AUTRES ËGRIYAINS DU SI&GJLE DES ANTONINS
tëraire, un des plus intéressants que nous aient légués les ciens. C'est une description eomplète de la Grèce euroenne. L'auteur, qui avait parcouru les contrées qu'il crit, rédigea sa relation dans sa vieiUesse, et compléta Q trarail en puisant aux meilleures sources d'informan. Pausanias manque d'ordre dans la disposition des rties; il n'a pas cette imagination qui met les objets en iief, et qui peint pour faire comprendre ; enfin son style t souvent négligé, affecté, iliffus, obscur. Mais il rachète iplement tous ces défauts par l'innombrable quantité renseignements précieux qu'il a réunis sous la main s historiens, des mythologues, des amateurs de beauxts et d'antiquités. L'homme qui a compilé et rédigé les icriptions de l'Attique, de laCorinthie, de la Laconie], de lide, de l'Achaîe, de l'Arcadie, de la Béotie et de la Phoie vivait à Rome vers la fin du ir siècle.. Il était né en ppadoce ou en Lydie , et il avait été disciple d'Hérode ticus.
GHAPITBE XLVn.
.UPWEN. BABBIU8«
lOUB STimLnÉ HB LA TOAsiK. — OFFISK. — POÈIRS DnACTlOrOSB l'OPPIBH;^- BÀBaitrS. — - RBCUBIL DBS FABLBS BB BABEBIUS. — 0^ ALITÉS :t défauts des fables DB BABRIUS. — ORISUCAUTÉDB BABBinS.
MdKmgUB BtérUlté de lu fMéale*
Il n'y a pas un seul nom de poète grec qui ait la moindre noiété littéraire, depuis Méléagre jusqu'à Oppien et à Babrius, st-à-dire. pendant plus de trois siècles. Si Lucien ne s'était s amusé à versifier quelques bagatelles agréables, le siècle \cEke des Antonins serait aussi vide de poésie que les deux its ans qui l'ont précédé. Quelques morceaux didactiques, plutôt techniques, débris de poèmes aujourd'hui perdus, elfoes épigrammes plus ou moins spirituelles , voilà tout
53t CHAPITRE XLVII.
ee qui nous reste de ces trois siècles , avec les noms obscurs d*HéIiodore , d*Andromachus, de Marcellus, de Straton. Nicandre lui-même est un soleil , si on le compare aux médecins qui ont écrit en vers la recette de la thériaque, ou telle autre prescription du codex de ces temps-là. Mais Oppien et Babrius furent deux poètes de talent^ et qui méritent quelque attention, sinon une admiration bien vive.
Oppien était d*Anazarbe en Cicilie, et il vivait du temps de Septim.é Sévère. Son père, qui était un riche citoyen de la ville, ayant encouru la disgrâce de l'empereur, fut dépouillé de ses biens et exilé. Oppien l'accompagna dans l'île de Hélite, c'est-k-dire de Malte, ob on l'avait relégué; et c'est dans cette retraite qu'il composa ses poèmes didactiques. Il alla ensuite à Rome, pour les offrir k Ântonin Caracalla, fils de Sévère. L'empereur lui-même fut charmé des vers d'Oppien: il fit au poète un présent magnifique, et lui accorda la grâce de son père. Mais Oppien était à peine de retour à Anazarbe qu'il y mourut de la peste, à l'âge d'environ trente ans. Ses concitoyens lui élevèrent un tombeau , surmonté d'une statue, et ils firent graver sur le marbre du monument cette inscription un peu emphatique : c Je suis Oppien; j'ai acquis une gloire immortelle. La Parque jalouse et le cruel Pluton ont ravi à la fleur de son âge l'interprète des Misses. Si j'avais vécu plus longtemps, et si le sort jaloux m'eût laissé sur la terre, aucun mortel n'aurait atteint ma renommée. »
Oppien laissait d'assez nombreux ouvrages, et notamment trois poèmes didactiques, un sur la chasse, ou les Cynégé" tiques j un sur la pèche, ou les Halieutiques^ et un sur la manière de prendre les oiseaux, ou les Ixeutiques. Ce dernier poème n'existe plus ; mais nous possédons les Halieutiques au complet, et il ne manque guère que le cinquième chant des CynégétiqueSy qui en avaient cinq comme le poème sur la pèche. Les deux ouvrages d'Oppien ont assez de qualités et
OPnEN. BABR1U3. S33
«z de dtfauts pour justifier tous les éloges et toutes les [iqueft. Uu scoliaste, dans son enlhousiasmei appelle Opn un oc^an de grftces. C'est le plus fleuri des poètes grecs, nme le remarque avec raison un savant du xvn* siè- . Mais il faut bien le dire, ces fleurs se sont pas touira de très-bon goût; et Oppien semble avoir plus h cœur les entasser en gerbes que de les disposer en guirlandes, r a, dans ses vers, cette exubérance de la jeunesse qui irmeet fatigue tout Àla fois. La disposition générale des pars de chaque poème est assez plausible; mais le poêle revient p souvent aux mêmes idées , et il reproduit trop souvent, Ds ses descriptions, les traits qu'il a dessinés ailleurs. Il a a&é, par exemple, en jeune homme qu'il était, de la peine des effets de l'amour. Il ne se lient pas de revenir sans >Be k cet inépuisable sujet; et ce n'est pas toujours pour en îT des richesses nouvelles. Son abondance est un peu rile; et, quoi qu'en dise .Jules César Scaliger, il est resté nille lieues de l'incomparable perfection des Giorgiques. utefois il y a quelques-uns de ses tableaux qui sont tracés main de maître, et qui soutiennent assez bien la compa- SOD avec les immortelles peintures de Virgile : par exem- :, le combat de deux taureaux , dans le second chant des nègéliqua. Le style d'Oppien n'est pas seulement orné et nbreux ; il est animé, fort, énergique : il ne lui manque 'an peu plus de sobriété.
Les naturalistes estiment l'exactitude scientifique d'Oppien, Igré les fables qu'il mêle quelquefois & la vérité, par eur, ou plutôt par ignorance. Quand il se borne k décrire ]u'ilavuoticequ'il a observé, on peut l'en croire surpae; et, comme dit Buffon, une probabilité devient une titudepar son témoignage. Buffon n'a pas dédaigné depuiplus d'une fois b cette source. Il suffit, pour s'en convain- , de rapprocher quelques-uns des morceaux du poète cilinavecùspassagesanaloguesqui se trouvent dans l'ffMtotre turdU. Voyen comment Oppien parle de l'éléphant, vers fin du chant second des Cynègéliqves : ■ De tous les anjlux terrestres, il n'est aucun dont la taille égale celle l'éléphant On le prendrait, en le voyant, pour le vaste
S34 cimnE ivm.
aominet d'ane montagiie, ou pour «m nuage ip^is cpti nàk dans ses flancs la lempéte redoulée des naeclels, jet qoi .s'avance en menaçant les camp^nâs.iL'Àiimne.iâte4lu ^aadnh pède est coiffée de deux oreilles creuses et découpées; entre ses yeux sort un nez long, mince et flexible : on Tappde trompe; c*est la main de Téléphant : avec elle il esécute aisément tous ses desseins. Ses pieds ne sant point d*iégsk longueur : ceux de devant sont plus élevés que oew.dadeN rière. La^au dontaon corps est vevêtu«stTittfe. an. touchée, désagréaÛe à la vue, et al dure que le traBobuitdufer, à quoi tout cède, ne la saurait antamer. Uéléphant est doué d*un courage extrême. Féroce tant qu'il habite les foréis, il «'apprivoise aisément avec les bumains, at il devient leur ami fidèle. On le voit, dans les pcairies, dans ie fond da vallées, déraciner les hêtres , les oliviers sauvages», les palmiers dont la tète ta'élevait majestueuse dans les. aiza , et les renverser en les frappant de ces armes aiguës qui lui sortent des> mâchoires. Mais , ^tre les puissantes mains des miBrtel&, il oublie bientôt ce fier oeurage, et il dépouille tonte laibocité de son caractère : il sij^porte le joug , reçoit un frein dans sa bouche, et se laisse monter par des enfants , qui le dirigent dans ses travaux. On dit que les éléphants parknt antre eux, et qu'il sort de leur bouche une voix articulée; mais cette voix animale ne se fait pas c entendre À tout le monde : il n'y a que leurs conducteurs qui soient en état de les comprendre. »
Je n'ai pas cité ce passage comme un dorcaux qui paairant le mieux donner une idée des mérites et des défauts. poétiques d'Oppien. Il y en a , dans l'un et dans l'autre poéaie, qui rempliraient plus complètement cet objet: ainsi, dans les Halieutiqites , la description de l'échénéia ou ifémore , et celle de la torpille ; ainsi celle de la chasseaulion, dans les Cynégétiques. C'est là qu'Oppien est tout à la foia^t asoct naturaliste et peintre brillant ; c'est là aussi qu'il se laisse aller un peu trop à cette prodigalité dont j'ai parlé.: il épuiae, peu s'en faut, tout l'arsenal des images et des cMiparaisons poétiques, et il verse ses trésors à plein tsac^^eeMoae disait Corinne à propoa dePindare*. Jemeoonieaisrai^d'ytiiiifD^
wriBN. BAMIOS. S3S
curieux de TJrîBer par luî-mâme las auertiona du Hais je veux transcrire un court moruaudu.preit des HaUeuiiques, où Oppien est plus poëte que seription de rëlé^^ant, et où il s'est préaervé, un
qu'ailleurs, de ses défauts accoatumés. ■ Tous les durant l'hiver, oui une extrême appréhension de BDtes, de ces tempêtes, qui bouleversent et font AMs :.il a'«fl mteie uicun dtre vivant au seio des
ne redonta.U laer, lorsqu'elle est irritée. Le» nus >w tranbUots et sans force dans le sable qu'ils ont leurs nageoires ; d'autres ae»alentlsut«n nasse roua des rodiers; d'autres fuient, et voat cbercbw ans les profondeurs les plus basses et les plus rft- : bouleversement des ondes ni la furtedesvenlsae int sentir daDs les extrêmes profondeurs, et Mienne t'atteint jusqu'aux dernières «oudies, jusqu'aux BtraBcbràieots des eaux. Ils échappent ainsi aux nx funestes effets de l'hiver (errib^. Hais, lorsque Lpsrendàlaterresa.panire «teneurs, et faitaouodes, qui respirent délivrées des noirs frimas;
.air plus douxcaroaae mollement la surface des > les passons, tmil joveox, e'élaooen t de toutes puis usinage de la terre. Telle une ville chériedee dieux , de survivre au fléau destructeur de la guerre, après i longlem^«n,pnMe: libre ec&i), et respirant des lie a soufferts, elle donne volontiers l'easor k sajoîe; ttk rqirendre les utiles travaux de la paix, et. elle ibitanis se livrer sans crainte mx plaisirs de la i la d«BBe. Tels les poissons, débarraseés de leurs lulenrs et de ta crainte des tempêtes, s'agitent et t, ivres de joie et de bonheur, et pareils à des agiles. ■ Oppien, cemme on le voit même ici , «e s s'empêcher de dépasser de temps en temps la ure. C'est le Lucain des Grecs; je veux dire «n a de talent et d'imaginatioo , mms troçi jeueponr lélement mdtre de lui-même et domplersa fbugne.
il n'y a pas de comparaiion fJossMe «ntre les niets traités par Oppien et t'imaMsn tablnm éban-
ché par le nevçu de Sénèque. Hais Oppien est, en défini^, un poète distingué, et un des moins indignes panni m .
qui ont entrepris, depuis les philosophes poètes, démarcher .
sur les traces du chantre des Œuvres et Jours. 1 ^^i^
€'est par conjecture qu'on fait vivre Babiius au eommencement du m* siècle de notre ère. On suppose que le rpi Alexandre, père de ce jeune Branchus à qui le poèlea |^c: dédié son recueil, est l'empereur Alexandre Sévère, assassioi en l'an 235, k l'âge de vingt-six ans. On suppose aussi que Babrius était un Romain et non pas un Grec, à cause de la forme latine de son nom, Yalérius Babrius. Quelques latinismes, qu'il a laissés échapper çà et là, semblent appuyer ; cette dernière conjecture. Mais on ignore véritablement Té- L poqùe où vivait Babrius. Julien est le premier auteur qui ait \ ^ cité son nom. Peut-être le roi Alexandre et son fils Branchas ^ n'ont-ils rien de commun avec la maison des princes syriens; peut-être Babrius a*-t-il écrit dans le n* ou dans le V^ siède de notre ère ; et il n'est pas même prouvé que certains critiques aient absolument eu tort d'en faire un contem* porain d'Auguste.
Il y a quelques années, Babrius était à peu près inconnu. On possédait à peine le texte d'une douzaine de ses fables, plus ou npioins heureusement restitué par de savants philo* logues. On disputait sur son nom ; et quelques-uns voulaient que ce fût Babrias, ou même Gabrias- Aujourd'hui, nous sommes plus avancés. M. Minoïde Mynas a trouvé , dans un couvent du mont Athos , un manuscrit qui contient cent vingt-trois tables : c'est plus de la moitié de ce. que devait contenir le recueil total de Babrius , comme il est facile de s'en assurer au simple coup d'œil. Les fables sont dispo^ par ordre alphabétique , d'après la première lettre du premier vers de chacune. Or, nous les lisons toutes, sans inter-
OPPIEN. BABRIUS. 1137
on 9 depuis Talpha jusqu'à l'omicron inclusivement; et
■*^H y en a quatre qui commencent par romicrdn.
^ Les fables de Babrius sont intitulées Mythtambes , c'est-à-
^îre, fables ïambiques. Elles sont écrites en vers scazons.
^abrius n'est pas le premier fabuliste qui ait appliqué à
^*^l>ologue la forme métrique inventée par Hipponax. Callî-
s s T^^ue l'avait fait bien avant lui, comme on le voit par les
^ ~f ^ents de ses poésies perdues ; et d'autres, sans doute ,
x^ [ '"avaient fait avant Gallimaque. Mais il est douteux que pas
^^H des conteurs ésopiques ait manié le cholîambe avec plus
^^ ^e dextérité et de bonheur que Babrius.
^wOlté* et déiâmU des IMble* de BiAriui.
Babrius'est un trèis-bon versificateur, et souvent même un
' iH)D poète. Car, il faut bien le dire, tout n'est pas or dans
la trouvaille de M. Hynas. Il y a des fables dont le style est
<4>scar et recherché, ou dont la conclusion morale est loin
d'être satisfaisante. Tel apologue est puéril ; tel autre n'est
pas assaisonné d'un sel bien attique ; tel autre n'est qu'un
tonte licencieux, qui n'a rien de commun avec l'apologue.
^ înfin Babrius se répète assez souvent d'une fable à l'autre,
et il traite jusqu'à trois fois le même sujet, en se bornant à
changer les'personnages' : ainsi, il nous peint et la grenouille
qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, et le lézard qui
îeut avoir la longueur du serpent, et le milan qui veut imiter
le hennissement du cheval. Mais le bon l'emporte sur le
mauvais dans le recueil, et l'excellent n'y est pas rare.
Plosieurs pièces sont de petits chefs-d'œuvre, et la plus
longue de toutes est aussi une des plus belles : c'est celle où
Babrius conte les stratagèmes du renard pour amener la
biche dans l'antre du lion malade ^ Les discours de maître
renard sont admirables. La Fontaine lui-même ne l'eût pas
fait beaucoup mieux parler. On conçoit que la biche s'y soit
laissé prendre, même après qu'elle avait senti la griffe du
lion sur son oreille, et qu'elle n*avait dû la première fois son