Laden , Timon, cbapilre i
LUCIEN. 5i7
à leur gré des noms de toute sorte, tu soutiens la chute du Ters, et tu remplis les lacunes du rhythme : où sont maintenant et tes retentissants éclairs, et ton tonnerre aux terribles hurlements, et ta foudre enflammée, étincelaute, épouvantable ? Ab ! ce ne sont depuis longtemps que sottises écloses du cerveau des poètes, et dont il ne reste qu'un cliquetis de mots. Cette foudre tant célébrée, qui atteignait de si loin, et dont tes mains étaient toujours armées, elle* s'est, je ne sakt comment, éteinte tout à fait, et refroidie au point de ne coiv- Berver plus même une étincelle de colère pour punir les méchants. Oui, un homme méditant le parjure craindrait plutAt [e lumignon d'une lampe mal éteinte la veille, que la flamme de cette foudre qui dompte l'univers. Il leur semble que tu ne lances qu'un vieux tison, dont ils n'ont à redouter ni fe feu ni la fumée, et qui ne saurait leur faire d'autre mal que de les couvrir de suie. » Aristophane, que Lucien imite si souvent, et les autres comiques anciens, avaient plus d'une fois livré aux risées populaires certaines légendes, ridicules en effet, pu certains dieux que le peuple lui-même ne respectait guère; mais ce que Lucien prend ici pour l'objet de ses sarcasmes, sous le nom de Jupiter, c'est l'idée même de la Divinité, c'est la notion même de la Providence. Durant ce siècle étrange, à côté des chrétiens, qui portaient en eux les destinées du monde; à côté des stoïciens, qui étaient, par leurs sentiments et leurs doctrines morales, des chrétiens sans le savoir, la foule, qui avait perdu la foi à ses dieux antiques, vivait dans une absolue indifférence, ou se plongeait dans de stupides et dégradantes superstitions. Il y avait des devins, des sorciers, des thaumaturges ; plus d'un charlatan se proclama dieu : Apollonius de Tyane avait des croyants et des adorateurs après sa mort, et il en avait eu pendant sa vie même.
liVeleB moraliste et éerlTala.
Quand Lucien se borne à la critique des travers et des ridicules de ses contemporains , il est admirable de bon sens, autant que de verve et d'esprit. Avec quelle franchise impi-
MS CHAPITU XLV.
tojible il démKpu les CrartMrioi des at^hiatw, «t moUi l'indigeaoe idtiloaophiqne m. litténire des faMaœi qaii paraient, auxi^wx du peupla, d«8 beuK tteme d'amcari de philosophe! Ce o'e>t p« -Socrale amc wd ariiuiîlé du mule; mais c'est nne nisoa.uipertiultable, iiae inépi sakle^ditii8i;c«seatdespUiunifiriasd£ beBalair«tn Tintnent dites que justement apjriiqaées; ^'est no art «b Hut tout à la fois qarique chose du géaie de PlaMn et qm que chose ïuissi de la pétulaace desSBcienS'CamiqMs.
Lacien s'estpas tràs-original par le fDiid^es idées; im il excelle àpeiDdnlsB.iiUas mènes, ètesimsttpe en «ailli ï en âure «aisir jtu^'aiu {riiis ûigitiws nttancefi.Uenph d'ordinaire la fonne du dialogue ; et il ne le oède^parsorai pas mdneè Platon, pMir l'imitalioii des tosre deta«M*( aation familière, pour la gràce«t le piqusjit de la dietis Hais ses dialogues sont -en général iort oourts,' et toat fii tastiqaes ; je veux dire que Lucien met «n scène des peno nages de pore invention , pour la plapart , -et qui ne cm ▼ersent enscmllle qu'en verts de son caprice d'artiste eti sa volonté souverMae : ainsi, Timonet Hercare; ainsi. Vertu, le Syllogisme et lee philosophes; ainsi, le saveti HicylluB et son coq; ainsi, des morts de tous les temps et i tous les pays. Ce ne sont pas , k proprement dire , dès coi pflfiitieas drniattqves : ce sont de simjdee converattiai philosophiques, plus ou moins sMeuses , des esquisses ( morale , d'art ou de littérature. Il 7 a des dielt^ues qui n'oi pas grande importance, «t qui ne valent que par l'exquii perfection d'un style digne de l'époque des grands prosalaoi at'tiques ; mais quelques-uns sont des œuvres parfaites t leur genre , «t dignes de figurer au premier rang , aprte V Œuvres inoomparables du grand Platon. Il n'est personneqi ne connaisse \es Diaiogiits des Morts, le Songe, Tcœarit, Navin, et tant d'autres morceaux admirables à bien dt égards.
Les opuscules où Lucien parle en son propre nom ne soi pas si célèbres que ses dialogues. Ce n'est pas pourtnat qu l'anleur y soit inférieur à lui-même- X/a Jfert <fe Pà-^rinu parexenple, ei\A¥ied'AkxaadreUFauxProphèu,saaté
Icita fart «gvAablfis. Le itaké sur la Manière Pétrin fHitin est an livre inMnietif, st en mécoe tempa nu thefcniTze de {dainnlerie éléguite et de ben goAt.
Il 7 a SBitoot denx&rils de Lucien qui méritent aae ttoÉOD partiealière. Ce sont deux romans. L'on est intitulé ■stoire véritable , et l'autre Xuciiu ou l'Ane. Jfals cee deux mans «ont aussi des satiree ; et, ce que Cervantes a failpour iiraer en ridicule les récits eitravagants des auleun & la odâ dans l'Espagne de Philippe lU, Lucien l'anait bit pour igoâter ses contemporains de iim& iiien pins extravagants icore que ne furent jamais les romans de chevalerie- Ceci lit dit sans aucune comparaison de ses deux opuseulea rec la grande épopée des faits et gestes de l'ingénieux bial^ de la Hanche. Je not« seulement la similitude de Vineation , et l'emploi du m^ne moyen dans un Init tout semilable.
Les romans à la mode , au temps de Lucien , rentraient DOS plus ou moins dans deux catégories distinctes, W vjagee imaginaires et les raétaŒOrphoses. L'Odyis^ passait wur avoir fourni le type primitif de tous ces récits. Homère trait monb^ Gireé changeant les hommes en bétes. I^e cadre jénéral de la fiction , dans las métamorphoses , c'était l'hisoire des transformations d'un homme en un luitre homme , l'un homme en béte, d'une bêle en bomme. Homère avait onduit son héros dans des contrées où jamais d^uîs n'aorda personne , et qui n'avaient jamais existé que dans aa iche et féconde imagination. D'autres voulurent h leur tour 'illustrer par des découvertes qu'on pouvait faire sans sorr du c^inet ; et ils racontèrent ce qu'ils avaient rêvé de nelqiie nonvelk Schérie , de quelque nouveau pays des iimmériens, ou même de quelque région plus fantastique neore. ■ lambule , dit Lucien dans le préambule de VHisrire vér^aUe , & composé , sur les productions de l'Océan , lae foule de contes incrayaUae ; et , quoique persanae ne e fuae illuiion anr ses inventîonB fabuleaaea , il a au , par
la manière dont il a traité son sujet , y répandre quelquestérét. Beaucoup d'autres ont , dans le même dessein, au récit de leurs voyages supposés , de leurs excursions loflst ti€îj taines, la description d'animaux monstrueux, d'ho sauvages, de mœurs étranges. >
Nous ne savons ni le titre de Touvrage d*Iambule,nl noms de ces nombreux auteurs qui avaient été ou lesderi ciers ou les émules de ce conteur, dont l'époque même inconnue; Mais nous savons que le plus ancien des romaofj dont Photius a fait l'analyse n'était lui-même qu'un voy imaginaire, au fond duquel se trouvait comme plaquée oQ* histoire d'amour. Le titre même était : des Choses Uicro^' qui se voient au delà de Thxdè. Photius fait vivre l'auteur 1^ ce roman au siècle qui suivit la mort d'Alexandre. Maislt nom même du conteur , Antonius Diogène , indique ma^' festement un Grec romanisé, et, par conséquent, un homiDt qui n'a pu vivre que dans les derniers temps de la répo* blique ou dans les premières années de l'empiré. Quoi qull en soit, on ne peut guère douter que la plupart des ràûts que rappelle Lucien n'appartinssent à des temps déjà reculés. Les métamorphoses du moins dataient de plusieurs siè- f^ clés. Apulée, qui a écrit la métamorphose par excellenee, f appelle son Ai\e d'or une MUésienne. Ainsi ces fables de ! Milet, dont Ovide signale la licence, étaient des métamor- l phoses. Je ne prétends pas qu'Aristide de Milet n*eût ra- |^ conté que des histoires de transformations ; mais il en avait \ assurément raconté , et comme lui son imitateur latin Si- -^ senna, dont les livres scandalisèrent la pudeur du général des Parthes, à l'époque du désastre de Crassus. Il serait parfaitement vain d'entreprendi^e de dire pour quelle part le merveilleux entrait dans les contes de Sisenna ou d'Aristide. 11 nous suffit de ce que fait entendre le mot d'Apulée.
Quelques-uns ont même été jusqu'à prétendre que le conte |:^ intitulé Lucius ou F Ane n'était autre chpse qu'une de ces jss fables de Milet, rédigées par Aristide , ou par quelqu'un des |b émules d'Aristide. Mais rien n'est plus éloigné , comme le | remarque un critique, de la molle langueur des œuvres io- je niennes que le style sobre, précis, et même un peu sec, de jr