CBIVAIN8 DES DEUX DERNIERS SIÈCLES AVANT J.C
StAbILITÂ littéraire DR CRTTB PÉRIODR. — NIC ANDRE. — MiliACBI.-
PÀNÉTIUS ET POSIDONIUS. — POLYBB.
«térIUté mténilre de cette pértede.
Nous allons rapidement parcourir la longue période qui s*étend depuis la première apparition des Romains dans la Grèce jusqu'au règne de Tempereur Auguste. C'est une sorte de Sahara littéraire, où nous ne rencontrerons pas beaucoup d'oasis. On dirait que les Grecs, durant ces cent soixante-dix années, n'aient eu d'autre affaire que de se façonner au joug de leurs maîtres, ou de travailler, comme dit Horace, à conquérir un farouche vainqueur, et à porter dans le Latium les arts de la civilisation. Pendant qu'ils servaient aux Romains de pédagogues ei d'initiateurs, ils perdaient euxmêmes cette activité féconde, qui naguère encore produisait des merveilles. Deux poètes du troisième ou du quatrième ordre, deux philosophes moralistes, un historien philosophe, voilà toute la littérature grecque de ces temps misérables. Non pas qu'il ne nous reste d'autres écrits que les vers de Nicandre et de Méléagre, que la prose de Polybe ou le souvenir de celle de Panétius et de Posidonius; mais que nous importent ici les travaux de quelques savants , les commentaires de quelques grammairiens, ou même des compilations de récits mythologiques, comme le livre d'ApoUodore?
HleaMdre*
Quintilien nous apprend que Nicandre avait eu , chez les Latins, deux imitateurs, Macer et Virgile. Il paraît, en effet, que Nicandre était l'auteur d'un poème didactique sur l'agriculture, dont Virgile avait tiré quelque parti pour ses Géorgiques. Mais les deux poèmes de Nicandre que nous possédons ne donnent pas une haute idée de ce que devaient
SCRITAIHS DES DEUX DERNIERS SIÈCLES AV. J. C. 489 !tre ceux que nous n'avons plus. Nicandre, qui florissatf >ers le milieu du deuxième siècle avant J. C, ëtail prêtre d'Apollon, à Claros en lonte, et iLpassait pour un habile iDédecin en même temps que pour un bon poète. Ses deux IKémes , intitulés , l'un ThÉriaqties , l'autre AUœipharmafuu, sont de la médecine versifiée, et non point de la joésie. Il énumère, dans le premier, les animaux venimeux; JiQs le second, les divers poisons qui peuvent s'ingérer née les aliments, et les contre-poisone par lesquels on peut eongbattre leurs effets. Une série de sèches descriptions, c'est à peu près tout ce qu'on trouve chez Nicaudre. Aratus s'est donné quelquefois carrière, et a oublié l'astronomie pour la poésie; mais Nicandre n'oublie pas un instant qu'il est m^ decin, et il fait ceuvre, sauf le mètre, la langue poétique et les épithëtes , de disciple d'Uippocrate et non d'Homère.
Héléagre, du moins, est un poète. Il vivait qttelque temp* après Nicandre, et il était né à Gadares, dans la Syrie. On croit que ce poète ne fait qu'un avec le philosophe cynique du même nom, qui avait composé des satires en prose. La nature de quelques-unes de ses épigrammes ne dément pas l'opinion qui le range parmi les hommes de l'école de Diogëne. Il avait les passions vives, mais autre chose que de la délicatesse dans les goAts. Les petites pièces qu'on a de lui ne sont pas sans mérite, surtout par rapport au temps où il a vécu. A part un certain luxe de synonymes et d'éplthètes, on ne peut pas lui reprocher de bien graves défauts : j'entends, au point de vue de la poésie, et non & celui de la morale. II a du mouvement, de la grfice, et il ne manque pas Irop de naturel. Sa descriplion du printemps serait une charmante idylle, si l'on en pouvait retrancher quelques mots surabondants, quelques images hasardées. Héléagre mérite une place b ràté de Bion et de Moschus, ou, si l'OD veut, b peu de distance au-dessous d'eux. Ce poète, dont les lers sont un des ornements de l'Anthologie, est le premier Grec qui ait eu l'idée de former un recueil de matcftw».
490 CHAPITRE XU.
choisis. L^. Couronna (tÉpxgrammtSf coimne il avait intitril aoB anthologie,, était formée de fleurs empruntées à quar&iM» six écrivains plus ou moins fameux. Mais ce recueil n*eiisti plus* l!:^
Panétius, né & Rhodes vers Taa 190^ était un philosopbi stoïcien; Il tint quelque temps h Rome une écde, que M* quentèrent les: hommes les plus illustres, entre autres Sd* pion Émilien. Cicéron nous apprend lui-méraeque le tr^lé des: Devoirs. n^eBt qu'une traduction un peu arrangée, une imitation, plus ou moins libre, de Touvraga que Panétios avait composé sur le même sujet. Posidoniua, disciple de Panétius et un des maîtres de Gicéron, avait fourni de même, au. grand philosophe romsain, la matière des beaiii traités de la Divination^ du Destin et de la Nature des Dieux. C'est dire assez que les écrits des. deux stoïciens étaient des œuvres du plus haut mérite, puisqu'il a sufB de les tranaerire et de les romarmer, pour en faire des chefs-d'œuvre. L Gicéron eu a embelli la form&; mais qui peut douter que les ^ originaux n'aient été remarquables par la gravité do style, i parla précision, par la^ vigueur, et par cette mâle éloquence qui naît toujours d'une conviction profonde et d'un véritable amour de la vertu? Nous savons que Panétius et Posidonius étaient éloquents lorsqu'ils pariaient; leur enthousiasme pour Platon prouve que le beau ne leur était pas plus indifférent que le bien ; ils avaient, dans le^ stoïcisme même, de bons modèles littéraires ; et sans doute ils durent être plus ^ j doux de rivaliser de perfection avec Cléanthequed'imperiection aveo Ghrysippe.
Polybe naquit en 205 ou 204 , à. Mégalopolis en Ancadie. Lycortas, son père, était un des cbefe de la ligue achéenne. Lui-même il joua un r61e ccmsidérabledans les. événements qui décidèrent sans retour du sort de la* Grèce. I) ne tint pas à lui que sa patrie ne conservât son indépendance* Mais
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is RttBatins remporCôrent; et Polybe fut uw de& otages [u'ils emmenèrent aveeeux, pour s'assurer de la fidélité de durs nouveaux sujets» CTest en 166 qu'il vint à Rome; et iim emii dura de longues amiées. Seipion Émilien sut ap^ peécier dignement le mérhe de Polybe^ Il le traita oomme an ami ; il en fit son conseiller, son compagnon inséparaMe; lolybe était à ses côtés lorsqu'il entra dans Garthage vain*- Qie. Cette illustre: amitié servit à son tour le héros aehéen dans l'exécution du grand dessein qu'il avait conçu dès les praoners temps dé son séjour en Itaîie. Il se proposait d'écrire l'hisloire des conqnètefr de Rome, et de faire Gom'>> pr^dre à ses concitoyens: pourquoi un petit peisple du La»* tiom, si longtemps inconnu des Grecs» avait dâ finir par commander au monde^ Oa lui permit de consulter les archives de l'État, et d'y puiser.tous les renseignemants dont il avait besoin. On s'empressa à Fenvi de lui fournir des nia<-^ tériaux. On le laissa voyager en Egypte, en Gaule , en Bspagne et dans d'autres contrées, pour compléter ses recfaerchûft.
Au boutdepluneurs années, Polybemit la dernière mein ^ son ouvrage, et le publia sous le titre d'Histoire générak. C'était en. effet l'histoire générale du monde, durant la périiMie qui avait suffi à Borne pour en faire la conquête, ou du moins pour abattre tous les ennemis capables de lui disputer l'empire, c Quel homme, dit Polybe dans son préambule, est tassez frivole ou indolent pour ne pas se soucier de connaître comment, et par queUe sorte de politique, presque tous les, pays de la terre habitée furent soumis en moins de cinquante-trois ans, et n'eurent plus que les Rom«ins pour maîtres^? » Le demi-siècle dont parla Polybe* est le temps ({ui s'écoula depuis le commencement de la deuxième guerre Punique jusqu'à la défaite du roi Persée. < Avant cette époque, dit encore Polybe*, les événements du monde étaient coBàme disséminés... Mais, à partir de là, l'histoire commence à former comme un corps : les évésemaints de l'Italie
4'. Pblybe^ ^ârimVtf ^iWroie, Htt^I, chapitre ly. 2. Id.y ibid,, lart I, chafiitEe ul
Poioi » „ ' ""«que JT J^"P«MlicieDne
tCMTAINS DES DEUX DBBNIEItS SIÈCLES AV. J. C. ^93
d'œil; il ne déclame jamais; il est du petit nombre des hommes dont la bouche n'a jamais servi d'interprète qu'à la raison. Sans lui , nous ne connaUrions que fort impar- Cùtemeot les Romains , en dépit même de Tite Live , de Salluste et de tant d'autres. C'est lui qui nous a livré les. lecrets de leur politique; c'est chez lui qu'on saisit l'esprit de leurs institutions; et, n'eAt-il fait que nous apprendra ce qu'était leur organisation militaire , il nous aurait mieux lit pourquoi ils furent les héritiers de l'empire d'Aleiandre, {ue ne le disent les belles phrases sur la Fortune qui domine in toutes choses, et sur la vertu des vieux temps, et sur les »DSuls pris à la charrue. Bossuet et Montesquieu se bornent bien souvent fa traduire Polybe; et les idées les plus féconies et les plus vraies qu'on admire dans le Discows sw '^Histoire universelle et dans le livre sur la Grandeur det Homains, ne sont autre chose que des emprunts faits fa l'Hislotre générale. Et ni Montesquieu ni Bossuet n'y ont pris, tant s'en faut , tout ce qu'ils y eussent pu recueillir , je dis plus , tout ce qu'ils y auraient dû prendre. •
Cet ouvrage a ses défauts. Le récit est un peu firoid, et les grandes figures n'ont point , dans les tableaux de l'historien, :ette vivacité elcet éclat qui attirent et channentles regards. L'esprit est toujours satisfait avec Polybe ; l'imagination a «njours fa désirer. Elle voudrait , dans le style , plus de lunière et de mouvement ; elle voudrait quelque chose de la ïr&ce d'Hérodote, ou de l'énergie pittoresque de Thucydide. Les passages de Polybe que j'ai cités fa propos de Timée nontrent pourtant que l'historien trouvait qnelqKefois, pour exprimer sa pensée, des formes agréables et piquantes. Les Grecs reprochaient aussi fa Polybe de n'avoir pas écrit lans lalangue classique : ils remarquaient dans sa prose des termes et des tournures insolites, et un certain abus des Bxpressions techniques empruntées au vocabulaire péripat^ tieien. L'Histoire générale n'en est pas moins un des plus beaux monuments du génie antique , et un de ceux qui font le plus d'honneur à l'humanité.
Polybe , durant son long exil , avait tonjours présente cette patrie achéenne pour laquelle il avait tant travailla «^ VaaX
aottfiért. Plutarqae nous' le pfeint défendaoït la mémoire de Fbilopœmen Gcmtre les aeouealioi» d'un Romain quiTOulait faire détruire le^monunientS'éleTés à* la gioire du vainqueur dB^Maehanidàs. La cause* se^ plaidait en* justice , et Téloqoence de Polybe sauim le» statuer du hérosi CSeci se passait vers' le temps de la ruine de Gorintke, trente-sept ans afirès lai mort de PhilbpœmenM Polybo demanda et obtint, danssa vieillesse , de revoit' son pays. II y revint en 128; et il mourut, cinq ou sixan^* après, duis cette* Aefaaîe où il tétait signalé' jadis par sa- bravoure*, ses talents^ politiques et ses* vertusi
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floviviiiifs^amRSSF'GoivTraiPOR^^ b* auguste et
mSS WiOÊBEBSi. BKPEIIEUBS.
UKTifBIXBa DB POETBB; — ^-JUBA..— DBHIS. J)*BkUGkSLJXàaBB. — DXODORE DE SICILB;— 8TBÂB0N. — APION. JQSÈPBB. — €OPHISTBS NOUVEAUX. - DION CHRYSOSTOKE. — ^ HISTOIRE BUBéENNE. — PHILOR.
llirt«Méiini û^ iMÊf^é
Bolybe n'eut point d'héritiers vraiment, dignes delui;toate&isileut de n^mbreux^ imitateurs, et quelques-uns d*entateux furent des écrivaînfr utiles et estimables , sinon des penseurs bien profonds et des histmens bien parfaits. D est Lcroire pourtant que 1& continuBtion de YHisloire générakt dont Posidonius était Fauteur , sa^^ recommandait par des qualités analogues à celles que noua prisons dans Touvrage <îu:héros de Mégalopolis. Mais il ne reste rien de oe travail, neoL plus: que; des comppaitieM historiqfiûSi de Castor, de Théophanet, de luba,.
Ge dermer^ est cité fréquemmpent par Plntaïque , et avec de grands éloges. La porte do son jBï$(oir0; r<mmnê est fort
CORTEHPOKAina OfAOCOSTE, ETC. MK
regrettable : il aTâit fait des recherches ttëa-'eeaBeienoieBiM, Bt il avait visé surtout k reuctiuvde et à la oiarlé. Il ^Éiit fili de ce roi Jubaqui lut vaineu parGéaar. UfutmnraéanCuit )t Rome, et Buivitle char du.trïoD^ateur.'Gésarle fltâever avec soin , et Auguste le dëdemmagea [diu tard dm biens qu'il avait perdtu. '•> La caplivitâ , dit 'Plutanpie dus U Viede<Usar,îatfo\itim ie plus, heureua des accideots : né barbare et Numide , il lui dut jd'itie xompté .parati Iw Iilus savants des bistorieus. grecs. »
Noas poBBëdona , du moiaseo paHa,V Histoire a de Borne par Denys d'Haï ioamasse. Cîet ouvrage ecabrassait toute la piériode qui s-étesd depuis, la Ëmdaiion de .Rom« jusqu'à la première guerre Punique, et finissait, par cenajquent, au point m&neob commence. celui de.Polybe. Denya étaitTenu se fixer à Ruse, après la baiaiUe d'Actium, poar ^dier la langue latine, et.pour,pr^twer les matériaux dAceaaaires à l'exécution de son dessein. iH -y fit uu long léjoar; et c'est là qu'il écrivit et publia ma histoire , fruit de vingt-daux ans de recherches. .Des vingt livres qu'avait tet ouvrage, nous possédims les ooie premiei8,eiQsiqu'unet^ tain nonibre de fragments des neuf autres , retrouvés .panr la plupart dans ces derniers temps par Aagelo Mai.
Denys d'Halioamasee présente les .Romains conune un peuple d'origine grecque; et c'estlaGièœquileur a fourni, à l'entendre , leurs mœurs, leur culte , leurs iastiCuttons. Il conclut sans cesse de.l'analogif^aSiau moins réelle k l'imitation directe ; et souvent même il lui arrive de voir des concordances là où il n'y a q«e des cootrastes. &n conçoit qu'une pareille préoccupation^ne pouvait manquer de le j^tr dans de graves erreurs. Ce m'est donc pas.ua guide.auimal on M puisse Oer, surtout dans les questions d'origines. Jl« d'ailleurs altéré à plaisir la <vérhâ de ses récits en pi4taDt à ses personnages , mâme aux êtres ^uui fabuleux àâs temps héroïques , des discours d'iuse proÛxité révoltuite, M qui n'ont gaèrejl'aaUre luit ^ae de-faiie-admirec ua^MW^
teurs son habileté à manier la langue oratoire. GependantZ y a quelques parties traitées avec simplicité , des morceaoi intéressants et où le goût n'a pas trop à reprendre; et le style , assez recherché en général , se détend quelquefois et ne sent pas toujours le rhéteur.
Il faut bien le dire, Denys d'Halicamasse était au-dessous de sa tâche d'historien. Ses livres de critique sont très-inférieurs pourtant à son histoire. Ses jugements sur les orateurs prouvent qu'il ne savait pas ce que c'est que l'éloquence, et qu'il la mettait tout entière dans les artifices de la diction. Ses jugements sur les historiens sont presque ridicules. Il reproche, par exemple, à Thucydide, d'avoir mal choisi son sujet, et d'avoir retracé à ses concitoyens de tristes et humiliants souvenirs. Il voudrait que l'historien eût résenré sa belle oraison funèbre pour une meilleure occasion, parte que les premières escarmouches de la guerre n'en valaient pas la peine : comme si Thucydide n'avait songé qu'à faire un discours dont la place était indifférente, et non pas à reproduire k sa manière ce qui s'était réellement passé aux fonérailles des premières victimes. Denys d'Halicamasse ne voit partout que des mots et des phrases. Aussi ne faut-il pas s'étonner de l'entendre s'extasier sur la renaissance de l'éloquence dans le siècle où il écrit lui-même. L'homme qui regardait le Phèdre de Platon comme une œuvre sans valeur était de force à prendre pour des orateurs tous les rhéteurs du temps , et à se croire lui-même un phénix entre tous les écrivains anciens et modernes.
Ill*d*re d« Sicile.
Diodore, né à Argyrium en Sicile, a compilé, sous le titre de Bibliothèque historique , une histoire universelle en quarante livres. Il avait voyagé dans une grande partie de l'Europe et de l'Asie; il avait visité l'Egypte, et il n'avait rien négligé pour amasser partout des matériaux utiles. Mais il n'a pas su coordonner ces matériaux, et en former un tout harmonieux. Sa préface , où il expose en fort bons termes les 4evoirs de l'historien, n'est , comme on l'a remarqué, queU