‹ Histoire de la littérature greequeChapitre 121 sur 137 · STOÏCIENS NOUVEAUX · texte numérisé non relu

STOÏCIENS NOUVEAUX

CAaAcriRfe du stoîcismb aï; temps des antonins. — épictâte. •—

ARKIEN. — MARC AtJRàLE.

CanMtère du 0««1cl«Bie an tempM de* ABtoalnM*

Le génie romain s'accommodait médiocrement des spéculations métaphysiques sur lesquelles les premiers stoïciens avaient prétendu construire l'édifice de leur système. On trouve, dans Épictète et dans Marc Aurèle, des preuves assez multipliées d'une sorte d'indifférence au sujet d'une foule de problèmes plus ou moins importants, agités autrefois dans le Portique par Zenon, par Chrysippe, par tous ces philosophes dont ils se glorifiaient pourtant de suivre la trace morale. Ils ont fait bon marché surtout de ces arguties où se complaisait la logique stoïcienne. Le stoïcisme, chez eux , est réduit à ses véritables proportions : ils en ont émondé, d'une main ferme et courageuse, toutes les supérfétations parasites. D'accord avec leurs maîtres sur les points vraiment essentiels , ils oilt porté dans tout le reste une grande liberté d'esprit et la féconde vertu de l'indépendance. D'ailleurs le stoïcisme, au n* siècle de notre ère, ne pouvait plus parler le langage qui avait suffi jadis aux contemporains de Pyrrhus. Le tepps avait marché, et transformé, par son action insensible, les dispositions et la volonté des hommes. Il y avait, dans toutes les âmes, comme une source d'amour qui ne demandait qu'à s'épancher. L'idée de la fraternité humaine germait sourdement au fond des cœurs. Il suffit d'ouvrît a\i\i^^^Tà.\^*9k\\H\^

mO CHAPITRE XLIY.

d'Ëpîetète et de Marc Aurèle» pour reeonnaitre la trace Inmineuse de l'immense progrès moral accompli depuis trois siècles. Cette humilité, ee renoncement à soi-même, dont Ëpictète proclame sans cesse Tefficace verta ; cette tendresse expansive, cet amour du prochain, ce dévouement aa bonheur des hommes, qui furent à la fois toute la vie et toute la philosophie de Marc Âurèle, semblent d*un autre monde, pour ainsi dire, que les méditations de Zenon et de Chrysippe sur ce qui fait la force et la dignité de l'âme, et sur les rapports de l'homme avec ses semblables. Les maîtres du Portique niaient la douleur et proscrivaient la pitié ; ils mettaient presque au rang des crimes les faiblesses de l'âme et les émotions les plus douces et les plus naturelles. La nature a repris ses droits., et dans le stoïcisme même, par Ëpictète et Marc Aurèle. Il n'y a chez eux rien d'utopique : l'un a dicté des leçons qui sont devenues , par le changement de quelques mots, la règle de saint Nil et des solitaires du mont Sinaî'; et l'autre a fait, en se peignant loimême, un des plus sublimes traités de morale qu'on ait jamais écrits.

« Ëpictèle, dit Pascal dans les Pensées ^ est un des philosophes du monde qui ait le mieux connu les devoirs de l'homme. Il veut, avant toutes choses, qu'il regarde Dieu comme son principal objet ; qu'il soit persuadé qu'il gouverne tout avec justice; qu'il se soumette à lui de boneoeur, et qu'il le suive volontairement en tout, comme ne faisant rien qu'avec une très-grande sagesse : qu'ainsi celte disp<H sition arrêtera toutes les plaintes et tous les murmures^ et préparera son esprit h souffrir paisiblement les événements les plus fâcheux. Ne dites jamais, dit-il : j'ai perdu cela; dites plutêt : je l'ai rendu; mon fils est mort : je l'ai i^ndu; ma femme est morle : je l'ai rendue. Ainsi des lûens et de tout le reste. Mais celui qui me l'ôte est un méchant homme, direz-vous. Pourquoi vous mettez-vous en peine par qui celui qui vous l'a prêté vienne le redemander? Pendioit qu'il vous en permet l'usage, âyez-en soin comme d'un bisp

STalCIENS NOUVEAUX. 2)11

ppartîent à antnii , oomme un voj«geur fait dans une

lerie. Vous ne devez pas, dit-il encore, désirer que les

98 se fassent comme tous le voulez ; mais vous devez

>ir qu*eUes ae fassent comme elles se font. Souvenez-

f ajoute-t*il, que vous êtes ici comme un acteur, et que

jouez votre personnage dans une comédie , tel qu'il

au mattre de vous le donner. S'il vous le donne court,

>4e court ; s'il vous le donne long, jouez-le long : soyez

e théâtre autant de temps qu'il lui plaît; paraissez-y

i ou pauvre, selon qu'il Fa ordonné. C'est votre fait de

jouer le peraonaage qui vous est donné ; mais de le

>ir, c'est le fait d'un autre. Ayez toujours devant les

la mort et les maux qui semblent les plus insupporta-

et jamais vous ne penserez rien de bû et ne désirerez

avec exeès. Il montre en mille manières ce que l'homme

faire. H veut qu'il soit humble, qu'il cache ses bonnes

u tiens, surtout dans les commencements, et qu'il les

nplisse en secret : rien ne les ruine davantage que de

rodutre. Il ne se lasse point de répéterque toute l'étude

désir de l'homme doivent être de connaître la volonté

ieu et de la suivre. TeUes étaient les himières de ce

d esprit, qui a si bien connu les devoirs de l'homme :

eux a'il avait aussi connu sa faiblesse ! »

»ictète n'avait riai écrit lui-même ; mais Arrien, un de lisciples, a rédigé, sous le titre de ifom«e2, un abrégé doctrines mordes d'Êpictète, et il a recueilli dans un Bge considérable, intitulé Dissertatùms^ les leçons et les ersations de ce grand philosophe. Le Manuel et les Dictions sont des chefs-d'ceuvre, non pas seulement par la )S8e et la vérité des pensées, mais par la mâle beauté style simple, clair, correct, énergique, et qui n'est <}éai d'élégance ni même de grâce. Arrien avait pris Xécn pour modèle ; et les Distmaiians rappellent, sans de désavantage , les Mémoires de Socrate. On y trouve e quelquefois des ifihosas jBublimas. G'eavlà^ i^>^susb^-

pie , qu'est ce diabgue de Vespasien et d*Helvidius Priscns, où rame humaine atteint à des proportions presque dignes: c Ne va pas au sénat. — Il dépend de toi que je ne sois pas sénateur; mais, tant que je le suis, il faut que je me rende aux délibérations. — Eh bien, soit, vas-y; mais n'y dis mot. — Ne me demande pas mon avis, et je me tairai. ^— Hais il faut que je te le demande. — Et moi , il faut que je dise ce qui me paraît juste. — Mais, si tu parles, je te ferai périr.— Quand donc t'ai-je dit que je fusse immortel ? Tu feras ce qui est ton affaire, et moi ce qui est la mienne. La tienne est de tuer : la mienne, de périr sans crainte; la tienne est d'exiler : la mienne, de partir sans regret ^ »

Ârrien n'était pas seulement un excellent écrivain philosophique ; il fut encore un des meilleurs historiens de l'antiquité. Son Histoire de r Expédition d'Alexandre^ en sept livres, est un résumé fidèle et très-bien fait des relations originales rédigées par les compagnons d'armes du conquérant macédonien, ou par les historiographes attachés à sa personne-Le récit est clair et intéressant; la marche des armées, les batailles, les sièges, sont retracés de main de maître. Le style a les mêmes qualités qu'on admire dans les Dissertations, ti l'ouvrage n'est pas indigne d'être rapproché de VAnabase; car c'est encore Xénophon qu' Arrien avait pris pour modèle dans cette composition historique. Cette histoire l'emporte infiniment sur toutes les {lutres histoires dont Alexandre a fourni le sujet. VIndique, qui en forme le complément, est écrite en dialecte ionien, dans la manière d'Hérodote. La description qu'Arrien nous a laissée de l'Inde, des mœurs des habitants, de leurs institutions, de leur caractère, s'accorde mieux que toutes les autres relations antiques avec ce que nous savons aujourd'hui de cette merveilleuse et immuable contrée. Arrien avait écrit d'autres ouvrages de philosophie, d'histoire, de géographie, dont il ne reste que peu de chose, et deux traités sur l'art militaire et un autre sur la chasse, que nous possédons tous les trois. C'était un homme d'État, un général distingué, et non point un rhé*

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