‹ Histoire de la littérature greequeChapitre 128 sur 137 · LUCIEN. 5S · texte numérisé non relu

LUCIEN. 5S

^^^oëte met en scène un goutteux avec la Goutte elle-même et "'^ :^es suppôts, et où la déesse donne d'incontestables preuves de sa souveraine et terrible puissance , est l'œuvre d*un ta- ^^nt fort distingué , et peut compter entre les plus spirituelles Productions de Lucien. Il est impossible d'imaginer une ^^ H>pUcation plus heureuse du style majestueux de la tragédie ^ ^ des splendeurs lyriques du chœur à l'expression d'in- ^ ^*ortunes risibles , d'idées et de sentiments grotesques. Je " ^ doute que Rhinton lui-même eût jamais rien écrit, dans ^Q temps , qui l'emportât sur le Goutteux-Tragique. Je ne dis rien du PiednLègery qui est la plus faible de ces deux l^ilarotragédies , et dont on conteste avec raison l'authenticité. Voici l'imprécation par où débute le personnage dont ^ la Goutte a fait son esclave à jamais : « 0 nom détestable, i nom détesté des dieux ! Goutte qui fais gémir sans cesse , £ile du Cocyte , toi que , dans les ténébreux cachots du Tartare, la furie Mégère a enfantée de ses entrailles; toi qui as sucé, nourrisson funeste, le lait d'Alecto; qui donc t'a fait monter à la lumière, divinité maudite ? Tu es venue pour être le fléau des hopmes. Oui , s'il y a, après la vie, un supplice pour punir les mortels des crimes qu'ils ont commis sur la terre, ce n'est pas la soif qui eût dû châtier Tantale, ni la roue tournante Ixion, ni le rocher Sisyphe, dans les demeures de Pluton : il fallait simplement que tous les scélérats fussent enchaînés de tes douleurs , qui torturent les membres. Gomme mon triste et pauvre corps , du bout des doigts à la plante des pieds, est pénétré d'un suc vicié , d'une bile amèrel Gomme il est là exhalant avec effort, de sa poitrine oppressée , ce faible souffle , et brûlé intérieure* ment de continuelles souffrances 1 Le mal enflammé s'élance du fond de mes entrailles, ravageant ma chair de ses ardents tourbillons. Ou dirait le cratère de l'Etna vomissant ses feux. » Tout le petit drame est sur ce ton tragi-comique; et , quand le Goutteux s'adresse au bâton dont il ne peut pas même se servir; surtout quand il est réduit à confesser, devant la Goutte, l'inanité des remèdes, et à implorer la pitié de celle qu'il a d'abord maudite, ses accents sont plus patbétiqued encore , c'est-à-dire plus plaisants.

• AIITKES CGBIVAIIVS DU SffiCLC DES ARTtIBlIin

HiROBB AimOUS. -^ âunS ABISTIBK. -^ HSBMOOiRB; — UMSIiet BOXâlIGIUU — MAXIMJiDS TTR. ^fllXTUS BlffOOCUft. APPIXB, E

Un grand nombre de sopUstes eurent, en ce siède, 1 nom d'oratears excellents ou d'écrivains de génie. Tel par exemple, Tibérius Claudius Atticas Hérodès, autre ditHérode Atticas. Il était né à Marathon eui Attiqoe, les premières années du n^ sièele. Son père lui a?aitl une immense fortune, dont il fit un noble usage. An le Pieux le choisit pour précepteur de ses deux fils i tifs, Lucius Vérus et Marc Aurèle. Il fut életé, en 143^ dignité de consul, et il fut. chargé du gouremementi partie deTAsieet de la Grèce. Il embellit Athènes de m: fiques monuments, dont quelques jf^tes. subsistent e de nos jours. Hérode Atticus était unimprovisaeteur qu'un écrivain; et c'est par des déclamations*qu'il s'éta sa grande renommée: On pent>croire qu'en sa cpudilé d' nien , il se piquait d'une pureté de diction irréprod Du moins le peu qu'il avait écrit, ses ^%&saietàmK^ < Éphémérides , se recommandait par cette qualiti^ sine l'originalité des idéesi Ces deux ouvrages on4pért.La< mation sur le Gouvernement^ qui porte sosn nom, esl vide de bon sens et écrite avec trop peu de goût, pour puisse l'attribuer à un homme qui fut doué de tatents tiques, qui avait pratiqué les affaires ^ et qui* passait pi continuat^r des bonnes traditions aratoires.

àawÊ iUrlsttdè.

Nous possédons un grand nombre dèdiseourr d Aristide, disciple d'Hérode Atticus; et ces ouvrages d'un grand intérêt pour l'histoire de la décadence du

AUTRES ÉCRIVAIN» DU SiECLE DES ANTONINS. S27

t. Aristide était un pales fervent, et mftne une ssrte miné. li était Bitbynien de nation. Après de longs ^, il Befixa bSmyme, et il y ren^lit jusqu'à sa mort mcticmB de prêtre d'Eseulapc. Smyme ayant élé renie, en 178 , par un tremblement de terre, il détermina Aurèle h la reb&tir. Aristide ne fut gubre moins célèbre en maître : les contemporains n'hésitaient pas !> le mettre 'emier rang des orateurs. Je n'ai pas besoin dédire qu'il icn de commun arec Démosthène. C'est un déclamateur e et un éerivun cii&tié ; il imite assez beureosemnnt les TUS. modèles; il traite les lieux commons de morale une véritable supériorité. Mais ce style élégant et clair, lées emprantées ù tout le monde , tout œ* art et tout cet t ne constituent, en somme, que des œuvres d'un genre . fade et enouyeni, sinon , comme je l'ai déjà dit, aux de œaxquî étudient l'état miwal des ftme» durant cette de extraordinaire. On sent, dans les écrits d'Aristide, lence des prédications chrétiennes^ Ainsi, il adresse aux néens'un discours contre l'usage des représentations jues , qui semble aaKÙr éUiMpiré.par les sermons des iers Pères de l'Ëglise sur cet inépuisable sujet. Au reste, ide s'occupe , en général , beaucoup ^us du cbdi et de tDgemeQt des mole que des choses mêmes ; et, pourvu charme l'oreille, i) s'inquiète assez peu de parler au on à l'esprit. Cette éloquence n'est pas celle que Socrste it dans le Gorgias. Je ne m'étonne donc point qu'Anslit écrit deux discours consacrés k la défoise de la rbé- [le contre les attaques de Platon.

sophiste Hermogëne, né à Tarse es Gilîeie, passa duis empft pour un prodige. Il est inconnu anjouiil'bui , et il te de l'être. Sa Rhétorique , que noua possédons presque re, est l'ouvrage d'un esprit très-délié, trte'subtil, d'ununisle consommé en fait de mots et de ligures. Hais ces pries savantes et ces règles géométriquement déduites wennent rien d'essentiel ; et l'imitation de Démoatbtae ,

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qu'il prêche sans cesse , n'est pas cette contemplation da beau qui élève notre âme, et qui la sollicite à produire à son tour de nobles pensées : c'est quelque chose de quasi-méo nique; c'est Téloquence prise à la main, et transportée bon de chez elle , c'est-à-dire anéantie. On s'étonne , dit un critique, d'une telle indifférence pour ce qui fait Tâmedela véritable éloquence ; et Ton est humilié à la pensée que li Rhétorique d'Hermogène ait pu si longtemps éclipser, dans les écoles , Platon , Aristote et Cicéron. Je dois remarquei que la précocité extraordinaire des talents de ce sophiste foi sans doute pour beaucoup dans l'engouement dont furent l'objet sa personne et ses écrits. A quinze ans, Hermogèn( professait la rhétorique avec éclat ; et Marc Aurèle lui-mênu fut alors curieux de l'entendre. Il n'avait que dix-huit ani quand il composa le traité tant admiré jadis ; et à vingt-cin( ans, il avait cessé d'être un homme : il perdit la mémoin et la parole; et il végéta, dans un état presque comple d'idiotisme , jusqu'à un âge très- avancé.

IMnIbll^ve le r«BM»eler.

Un livre qui serait plus curieux pour nous que la Rhétoriqi d'Hermogène, c'est le roman intitulé BabyUmiques ; mais( roman ne nous est connu que par l'analyse de Photiut L'auteur se nommait lamblique; mais il ne faut pas le cou fondre avec lamblique le philosophe, qui lui est bien post( rieur. Il était né en Syrie, et il avait été élevé par un savai Babylonien. Il se donnait lui-même comme un adepte d( sciences occultes , et comme un digne disciple des mage Non-seulement il avait étudié la langue et la littérature cha déennes, non-seulement il s'entendait à la magie, mais avait fourni des preuves signalées de ses talents prophéti ques : ainsi il avait prédit l'expédition de Vérus contre 1( Parthes, et le succès de cette expédition. C'est du moins < qu'il voulait que l'on crût, et ce qu'il avait écrit en toutes le très dans son livre. Ce qui nous intéresserait dans ses récit ce n'est pas peut-être le tableau du bonheur conjugal de Rhi danès et de Sinonis, ni celui de la passion de Garmos, r

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