LjcophrMi, Jleatamira^i^n ^ •isuiranU
LITTSRATCmE ALEXANDRINS. 468
(ment imaginé par Lycophron, une sorte d'OppMition quante entre la vulgarité du personnage qui raconte et les ffinements de pensée et de style qui remplissent le récit. M. Dehèque passe condamnation sur ce point, et sur bien autres. Il copfesse que plusieurs des inventions poétiques ( Lycophron sont insensées, et surtout l'histoire du séjour Hercule dans le ventre d'une baleine. Connaisse/.- vous, en fet, rien de plus grotesquement ridicule que ceci? « Hélas! ^asl malheureuse nourrice, livréeaux flammes, comme auefois parla flotte et l'armée du lion des trois nuits, qui di^pa-* it dans la large gueule du chien de Neptune! Là, vivant, ndis qu'il hachait les entrailles du monstre, brûlé dans le mtre de cette marmite, sur ce fourneau sans feu, il vittom- BT la chevelure de sa tête, lui , le meurtrier de ses enfants, I fléau de sa famille^ > M. Dehèque ne prend pas davanige sous sa protection les bizarreries du style de son auteur, i il ne fait pas plus grâce que moi à ce parti pris d'obscurité, ces archaïsmes, à ces tours inusités, à tout ce qu'on a de mt temps reproché à Lycophron. Il se rabat avec eomplaiince sur le mérite scientifique du poëme, j'allais dire du *aité; et il rappelle le mot du docte Ganter, qui proclamait i lecture de VAleocandra une des plus utiles qu'on pût faire our s'instruire à fond dans une partie considérable de la kythologie et même de l'histoire. Mais c'est une assez pauvre loire pour un poète, ou pour un homme sedonnant comme il, qu'on dise de lui que son poëme rend des services, que )a poëme est utile à la façon d'un dictionnaire. Ovide du loins, quand il versifiait le calendrier, n'oubliait pas toujours u'il avait écrit les Métamorphoses. M. Dehèque voudrait qu'on ^connût aussi, dans Lycophron, quelque trace de vraie poéle, et qu'on y entendit, selon son expression. Vos magnASQaktnmh. Je regarde et j'écoute; mais je ne vois rien, je 'entends rien. Il termine son Introd%k€tion par cettBipbraae : Le poème de Lycophron est un verger ecicombré d'épinttB t de ronces, où il y a, pour ceux qui y pénètrent, quelques &Ues fleurs, quelques beaux fruits à cueillir, cûdBfime dans
* . LjcophroD, AUxandra^ Ycn 31 et suIftmU.
un autre jardin des Hespérides. » Bachmann , un des éditeurs de Lycophron, avait dit la même chose en assez jolis vers latins. M. Rigault, le critique que j*ai cité à propos des métaphores du soldat , semble se ranger à Tavis de Bachmann et de H. Dehèque. Il transcrit même le morceau suivant comme un passage vraiment clair, oii Tallusion n'i rien de foreé, et où l'allégorie ne manque pas de transparence: c Voici, mon pauvre cœur, voici ce qui t'affligera comme le plus grand des malheurs : c'est lorsque l'aigle aux ailes frémissantes, au noir plumage, aux serres belliqueuses, imprimera sur la terre l'empreinte de ses ailes, ornière creusée par une course circulaire , comme un bouvier trace un large sillon; lorsque, poussant un cri de triomphe, solitaire et terrible, après avoir enlevé dans ses serres le plus aimé de mes frères, le nourrisson, le fils d'Apollon, il le déchirera avec ses ongles , avec son bec, et souillera de son sang la plaine et les prairies qui l'ont vu naître. Après avoir reçu le prix du taureau égorgé , qu'il pèsera dans l'exact plateau d'une balance, à son tour ayant versé une rançon égale, un brillant lingot du Pactole, il disparaîtra dans l'urne funéraire, pleuré par les nymphes qui aiment les eaux du Béphyre et larîme du Libèthre dominant Pimplée; lui, le vendeur de cadavres, qui, craignant la mort, ne rougira pas de revêtir même une robe de femme, agitant près d'un métier la navette bruyante ; qui descendra le dernier sur le rivage ennemi, et qui, ô mon frère, avait peur de ta lance, même en songea » M. Rigault dit, au sujet de ce passage : « Il ne faut pas un grand effort d'esprit pour deviner de quels personnages il s'agit. Les images ne manquent pas de grandeur, pas plus que d'exactitude, et l'expression est brillante sans excès d'affectation. » Je ne nie pas que l'auteur de VAkocandra n'ait fait ici preuve d'imagination à sa manière; et je ne tiens pas à contester aucune des qualités de grandeur, d'exactitude, etc., que le critique veut bien admirer dans le morceau. Je dis simplement qu'après avoir lu la citation, je me suis demandé de quels personnages il s'agis-
*' Lycophron, Alexamdray Ten 9&8 ettaifanta.
:'is
LITTÉRATURE ALEXANDRINE. bSS
tt que je ne l'ai point deviné. H faut donc plue d'effort it que ne le dit M. Rigaull pour comprendre, même ! u'eBtque par le» notes de H. Debëque que j'ai vu s'agissait d'Hector et d'Achille. Ainsi le plus clair ;e de Lycophron est inintelligible sans commentaire! des autres.
imaque était un érudit, et de la force de Lycophron . U avait composé une multitude d'ouvrages didacen prose, et dcB poèmes dans tous les genres connus, mtempomins admiraient particulièrement ses élégies, 'aisaient pas difficulté de le mettre au premier rang >€teB qui avaient manié le rhylhme de CalUnus et de I. Nous ne possédons que peu de fragments de ces r tant vantées ; mais Catulle a traduit la plus fameuse, !C une grande fidélité, comme on le voit en compae latin aux vers qui restent de l'original. C'est la ure de Bérénice. Malgré l'approbation de Catulle, et é l'enthousiasme de quelques commentateurs, je ne a' empêcher de trouver cette élégie détestable. Il n'y a iliment ni chaleur; il y a de l'esprit sans doute, mais est que de l'esprit. Callimaque affecte les noms extraùres; et on en trouve, dans la pièce traduite, d'aussi ;e8 que ceux qui remplissent VAlexandra. Nul ne sait I ce que c'est que les rochers Latmiens; il faut des s pour nous faire comprendre ce que te poêle a voulu guand il parle de la progéniture de Thia, de Zéphy- !tc. ; et on est fort étonné d'apprendre qu'il s'agit tout ;ment ou du Soleil, ou de Vénus, ou de telle autre Qon moins connue. La Chevelur?, qui sait l'histoire et la iphié comme un professeur du Musée, rappelle que les , avec le fer, ont percé le mont Athôs; puis elle s'écrie : : peuvent faire des cheveux , quand de telles masses
I au fer? > Puis elle fait une imprécation contre les bee, c'est-k-dire contre les inventeurs du fer, toujours los des ciseaux qui l'ont fait tomber de la télé de Béré-
II est assez difficile de pousser plus loin Vûi>.b\.\ ^\).Vïv:i
kU CHAPITRE XXXYIII.
sens ei4u ban go&t; et il faudrait être L]f oophion poi parvenir.
Les Épigrammes de Callimaque sont souvent d'une obi rite impénétrable , par suite des mêmes défauts. Quelqi unes néanmoins sont suffisamment lisibles et ne manq pas de grâce. Telle est, par exemple, celle oîiCallim; représente Pittacus conseillant un jeune homme sur le riage, et rengageant à choisir dans sa condition, et non \ au-dessus.
Les Hymnes de Callimaque ne valent pas ses Épigram Cléanthe invoquait, sous le nom de Jupiter, le vrai diei monde et de Thumanité; il exprimait des idées, des do nés ; il tirait ses accents du fond même de son âme. C maque reprend froidement les thèmes mythologiques conte, sans y croire , les aventures de Jupiter, de Cérè d'Apollon. Ce que les Homérides faisaient avec une naïve, il le fait pour montrer qu'aucun talent poétiqu lui est étranger, et pour étaler devant les amateurs cette érudition dont il n'avait pu donner ailleurs que échantillons incomplets. Les six poèmes prétendus relij qui nous restent de Callimaque ne sont guère qu'une s mulation de mythes peu connus, de noms et d'épitl moins connus encore; et, malgré certains more brillants , tels que le récit du supplice d'£rysichtfaoi] n'appartiennent guère plus à la vraie poésie que VAkxa même. Callimaque est un Lycaphron tendre. C'est, si veut, le premier des versificateurs; mais c'est Tavantnier des poètes, sinon aux yeux de ceux qui ont pris la ] de le commenter ou de le traduire.
jlf«llaml«0.
Callimaque avait, parmi ses disciples, un jeune lio d'Alexandrie, nommé Apollonius, qui était né avec des positions très-heureuses. Ce jeune homme, à peine d'une vingtaine d'années, publia un poème épique l'expédition des Argonautes Le succès de cet oui alluma la jalousie de son maître. Callimaque ne se cen
LITTERATURE ÀLE^CÀNDRINE. 467
^iDt de critiquer Apollonius en paroles : il écrivit contre
I Mil une satire des plus virulentes , et travailla à le perdre cjans Tesprit du monarque. Apollonius céda k Forage : il <]uitta son pays, et il se retira à Rhodea , oti il enseigna la :x*hétorique et la grammaire, et où il obtint le droit de cité. "\^oilà pourquoi on lui donne ordinairement le nom d'Apollozsius de Rhodes. C'est à Rhodes qu'Apollonius remania son poénne, et le mit dans l'état où nous le possédons. Cette seconde édition eut un succès encore plus grand que la prexnière. Apollonius fut rappelé à Alexandrie, et y devint un personnage considérable. Il est vrai que Callimaque était mort, et que le vieux poète malveillant n'était plus là pour ravaler le ^lérite de son ancien disciple. Apollonius pro«longea sa vie jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix ans, et moarut dans les premières années du deuxième siècle. On dit que son corps fut mis dans le tombeau où reposait Callimaque. Ces deux hommes, si hostiles l'un à l'autre pendant leur vie, durent sentir se ranimer leur poussière, quand on les rapprocha ainsi dans le même néant.
Les ArgonauHques sont le chef-d'œuvre de la littérature alexandrine. Apollonius écrit du moins pour de simples mortels, ou à peu près. Il abuse peu de son savoir mythologique; il fait des récits agréables; il trouve quelquefois d'assez heureuses images; mais il manque de vie et de force. Son poème appartient, en somme, au genre ennuyeux.
II n'a que quatre chants; mais cette élégance un peu fade donne bien vite des nausées, surtout si Ton vient de lire la quatrième Pytkique dePindare ou la Mèdée d'Euripide. Apollonius a le tort de se trouver à chaque instant en concurrence avec les plus grands poètes, et de provoquer des comparaisons fâcheuses : aussi est-on tenté de jeter à chaque instant son livre, et de courir à ceux où respirent le sentiment, la passion, le génie.
Voilà ce qu'ont été les coryphées de la poésie alexandrine. Qu'était-ce donc de tous les poètes à la suite, de ces hommes qui n'ont jamais été connus hors des murs d'Alexandrie, ou dont la postérité a daigné à peine recueillir les noms? Il est probable que nous ne trouverions pas beaucoup à adovvt^t
468 CHAPITRE XXXYllI. — LITTÉRATURE ALEXANDRIKE.
dans les poèmes dePhiliscus, de Sosithée, de Sosiphanès ou d*Homère le Jeune.
On est fondé à être sévère pour ceux qui se trompent sur la nature de leur talent, et qui aspirent, en dépit de Minem, à des triomphes pour lesquels ils ne sont pas faits. Hais, quand ces faux poètes n*ont pas été seulement des beaux esprits infatués d'eux-mêmes; quand leur vie a été honorablement occupée, et qu'ils ont racheté par des travaux utiles les erreurs de leur amour-propre, il ne faut que les plaindre d'avoir perdu un temps précieux k mesurer des syllabes et Il aligner de prétendus vers ; il faut se rappeler les services qu'ils ont rendus, et insister moins rudement sur leurs ridi* cules. Pourtant ne doit-on pas mettre au-dessus d'eux les hommes qui ont eu assez de raison pour se résigner kn être que des érudits, des littérateurs, des grammairiens, des savants, des maîtres de la jeunesse ? Je ne saurais trop féliciter les anciens d'avoir distingué les noms de quelques-uns de ceux-ci,' et de leur avoir fait une part de gloire. ZénodoU d*Éphèse, le fondateur de la critique des textes; Aristophane de Byzance et Aristarque , ses dignes héritiers , ne méritaient pas moins, surtout Aristarque, dont le nom est rest< synptiyme , depuis vingt siècles , de bon sens , de bon goût de jugement éclairé et solide. Nous devons infiniment à o& trois hommes; et, n'eussent-ils fait que nous donner ui Homère pur et correct , ils auraient des droits encore à an< vive reconnaissance. Hais la recension des poésies homériques et l'interprétation de ces vers immortels n'a él< qu'une petite portion de leurs travaux. Ils ont restauré le textes de tous les auteurs anciens qu*ils comptaient pann les classiques ; et il n'a pas tenu à eux que nous n'ayom Sophocle, ou Eschyle, ou Euripide, ou Aristophane, ci même Eupolis et Ménandre, aussi complets, aussi con formes, que nous avons encore Platon et Homère.
uttchatcke sicilienne.
GiBnna i^ sicili. — Tmi» l'bistorikb. — rhintob et l'hilàbotba-
eiDU. THioCniTE. — IDTLLLES DK ThAoCRITE. — IDTLLRS BDCO-
ufloas. — LU ETRAcusuniB. — isiLLia HTTHOLoaionss. — temxti.
— ipiORANHIS Dl IBiOCKITK. — JDGBHBT SUB TBâOCBITI. — BIOS
Ciéale <e ■* «elle.
La popaUlîoD grecque de la grande ville fondée en Ëgypie par Alexandre était une agglomération de toute sorte A'&émeata divers, sans cohésion, sans unité ; un mélange confus de toutes le« races, de tous les esprits, de tous les dialectes. L'absence complète d'originalité dans la littérature alexandrîne n'a donc rien qui doive beaucoup nous surprendre. Ce n'est qu'au bout de longs siècles que la Grèce d'Egypte prit une physionomie vraiment à elle, qu'elle eut à son tour un génie propre, et qu'elle se proclama b juste titre l'héritière de la Grèce européenne. Hais la vieille Sicile, que nous iTons vue jusqu'à présent payer son large tribut aux lettres et à la pensée, n'avait besoin que de se souvenir d'ell&méœe, pour produire encore, au troisième siècle avant J. G., des œuvres vivantes et originales. Elle n'y manqua pas. La poésie, après laquelle couraient en vain les hommes du Musée, ne lui fit pas défaut; et, pour juger si les éludes sévères furent encore florissantes chez elle, il sufGt de prononcer le grand nom d'Arcbimède.
VlB«e rUatwIeB.
Le plus connu des prosateurs siciliens de cetie période, è part Archimède, dont nous n'avons pas b nous occuper, c'est rhistorien Timée de Tauroménium, que nous ne connaissons pourtant que par le témoignage des écrivains postérieurs. Il avait composé une histoire de la Sicile en plus de quarante litres. Cet ouvrage était remarquable par l'exactitude
chronologique , par l'étendue des recherches, et par Tabondance des détails; mais ces qualités précieuses étaient contrebalancées par de très^rgranjdsdlfkuts.Xe style de Timée manquait de simplicité; et cet historien avait mérité malheureusement d'être compXé parmi Ifes modèles de ce qu'on nommait l'éloquence asiatique, c'est-k-dira l'élocpience à la. façon des orateurs ou plutôt des rhéteurs de l'école dégénérée d'Eschine. Un reproohebieiï^ autceBneBt grave , qne quelques-uns* lui adressaient, c'était d'aimer à conter dès fables, de manquer trop souvent d'impartialité, et de voir de préférence le mauvais cAté dès actions humaines.
Polybe, qui a pris le récit des événements au point même où l'avait laissé Timée, est très-sévère pour, l'historien doni il se donne à plusieurs, reprises, pour le continuateur. Le douzième livre de son ouvrage, ou du moins ce qui reste de ce douzième livre, est presque tout entier consacré à la critique de l'ouvrage de Timée. Polybe va jusqu'à; dire qœ Timée ne se trompe pas toujours, involontairement; et il cite quelques faits qui prouvent, chez. son. devancier, un trop médiocre respect pour la vérité vraie. U se moque afoc beaucoup d'esprit et des longues harangues que Timée prêtait contre toute vraisemblance k ses personnages ,. et de ce patriotisme ridicule qui lui représentait la Sicile comme plus importante à elle seule que la Grèce entière , et tout ce qui se faisait en Sicile comme uniquement.digne d'occuper le monde, et les Siciliens comme le plus sage des peuples, et les Syracusains comme les premiers des hommes et les plus propres aux grandes entreprises. « De telle sorte, ajoate Polybe, qu'il ne laisse guère aux enfants de iios écoles ou à des jeunes gens échaufiKs par le vin chance de le surpasser en raisonnements bizarres , , dans quelque panégyrique de Thersite , ou dans une diatribe contre Pénélope , ou dans tout autre paradoxe de ce genre» » Hais Timp^fectioB sur laquelle Polybe insiste particulièrement, c'est que l'ouvrage de Timée n'était qu'une rédaction faite. d'après d'autres ouvrages, et que Timée n'avait jamais été qu'un homme de cabinet, étranger, à l'art militaire, à lapolitique, et dénué, par conséquent, des plus essentieUes qualités du grand his-