‹ Histoire de la littérature greequeChapitre 110 sur 137 · LITTÉRATURE ALEXANDRINS · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE ALEXANDRINS

aux travaux de l'hitelUgence et ajouter quelque cbose à l'héritage des générations antiques. La Sicile, grâce au génie d'Hiéron H, jouissait du repos, et renaissait à la gloire. Qaelques-uns des royaumes formés des démembrements de Tempire d'Alexandre étaient gouvernés par des princes amis des lettres et des arts. Les Ptolémées surtout s'efforçaient, par tous les moyens, de bien mériter du monde savant. Us attiraient à Alexandrie les hommes les plus célèbres ; ils leur assuraient une honorable existence; ils rassemblaient quatre cent mille volumes dans le palais du Bruchion , soixante et dix mille dans les dépendances du temple de Sérapis; ils fondaient le Musée, qui était tout à la fois et une académie et une sorte d'université, où enseignèrent Callimaque, Apollonius, Zénodote, et tant d'autres maîtres distingués. On dit que Démétrius de Pbalère, chassé d'Athènes en 307, et qui avait trouvé dams Ptolémëe Soter un digne protecteur, paya cette hospitalité en inspirant au roi l'idée d'un vaste étid)lissement littéraire, et en organisant lui-même le Musée par ses soins.

Caractère de lu llttémtiire «lexandrlite.

Les écrivains d'Alexandrie se sont exercés dans tous les genres; mais ils n'ont réellement excellé ^ue dans ceux où nous n'avons rien à voir. Les œuvres qui recommanderont à jamais l'époque des premiers Ptolémées, c'est la traductit)n des livres hébreux par les Septante; ce sont les recherches chronologiques de Manéthon; ce sont les travaux des critiques pour épurer, pour commenter les textes anciens; ce sont les écrits d'Euclide le géomètre et de quelques autres savants. Mais la littérature proprement dite végéta tristement dans cette atmosphère de science et d'érudition , et ne donna que des fruits sans sève ni saveur. Un grand nombre d'hommes pourtant eurent, dans Alexandrie, le renom de poètes, n y en avait jusqu'à sept dont les tragédies étaient estimées. Il y avait des poètes comiques , des auteurs de drames satyriques, des poètes épiques, didactiques, lyriques, élégiaques. Quelques-uns s'étaient exercés dans tous les genres; presque tous avaient été d'une fécondité extrsAtdv-

naire. C'étaient, pour la plupart, des gens d'esprit et même de talent; c'étaient des littérateurs instruits, des versificateurs habiles; mais pas un seul parmi eux n'a mérité d'être compté au nombre des vrais poètes. J'en juge ainsi d'après ce qui nous reste des plus fameux, Lycophron deChalcis, Callimaque de Cyrène et d'autres. S'il fallait faire une exception, ce serait peut-être en faveur de Philétas de Gos, qui fut le précepteur de Ptolémée Philadelphe. Les Latins ont vanté ses élégies ; et il a sur les autses cet avantage que presque tous ses vers ont péri, et que nous sommes dans l'impossibililé de contrôler les jugements de ses admirateurs.

Il n'en est pas de même de Lycophron. Nous avons de ee prétendu tragique un poème entier, qui peut donner une idée suffisante de ce qu'il était capable de faire comme émule de Sophocle ou d'Eschyle. Eschyle avait fait jadis parler Gassandre : c'est elle aussi que Lycophron met en scène sous le nom d'Alexandra. Elle y est seule, non pas même en personne, mais par un délégué; et ce délégué prononce, tant pour elle que pour lui-même, un discours qui n'a pas moins de quatorze cent soixante et quatorze vers. Ge discours est tout le poème. C'est une prophétie sur la ruine de Troie. Mais, si les Troyens n'en ont entendu que de pareilles de la bouche de Gassandre, il ne faut point s'étonner qu'ils se soient peu souciés de comprendre et de croire. Lycophron semble avoir pris à tâche d'être complètement inintelligible, non-seulement pour le vulgaire, mais pour tous ceux qui ne connaissaient pas à fond les traditions mythologiques , les généalogies des héros, la géographie des temps antéhistoriques ; pour tous ceux enfin qui n'avaient pas présentes à la mémoire les inventions des poètes les moins lus : appellations extraordinaires de lieux ou de personnes, épithètes une seule fois employées, mots sans analogues dans la langue, tours insolites, formes grammaticales étranges, archaïsmes de toute sorte, et bien d'autres choses encore. Il n'y a presque pas une phrase, dans VAlexandra^

LITTERATDRB ALEXANDRINE. kM

{DÎ ne contienoe plusieurs éDigmes , cent fois plus obscures gue celles du Sphinx; et, sans les commeutaires anciens, empilés au moyen ftge par un certain Tzeizès , il est douteux [ue jamais aucun moderne eût réussi k faire ce que faisait I dix-sept ans Joseph Scaliger, et ce qu'ont fait depuis, à ce [u'on dit, certains Anglais excentriques : à lire Lycophron. 'ai lu tes dix premiers vers , grâce à Tzetzès; et j'en ai eu lins qu'assez. Mais il est probable que les savants archéoigues du Musée étaient des OEdipes en état de deviner du remier coup, et qui se pftmaient d'aise à chaque logogriphe, ontenlB à la fois et de leur esprit et de celui de l'auteur. Car ■ycophron en avait. Quant à l'érudition, nul n'était en état e lui rien remontrer, parmi tes familiers de Ptolémée Phiidelphe. Hais quel outrage au bon sens et au bon goût! uelle aberration mentale ! Ce savant homme a inventé l'anarantme : certes, cette gloire était digne de lui. Ceci a été écrit et imprimé en 1850, c'est-à-dire trois ans vant que M. Debèque publi&t son travail surl'^^andra. 'étais resté des semaines et des mois en face de l'in-folio e Potier, sans me sentir le courage de pénétrer plus loin ne l'entrée, dans ce que Slace appelle le dédale du noir .ycophroD. H. Debèque nous a mis en main le fil d'Ariane; t il suffit aujourd'hui au lecteur français de quelques heues de patience et d'application pour faire ce voyage , si dificile autrefois, du propre aveu de ceux qui l'avaient accom- )li. Je t'ai fait à mon tour , et j'en remercie le savant helléliste. J'ai admiré l'art avec lequel M. Debèque a su rendre iaibles les ténèbres de VÀlexandra. Sa traduction est aussi laire que le comportait le sujet; et son commentaire, plein l'une érudition fa la fois abondante et sobre, ne laisse aucune ifficulté aaos solution. Je reviens donc de ma lecture avec ine grande estime pour les talents de M. Dehèque ; mais il s'est aussi impossible aujourd'hui qu'il y a six ans de voir ans Lycophron autre chose qu'un versiScateur. Ce versiliateur est habile, j'en conviens : il connaît k fond tous les ecrets du métier; il imite h merveille les formes des meiliun mitres, et ses ïambes sont bien frappés, et d'après les ëglea les plus sévères. Je conviens encore que la phrase

poétique est artistemeiit construite, et môme que r^ipresân i^g éveille à chaque iustant le souvenir d*une foule de belles choses, que Lycophron avait lues, comme noufi, dans Euripide, dans Sophocle , dans Eschyle. Mais je mentirais, si j'allais plus loin. M. Dehèque lui-même ne conteste pas que ridée d'écrire une tirade de quatorze cents vers et plus m soit une idée parfaitement absurde. Encore si c'était Cassan- |^ dre qui s'adressât à nous directement ! on pourrait à tonte rigueur se prêter à la fiction, sauf à trouver qu'elle parle bien longtemps, et surtout dans un style bien étrange. Mais non! la prophétesse est séquestrée loin des hommes ; et c'est an soldat qui raconte à Priam ce qu'elle a débité dans sa prison BOUS l'inspiration du dieu si bien surnommé Loxias. £t veut^on savoir comment ce soldat parle pour son propre compte? Voici le début du poème : « Tout oe que lu désires savoir, je te le dirai avec exactitude, depuis le premier ipot [jusqu'au dernier]. Si le récit s'allonge, pardonne, ô mon roi ; car la jeune prophétesse n'a plus avec le calme d'autrefois ouvert ses lèvres harmonieuses; mais elle lançait des paroles confuses, incessantes, et de sa bouche, qui mâchait du laurier, sortait une voix fatidique qui rq)pelait celle du sombre Sphinx. Tu vas entendre^ prince, ce que j'ai conservé dans ma pensée et ma mémoire ; et, usant de la sagacité, c'est à toi de suivre la trace obscure des énigmes, ^ de trouver par quelle voie directe une marche savante conduit à la vérité qui est dans l'ombre. Pour moi, ayant détaché la corde du stade, j'entre dans le récit des discours prophétiquement ténébreux, en m'élançant vers la première borne comme un agile coureur M » Sur quoi un savant et spirituel critique remarque que le soldat de Lycophron sait le bon eSet des images dans la poésie , et que Cassandre «lle-méme ne pratique pas mieux que lui l'art de la métaphore et de la comparaison. Le même critique dit judicieusement qu'il eût fallu du moins qu'on sentit, en passant du soldat à la prophétesse, la différence du langage nùlitaireet de la parole inspirée. C'est ainsi qu'il Ait résulté^ de l'trran-

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