécouvrir, dans l'élrangëre prétendue, quelque Athénienne )ien née ; un mariage enSn, qui arrange tout, et qui rend tout e monde plus ou moins content. Sur ce canevas, se dessilaient un certain nombre de caractères , qu'on voyait près- {ue invariablement passer d'une comédie dans une autre : ûnei , le père avare et dur , le tyran domestique , ou le père *aible et complaisant ; la mère de famille raisonnable, ou la 'emme grondeuse, impérieuse , et qui rappelle fa satiété [u'on ne l'a pas prise sans dot; le fils de famille, dissipa- «ur, léger, presque débauché , mais plein, au fond, de prolitë et d'honneur, et capable d'un véritable amour; l'esclave rusé, qui aide le fils il soutirer l'argent du bonhomme le père ; le parasite, alléché par l'espoir de quelques bons -epas; le sycophante , qui brouille les affaires pour péibêr en eau trouble; le soldat fanfaron, brave en paroles, Mitron en réalité , qui vante ses exploits apocryphes et ra- »nte de fabuleuses campagnes ; le marchand d'esclaves et 'entremetteuse , deux personnages sans fot, ft&ni>^
(OM) CHAPITRE XXXYI.
ni vergogne; la jeiue fille aimée, quelquefois indij Tétre , mais , souvent aussi , respectable dans la mi animée de sentiments nobles et élevée. Le génie des variait à Tinfini les nuances dans ces caractères , et nait ces caractères entre eux dans des proportions d fiées elles-mêmes à Tinfini; et le théâtre latin proa^ n*est pas besoin , pour différer parfaitement de soi-m des autres y d'imaginer des aventures nouvelles^ de; extraordinaires , des caractères inouïs. Mais les ori des comédies de Plante et de Térence étaient écrits hommes cpii avaient observé la nature , et qui sav peindre ; par de grands moralistes et de grands poê Il nous reste un assez grand nombre de vers de 1 dre et de Philémon. Ce sont, pour la plupart, des se morales, des bons mots et des proverbes. C'est dii qu'il est impossible de restituer , avec de pareils aucune des scènes de leur théfttre. Les morceaux i longs sont encore extrêmement cousrts; et les écrive les citent ont songé à nous faire admirer de belles j beaucoup plus qu'à nous donner l'intelligenoe du dramatique des poètes qui les leur ont fournies, une exception. Aulu-Gelle a consacré tout un cbapi Nuits aUiques à la comparaison de Ménandre et de C C'est une excellente étude sur le style de Ménandre; n'est pas encore tout ce que voudrait notre curiosité. ( vera cette précieuse dissertation reproduite tout entîè mon Histoire de la lÀttérature Romaine , à l'article C C'est ce que les anciens nous ont laissé de plus satii sur Ménandre ; car nous ne possédons plus que d'il extraits de l'opuscule où Plutarque avait comparé M^ avec Aristophane. Pour revenir aux fragments de Mé et de Pbilémon , si les deux poètes n'y sont que tout i ils y sont pourtant; ou du moins ils y sont assez pov forcer à reconnaître et à saluer deux grands esprits grands génies.
Ména&dre était un disciple de Théophraste ; mais
^hait vers les doctrhiea d'Épievre, nouTeDes alors, et que xi'afaient point encore corrompues ceux qui s'enorgueillirent du nom de pourceaux , ou plutôt dont on n'entrevoyait pias, à travers les vertus du maitre , les funestes et immorales conséquences. Au reste , Mënandre ne disserte guère ; mais il se plaît, comme les épicuriens , à insister sur le côté misérable de la condition humaine, afin de faire mieux sentir le prix de la sagesse , de la modération , de Tapaisèment des troubles intérieurs, en un mot de la sérénité de Tâme. Il y a , dans ses fragments, des choses admirablement belles , et de cette beauté sérieuse qui s'associait si bien, dans la Comédie nouvelle , avec une aimable gaieté. Toici un de ces passages, qui nous a été conservé par Plutarque, dans la Consolation à ApoUonius ; « Si tu es né, Trophime , seul entre tous les hommes , quand ta mère t*a enfanté , doué du privilège de ne faire que ce qui te convient et d'être toujours heureux , et si quelque dieu t'a promis cette faveur , tu as raison de t'indigner ; car ce dieu t'a menti et s'est mal conduit envers toi. Mais si c'est aux mêmes conditions que nous que tu respires l'air commun à tous les êtres , pour te parler en style plus tragique , il faut supporter mieux ces malheurs et te faire une raison. Pour tout dire en un mot, tu es homme, et, partant, sujet plus qu'aucun être au monde à passer en un clin d'œil de l'abaissement à la grandeur, puis ensuite de la grandeur à l'abaissement. Et c'est vraiment justice. Car l'homme, qui est si chétif de sa nature , tente d'immenses entreprises ; et , quand il tombe , presque tous ses biens périssent dans sa chute. Pour toi , Trophime , tu n'as pas perdu une opulente fortune ; tes maux présents n'ont rien d'excessif : ainsi donc résigne-toi , pour l'avenir , k cet état de médiocrité. »
Voici un autre morceau , cité par Stobée, où la leçon morale est présentée sous une forme plus vive et plus agréable encore : « Tons les autres êtres sont beaucoup plus heureux et beaucoup plus raisonnables que l'homme. Et d'abord, considérez, par exemple, cet ftne*ci. Son sort est incontestablement misérable. Pourtant aucun mal ne lui artW^ ^Bt ^tfsii'çt^'^T^
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fait : il n'a que les maux que lui a donnés la nature. Noos, au contraire , outre les maux inévitables , nous noas ei créons d* autres k nous-mêmes. Ëtemue-t-on , rinquiétode nous prend; prononce-t-on une parole mal sonnante, noas nous mettons en colère ; quelqu'un a-t-il eu un songe, notre frayeur est extrême ; qu'une chouette vienne à crier, nous sommes tout tremblants. Rivalités , gloire , ambition, lois, ce sont là autant de maux que nous avons ajoutés de surcroît à ceux de la nature. >
La poésie de Ménandre n'est point ce libre jeu d'une imagination hardie et prime-sautière , qui nous charme jusque dans les bouffonneries d'Aristophane ou dans les gailû^ dises d'Alexis. C'est la raison ornée » c'est l'expérience et le bon sens revêtus d'une forme populaire. Ménandre rachète par la valeur pratique des pensées , par la profondeur des sentiments , par une sorte de pathétique tempéré , ce (pi'il a perdu du côté de l'enthousiasme et de la fantaisie. Cesl Ménandre qui a fourni l'original du vers sublime où Té" rence donne la définition de l'homme vraiment digne da nom d'homme.
PhllémoM.
Je ne crois pas qu'il nous soit possible de déterminer avec une précision satisfaisante ce qui distinguait Philémon de Ménandre. Il me semble toutefois que Philémon a quelque chose de plus rude, ou, si l'on veut , de moins humain et de moins sympathique. Sa morale tient de Zenon plus qne d'Épicure. Son style ne difiëre de celui de Ménandre que par plus de tenue, et aussi par moins d'abandon et de grâce. Quintilien nous dit que beaucoup de contemporains mettaient Philémon au-dessus de Ménandre. C'étaient sans doute les hommes d'un goût très-sévère, les philosophes, ceux qui avaient fréquenté l'Académie ou le Lycée , ceux surtout qui avaient entendu, dans le Portique, Téloquente voix du grand Zenon. Voici une définition de l'homme juste, à laquelle Platon lui-même aurait applaudi , et où respire comme un souffle des doctrines morales de la République et du Gorgias: « L'homme juste n'est pas celui qui ne commet point d'in-
«istice, mais celui qui, pouvant en commettre, ne le veut >^. Ce n*est pas celui qui s'est abstenu de prendre des :9io8es de peu de valeur, mais celui qui a le courage de n*en ^«s prendre de précieuses, pouvant se les approprier et les M)88éder sans crainte de châtiment. Ce n*est pas celui qui i« borne à observer les règles vulgaires, mais celui-là seuement qui a un cœur pur et sans fourbe , et qui veut être taste et non le paraître. » Jusque dans les passages où Phiémou s'émeut des misères humaines, on aperçoit un censeur peiné , sinon irrité de nos faiblesses , et non plus Tainable consolateur qui relève l'âme abattue de Trophime : I Si les larmes étaient un remède à nos maux, et si toujours «lui qui pleure cessait de sou£frir, nous achèterions les laroes à prix d'or. Hais présentement, seigneur, nos maux ne 9»^inquiètent guère de nos larmes ; et c'est la même route qu'ils suivent, qu'on pleure ou non. Que gagnons-nous donc i pleurer? rien; mais la douleur a son fruit, comme les arbres : ce sont les larmes. »
Philémon, dans les concours dramatiques, l'emportait souvent sur Ménandre. Mais le prix était décerné par des juges dont les sentences pouvaient être dictées par des considérations qui n'avaient rien de littéraire. Il paraît que le public ne les ratifiait pas toujours. On prétend que Ménandre lui-même, qui avait conscience de sa supériorité, s'étant rencontré en face de son rival : « Je te prie, lui dit-il, ne rougis-tu pas quand lu remportes sur moi la victoire? > Mais le consentement unanime de l'antiquité finit par mettre les leux poètes chacun à sa place : Ménandre au premier rang, 3t Philémon au deuxième, mais à peu de distance du prenier, et bien au-dessus de tous les autres poètes de la Gonédie nouvelle. Ceux-ci n'étaient que des hommes de talent, nême ceux que les Alexandrins avaient mis dans leur canon, ;'est'à-dire dans la liste des classiques.