‹ Histoire de la littérature greequeChapitre 127 sur 137 · LUCIEN. U · texte numérisé non relu

LUCIEN. U

^^ auteur de Lucius. Mille traits d'ailleurs décèlent une littét^^i^ture vieillie, qui abuse de l'esprit, une civilisation rafifi- > ^Hée et corrompue , qui se fait un jeu des choses les plus ^ maintes. La date du livre est écrite, si je puis dire, à chaque ^^^page, presque à chaque ligne; et il faut vraiment fermer les ^"^^Yeax pour ne pas reconnaître partout le génie et la main du ^ 1 Kï^and railleur de Samosate.

^ Voici , du reste , ce qu'on lit dans la Bibliothèque de Pho- ^ Uqs: «J'ai lu les Métamorphoses de Lucius de Patras, en ^ * plusieurs livres. La diction en est claire et élégante , le style ^ plein de douceur. Il évite avec soin les agencements insolites ^ de mots ; mais, pour le fond des choses, il recherche le mer- ^ veilleux outre mesure : c'est en quelque sorte un second Lu- - cien. Les deux premiers livres reproduisent presque littéralement l'ouvrage de Lucien intitulé Libcius ou FAne^ à moins que ce ne soit Lucien qui ait copié Lucius. J'inclinerais même volontiers à croire que Lucien est l'imitateur; car je n'ai pu découvrir lequel des deux est antérieur à l'autre. Il aurait alors tiré son ouvrage , comme d'un bloc , de celui de Lucius , abrégeant, élaguant tout ce qui ne lui semblait pas aller à son but , conservant même les mots et les tournures ; de sorte que le livre intitulé Lucius ou F Ane ne serait que la réunion en un même ensemble de tous ces plagiats. On trouve d'ailleurs chez tous deux mêmes inventions merveilleuses, mêmes turpitudes, avec cette seule différence que Lucien , dans cet ouvrage comme dans tous les autres qu'il a composés , n'a d'autre but que de jouer et de bafouer les superstitions de la Grèce. Lucius, au contraire, parle sérieusement : il croit aux transformations d'homme en bête et réciproquement, et à tout ce radotage de vieilles fables qu'il a racontées et cousues dans son livre. »

Il est évident que Lucien a écrit son roman après Lucius, et pour se moquer de Lucius et de ses pareils. Supposez Lucien antérieur à Lucius, et vous ne comprendrez pas comment il a pu faire de Lucius le héros de son roman , l'affu-

StS CHAPITBE XLV.

Uer de la peau d'àne , et le mettre dane des e analogues k «allea où Lucius luL-m^e devait mettre pkF tard tes propres héros. La parodie n'a pu venir qu'à Utui)»^ des histoires sérieussment absurdes dont parle Pholiail-''-^ Aussi ïûen Lucien a-t-il su faire un admirable mélange w^ '^ deux élénients qui composent le livre, l^a satire ae nuit ji-l mais au récit, ni le récit à la satire. Son roman est uiip-f quant tableau des joies et des misères de la vie , telle qu'e^ r ' ? était en ce temps-là;et, sauf quelques traits lîcendeui, qu'il 1'^ eût pu retrancher sans aucun dommage , même pour sïri- f putation 4l'homme d'esprit, c'est un eonte tràs-bieo fùt,^ vivement et gaiement conté , et oh la vérité s'accouple um r^ effort au fantastique et k l'invraisemblable. Cet ftnequi bH^H^ un homme , <t qui redevient un homme , nous inléreEu u- rj^' tant , par ses aventures , qu'eût pu faire le plus brillutt iA t^héros. C'est que, sous cette forme grossière, bous ce pv^V^ rude el négligé, on sent encore un hcnnme; c'est qu'il y ■, \ dans ces entrailles d'animal , un cœur d'homme , que glut i la crainte ou que ranime l'QipératKe , et qui passe tout i tour, comme le oOtre, par les eentiments les [riua divers- ,

Lucien a-exfdiqné'lniHaftrae, dans le préambule deTâtitoire virUabte,te qu'il s'était proposé en écrivant cet oovrage. 'Les athlètes, dit-il, et ceux qui s'adonneul aui «xercicea physiques , ne se préoccupent pas seulement du bon état ds corps et de la fréquentation des gymnases ; ils ont soin aussi de -se ménager de« monenls de repos, et ee repos même est à leurs yeux la partie la plus essentielle ie leurs exercices. Il «n doit être de même , ce me semble , de ceux qui ae livrent à l'élude : après une longue application à des ouvrages sérieux , ils ont besoin de donner à leur espnl quelque reltche , pour le disposer k r^rendre Le tnavail avec une nouvelle vigtmir. Rien n'est phis propre à-leur procorer celte distraction que la lecture d'ouvrages qui n'offrent poini seulement è U pensée un simple délassement par la grke et^le charme de U diction , .mata qui »e racomDtaBdeat en-

LUCIEN. tm

Mire sous le rapport de la conception et oonnneceinms d^tt. Inespéré que. cet opuscule sera goûté à ce titre. Il plaira nop- ^ulement par la singularité du sujet et le choix piquant des détails, par la vérité des fictions, l^ttrait et la vraisemblance du récit; mais aussi ]^arce que , dans cette concep- ^cn, cfaaeiin des traits contient une allusion plaisante à Quelqu'un des poètes , des historiens et des philosophes an* ^«ns, cpii ont rempli leurs ^rits d*une foule de prodiges ^d'événements fabuleux.. J'aurais pu citer leurs noms, si tu >^6 devais , lecteur , les recon&aitre aisément toi-même. » Loôen tile pourtant des noms : Ctésias Thistorien, et cet tambale dont nous avons parlé. On se rappelle aussi la phrase que j*ai transcrite plus ^haut sur les autres auteurs de Tioyages imaginaires. Il mirait pu nommer, et même en ]»remière ligne, Antonius Diogène. H. Zévort, qui vient de traduire les Ao97uzns^rec5 (1856), le remarque avec raison. «On pourrait croire, dit-il, à la lecture de Y Histoire véritable y qie Lueien a tiré de sa riche imagination toutes les balivernes qu'il raconte , les hommes-plantes , les sirènes à pied d'âne. File-fromage, le voyage dans la lune , le séjour dans le corps de la baleine, la bataille des iles, afin de faire DÛeiix [ressortir Tabsurdité de ces miséraUes inventions ; Diais, quand on retrouve dans Diogène quelques-unes des »noeptions les plus incroyables de Lucien, et une foule Tautres qui ne leur cèdent guère en extravagance , Texcup- (ion à la lune, le voyage aux enfers , avec Thistorique des ieux , les hommes qui ne votent que la nuit, les charmes pii font mourir chaque jour et ressusciter au soleil coudiant, m est forcé de reconnaître <pie la moisson de rêves fantasiques était assez riche pour qu'il n'eût qu'à élaguer et à ihoisir. » Au reste, Litcien achoisi'avecuntactparfait;et8a mrlesque odyssée est une lecture on ne peut plus agréable it piquante. L'ouvrage n'a guère qu'un défaut, c'est d'être ttcomplet : il s'arrête à la fin du deuxième livre , là niême >ù l'auteur en annonce plusieurs autres, qui devaient conenir le récit de ses aventures après son naufrage sur le couinent des antipodes. Mais la principale gloire de Lucien romancier c'est d'avoir fourni à Rabelais et à Swift ci^eU

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ques-unes de leurs idées , et non pas les moins originalt qu'on admire dans Gargantua et dans les Voyages deGuUtvfl

Lucien, sans être un grand poëte, faisait des vers agréabli Parmi ses épigrammes, disséminées à travers TAnl/tolo^ il y en a une où il parle lui-même du recueil de ses <Buvr « C'est Lucien qui a écrit ceci , savant dans les choses tiques et censeur des sottises. Car c'est sottise, même c< semble sage aux hommes. Les hommes n'ont aucune pe fixe et certaine : ce que tu admires, d'autres en font ris< On voit que Lucien ne songeait pas à déguiser son se cisme. Il s'en fait gloire comme de son meilleur titre à time des amis de la vérité, ou, si l'on veut, des ennemi mensonge et de l'universelle hypocrisie. Je n'ai pas cité épigramme comme la meilleure pièce du petit bagage tique de Lucien. Plus d'une autre l'emporte infiniment celle-là, et par la pensée, et par le tour, et par l'exprès Elles sont, pour la plupart, assez mordantes et malicie et elles mériteraient fort bien le nom d'épigranimes , au même où on le prend toujours en français. J'en citera qui a quelque étendue, et dont le sel est assez piquant ne pas perdre toute sa saveur dans le passage d'une la à une autre. « Un médecin m'envoya son fils , pour qu'i prît chez moi les belles-lettres. Dès que Tenfant sut Chai colère * et fit d'innombrables maux *, et le vers qui sui deux*là : précipita aux enfers beaucoup d'dmes valeure le père ne l'envoya plus à mes leçons. £t, dès qu'il me Mon ami, dit-il , je te remercie; mais mon fils peut appre tout cela chez moi; car je précipite aux enfers beau d'âmes, et je n'ai nul besoin, pour cette besogne, d'un fesseur de belles-lettres. »

Tai mentionné, à propos du poète Rbinton, les deu] rodies tragiques attribuées à Lucien. La première, (

*. Homère, /{mk^, Tera I du chant I*'.

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