‹ Histoire de la littérature greequeChapitre 118 sur 137 · CONTEMPORAINS D'AUGUSTE, ETC · texte numérisé non relu

CONTEMPORAINS D'AUGUSTE, ETC

deux familles qui vivent, dans un canton désert de TEubëe, du produit de leur chasse, des fruits de leur petit domaine «t du lait de leurs troupeaux. J*ai surtout remarqué le naïf récit que fait un des deux pères du voyage qu*il avait été forcé de faire à la ville, pour répondre aux sommations des collecteurs d'impôts , qui avaient découvert leur existence, et qui avaient envoyé demander de Targent. Le pauvre chasseur ne connaissait la ville que pour y avoir été conduit une fois y dans son enfance. « Je vis donc comme la première fois, dit-il, une foule de grandes maisons, environnées d*une forte muraille ; des bâtiments carrés d'une grande hauteur; des tours sur le mur; dans le port des navires à l'ancre, et aussi immobiles que sur le lac le plus tranquille. On ne voit rien de pareil sur cette côte où tu as abordé , et c'est pour tela que les vaisseaux y périssent. Je vis encore une immense multitude réunie dans la ville : ce n'étaient partout que cris, tumulte étourdissant. U me semblait que tous ces gens-là se battaient entre eux. Mon conducteur me mena à je ne sais quels magistrats, et leur dit en riant: « Voici « l'homme à qui vous m'avez envoyé ; il ne possède rien c qu'une cabane avec une solide enceinte de pieux. » Les ma- ^strats partaient à ce moment pour le théâtre ; j'y allai avec eux. Ce théâtre est une sorte d'enceinte qui ressemble à une vallée, avec cette di£férence que les côtés, au lieud*étre allongés, s'arrondissent en demi-cercle. Ce n'est pas une vallée naturelle; elle est bâtie en pierres. Mais sans doute tu te ris de moi de te raconter ce que tu connais parfaitement. D'abord la foule s'occupa longtemps à je ne sais trop quoi : tantôt tout le peuple applaudissait gaiement et avec transport des ^ens qui étaient là; tantôt il criait avec indignation et fureur; sa colère était alors terrible; aussi ceux qui en étaient l'objet étaient-ils aussitôt frappés d'épouvante : les uns couraient ^ et là en demandant merci; les autres , tout éperdus, jetaient leurs vêtements. Moi-même je faillis une fois tomber de frayeur, étourdi par une clameur semblable à une tempête subite, ou à un coup de tonnerre qui aurait éclaté sur ma tête. Puis arrivèrent d'autres gens, qui se mirent à haranguer le peuple. Quelques-uns des spectateurs se lexècetvi

SOS CHAPITRE XUI. —CORTBHPOIlAniS D'AUGUSTE, ETC.

du milieu delà foule, et eafirent autant Les ans nedisiktf que quelcpies mots , les autres faisaient de longs discoius. Il y en avait qu'on écoutait longtemps en silence; d'autra étaient accueillis tout d'abord par des vocifératiMis, etc. •

Quand je 4is qve V^BitUwre EubéMne est le plus anden des Tomans grecs , on entend bien que je: ne parle que de ceux qui noussontf^arvenusjie ^rappellerai plus bas, à pith pos des romans de Lucien, le npeu qu'on sait sur les devan ders de Dion et sur leurs ouvrages.

Dion Ghrysoitone semble s'être proposé de donner a paganisme un^^raetère spiritualiste et moral, qui le reodtt capable de lutter contre les nouvelles doctrines venues iâ l'Orient. Un esprit plus profond et plus sérieux, PhiUmle Juif, Avait essayé d'^blir Vacoerd de la théologie hébraiqM avec la philosophie platonicienne. Philon ramène la Bibfeà des allégories; il retrouve dans Moïse la création telle qee Platon l'a conçue; il applique au nuxnâe idéal, prototype di monde sensible, aux idées queDieu^enferme en lui de toote éternité, les noms de Verbe tet de Fils de Dieu. Cet audacieux et éloqumt théosophe , ce : Platon juif , comme on Je nommait, était. né à Alexandrie, en l'an 30 avant notre te> l\ appartenait, comme Josôphe, à la race sacerdotale. Il fort à Rome sous Caligula, demander p«ar les Juifs d'Alexaadrie le droit de cité romaine; mais.il échoua dans cette eatreprise. Il laissa une foule d'écritsy dont les {dusimportants subsistent encore.

Un autre>Philon, contemporain deodui--là, mais quin'^ vait de commun avec lui que le nom,;Phibn deBybloSy tft connu pour lavoir traduit du iphénioitn con grec l'antique ouvrage de Sanchoniaton, 4raductîon dont la perle eat pln^ regrettable q«e celledeJbien des écrits- ongiranx.

GHAFOriRE XLIIL

TII DB PLUTÀRQUE. ^- OélCIB DB PLUTARQUE. — OUYBAGES HISTÛAI- QUBS DK PLUTÀRQUB. — PLUTARQUE MORALISTE. — STYLE DR PLU- TARQUE.

▼le de Pl«terq«e«

Platarque naquit à Ghéronée dans la Béotie , vers le milieu da i*' siècle de notre: èoe. On ignove Tannée' précise de sa naissance; mais' on sait,, pat soa^ propre témoigaage, qu'à l'époque du voyage de Néron en Grèce, c'est^-àt dire à la date de Tan 66, il sniraît, à Delphes, les leçons du philosophe Anunonius*. A son^ retour dans sa patrie , il fut employé, quoique fort jeune, &quelques> négociations àveo bs villes voisines. Bientôt apfè&il se maria. C'est à Ghéronée qu'il passa sa vie presque tout minière. Il mettait sa gloire et son patriotisme à empêcher par sa présence, comme il le * dit naïvement lui-même, que cette vUle, qui n'avait jamais été bien importante, ne s!amoindrlt encore , et à faire jouir ses concitoyens de reetimeetdela faveur dont il était l'objet. U vint pourtant à Rome à plusieurs reprises , et il y donna, sur divers sujels-dephilosophie, de littérature et d'érudition^ dea leçons publiques , qui furent la première origine et la première occasion des nombreux traités qui composent ce fu'on appelle les Moralesi Tout ce qu'il y avait d'illustres personnages dans Rome assistait à ces leçons; et c'est là ce ^ a pu faire dire queTrajan^, presque aussi âgé que Hu<tarque, avait eu Plutarque pour maître. Plutarque parlait à ses auditeurs romains non point dans leur langue, mais dans la sienne. Le grec était. une langue qu'entendaient parfaite»meni tous les gens lettrés de l'Italie. D'ailleurs Plutarque n'a jamais suie latin assez: bien pour le parler. U nous dit lui-même, dans la Vie de Dimosthène^ qu'il n'avait pas eu le temps, durant son séjour eai Italie, de S6' livrer Lune étude af^rofondie de cette langue^ à cause des aSaicea çub\M^iR«^

dont il était chargé , et de la quantité de gens qui venaient tous les jours s'entretenir avec lui de philosophie. H necommença à étudier fructueusement les auteurs latins que fort tard, quand il se mit à écrire ses Vies comparées des hommes illustres de la Grèce et de Rome.

On ne connaît pas Tannée de sa mort ; mais ropinion la plus probable est qu'il mourut quelque temps avant la fin du règne d'Adrien , à l'âge de soixante-douze ou soixantequinze ans.

De tous les écrivains de l'antiquité classique , Plutarqne est, sans contredit , le plus populaire parmi nous. Il doit cette popularité à la nature de son génie, au choix des sujets qu'il a traités, surtout à l'étemel intérêt qui s'attache an souvenir des grands hommes dont il a peint les images. Mais son premier traducteur, le vieux Jacques Amyot, a contribué pour une large part à sa renommée. Amyot n'était pas un écrivain vulgaire. Le Plutarque d'Amyot est vivant ; et il n'est pas d'auteur, dans notre langue, qui soit plus français que ce Grec mort en Béotie il y a dix-huit siècles.

L'idée sur laquelle reposent les Parallèles^ ou Vies comparéeSf rappelle les thèses factices des écoles des rhéteurs. Mais rien n'est moins sophistique , rien n'est moins d'un rhéteur, que l'exécution de ce plan qui nous semble d'abord si bizarre; et le lecteur est entraîné, bon gré, mal gré, parle charme étrange répandu non pas dans les récits seulement, mais dans ces comparaisons même qui suivent chaque couple de Vies y où deux héros, un Grec et un Romain, sont rapprochés trait pour trait, confrontés en vertu d'un principe uniforme, et pesés. au même poids.

Je lis partout ces mots, le bon Plutarque. Mais cette épithète ne convient qu'au Plutarque français d'Amyot; non point même proprement , mais par l'eSet de l'illusion de naïveté que font sur nous celte langue et ce style, vieux de trois siècles. Plutarque est un écrivain sans fard et sans apprêt, heureusement doué par la nature, et qui répand à pleine main tous les trésors de son ftme. C'est un homme de bonne

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