Laden, Mort de Pérégrinu», chapitre
sophiques sont ridiculisés avec tant d'esprit, Pjfrrhon n*est pas plus épargné que les autres. Le maître qui Tacheté comme esclave lui prouve, par des arguments un peu rudes, qu*il y a quelqu'un là; et, quoique le philosophe répète encore, sous les coups, Abstiens-toi de rien décider ^ ce n'est pas lui qui a gain de cause : le bâton fait merveilles; et Pyrrhon, bon gré mal gré, suit son maître au moulin. Je définirais volontiers le scepticisme de Lucien une méthode satirique; car ce scepticisme n'exclut pas la croyance aux vérités de l'ordre naturel, et repose même essentiellement sur les données du sens commun. Seulement, Lucien s'arrête aux principes les plus grossiers : il ne voit ou ne vent voir que ce qui se voit, se sent et se touche. Le monde de la pensée n'est pour lui que le pays des chimères ; tout ce qui dépasse l'étrtit horizon de nos sens et de notre vie n'a jamais existé, selon lui, que dans l'imagination des philosophes ou dans les croyances déraisonnables de la multitude ignorante.
Nul écrivain ne saurait donner une plus vive idée de l'état des âmes dans ce siècle, où le paganisme ne faisait plus illusion à personne, et où le christianisme n'avait point encore complètement triomphé. La réputation et l'estime dont jouit toute sa vie un pareil mécréant et un pareil blasphémateur montrent, mieux que ne feraient tous les discours, combien s'était relâché le lien religieux, et combien peu les gouvernants eux-mêmes se souciaient non-seulement de l'orthodoxie païenne, mais même du respect dû à des choses si longtemps sacrées. Voici comment Timon le misanthrope s'adresse à Jupiter, au dieu très-bon et très-grand, au maître des dieux et des hommes, dans un des dialogues de Lucien ' : « 0 Jupiter! protecteur de l'amitié et de l'hospitalité, toi qui présides aux sociétés et aux festins, qui lances des éclairs et reçois nos serments, assembleur de nuages, agitateur du bruyant tonnerre; toi enfin que les poètes, dans leur enthousiasme, appellent de tant d'autres noms, surtout quand ils sont embarrassés par le mètre ; car alors tu prends