Is Chariot iêUêrcmrt et Us Arabe
540 CHAPITRE XLYII. — OPPIEN. BABRIUS.
gage du marchand , comme si c'était un riche trésor. Il }-à^ chariot est vidé; et Mercure ne peut plus continuer son traie, b ^i non qu'ileût faute d'hommes à visiter encore. Depuis citemps, les Arabes , et j*en ai fait Texpérience, sontfouto et imposteurs ; et il n*y a pas sur leur langue un seul mut de vérité. »
Quelques-uns mettent Babrius au-dessus de Phèdre, c*es^ à-dire, au-dessus de tous les poètes fabulistes connus,uns^ excepté. Je crois qu'il est plus juste de le placer sur lemêi8ft|ié^ rang que Phèdre, ou même un peu au-dessous. Si Babrio^^ l'emporte en général par la sévérité de la versification, (X^ la vigueur et la concision du style, Phèdre a plus de teno^ dans les idées, et sa diction n'a aucun des défauts qu'on est en droit trop souvent de reprocher à Babrius.
CBUIPITRE XLVra.
!f AISSANCB DB L'ÂCLBCTISICB. — AMMONIUS SACCA8. — PLOTIN. — LOHGIB* 1 — PORPHTBB. — lAMBLIQUB LB PHILOSOPHB. \
liabMMUice de PéetocMi
J'ai remarqué ailleurs qu'Alexandrie, au temps dés Ptolémées, n'avait pas un esprit qui lui fût propre, et que les éléments divers qui fermentaient dans cette grande cité avaient mis des siècles à se fondre en un tout véritable, et à produire quelque chose d'original et de nouveau. C'est sous la domination romaine qu'on commença à voir poindre en Egypte les premières lueurs de ce génie tout à la fois grec et oriental, qui jeta plus tard un si magnifique et si puissant éclat. L'enseignement du Musée, sous les Lagides, n'était que l'écho sonore de l'Académie, du Lycée, du Portique, de toutes les écoles grecques, depuis celles de Thaïes et de Pythagore jusqu'à celles d'Épicure et dePyrrhon. Les savants et les lettrés qui composaient cette espèce
ifiSdëration ou d'institut n'avaient de commun entre 06 l'amour des traditions helléniques. Ils restèrent tiellement Grecs, dans une ville orientale, malgré le tuel contact des idées venues de la Syrie, de la Judée 1 haut Orient, et malgré l'influence qu'eût dû exercer 01 l'esprit non éteint encore de la vieille Egypte des lons. Mais, dès le i*' siècle de notre ère, quelques tes sortis d'Alexandrie essayaient déjà de rapprocher mêler les doctrines de TOrient et celles de la Grèce. ), par exemple, et Josèphe lui-môme, participent à la es deux mondes, et sont Grecs sans cesser de se rat- ' aux traditions bibliques. Cet éclectisme n'aboutit, Ht de longues années , qu'à des résultats imparfaits ; lexandrin Potamon, qui vivait à la fin du n* siècle tre ère, n'avait encore fait entrer, dans son sysqu'une partie des doctrines de la philosophie grect non pas des plus hautes ni des plus propres à en- , dans une vaste unité, tous les trésors de la pensée e.
portefaix d'Alexandrie fut le créateur de la grande clectique, dont Potamon et quelques autres n'avaient i les précurseurs. Il se nommait Âmmonius : le surle Saccas, ou porteur de sacs, lui venait du métier ivait fait longtemps. Il était né de parents chrétiens; [ ne parait pas qu'homme fait il ait pratiqué le chrisue, ni enseigné à ses disciples autre chose qu'un sysle philosophie. Origène et plusieurs autres chrétiens is suivirent ses leçons, qui attiraient d'innombrables iirs; mais ses disciples véritables et ses héritiers diirent des philosophes. Ammonius Saccas n'avait rien mais des témoignages certains nous font connaître , ses enseignements, au moins leur esprit et leurs ten- L Ce fut cet homme inspiré de Dieu, comme s'exprime lès, qui purifia les opinions des anciens philosophes, établit rharmonie entre les doctrines de Platon et Lote, dans ce qu'elles ont d'essentiel et de fondamental.
5i^ GHAPITBfi XLVIU.
Ploti» et lesaittres phitosoplies de l'éeole d'Alexandrie ne V firent que dévelofpper, que pousser à leurs conséquences» les ■ principes posés par le maître; et quiriques-uns de tenis . écrits ne sont probablement que les rédactions ou les commentaires des leçons mèDses d*Ammonius.
vtoita*
Plotîn, le plus fameux des philosophes alexandrins, létaii f né à/Lycopotis dans la haute Egypte, vers Tan 205 de notre i ère. Il avait vingt-huit ans quand il vint à Akxaodcie. Il entendit Ammonius , et il s*écria : « Yoilk ce que je 6be^ chais! > Il fut pendant plusieurs années le {dus assidu de sas auditeurs. A Tâge de trente-neuf ans, il suivit en Perse 1* armée de Tempereur Gordien, afin d'étudier sur les lieux mêmes les mystères de la sagesse orientale. Il échappa à.graiid'peineau désastre de Texpédilion. Après Favénemeot del^iilippe, il vint se fixera Rome, oii il ensei^alongteiaps avec un grand éclat.. Il mourut dans la Campanie, vers l'an 270, aussi estimé pour s^ vertus qu'admiré pour la puissance etla fécondité de son génie. Plotin laissait un nombre d'écrits considérable.. Porphyre, son dis£ij[4e^ les recueillit, les mit en ordre, et les disposa en six parties, difi- | séee chacune en. neuf livres, comme l'indique le nom ., à'Efméadefk, c'estràniire de neuvaines, qu'il donna aux . grandes divisions du recueil.
Les traités de Plotin ne sont point des chefs-d'œuvre littéraires. Le philosophe, tout entier à la pensée^ s'est médiocrement préoccupé de la forme. Il manque d'ordre dans \ la composition ; il n'a pis cetle marohe ferme et soutenue sans laquelle on n'est écrivain qu'à demi. Rien; de plus inégal et de plus mêlé que les produits de cet esprit extraordinaire. Tantôt' ca sont des abstractions sèches et subtiles, tantôt une sorte de poésie enthousiaste:: ici, un style obscur, péniUe, tout hérissé de formules; là , des pages brillsmtee, ' animées, pleines de mouvement et de vie. C'eat un torreati ^ d'eau trouble , qui roula des sables d'or. Plotin n'est pas ^ même un écrivain bien correct; et Porphyre, qui passe
PHILOSWKS ALEURDBINS. S43
pevr aTDÎr retoucha aes ourrages, smnfale s'Atre attiché & coHenrtr k t& cUction son caractère d'àpre et- rude origî- Datité.
Jusqu'^ quel point Ploûn a-t-it reproduit reDSeigaement d'AmiDonius? N'a-l-il été que l'interprète fidèle de la pensée du maltrs,oubien faut-il voir ea Lui le Platon d'une doctrine dont Ammonius n'aurait été que le Socrale? Ces questions qaequelques-unsBesontposées, le savant auteur de VHistoire critique d» V École d'Aiejxmdrie lea déclare insolubles. > Mais quand les livres de Plotin n'auraient fait, dit M, Vacherol, qae commenter l'enseignement d'AmœoniuE, c« commentaire plein degënîe n'en serait pas moins le premier, le plufr brillant et le plue profond monument du néo-platonisme. NoD-eeulemenI la pensée aleiandrlne n'a jamais dépassé le point oti l'a ébvée Plotin dans ses Ennéadas, mais encore «Ile s'est maintenue rareroenlk cette hauteur, sous les philosophes qui lui ont succédé. >
heA EmUades forment une sorte d'encyclopédie philosophique, qui débute par la psychologie, la morale, ta physiqae, et qui finit par la théologie- C'est le platonisme élaigi, et embrassant dans ses vastes proportions toutes les idées qui appartiennent Ii la doctrine universelle du genre humain, tout ce que Ploiin reconnaissait comme vrai dans toutes lea sectes, dans tous les systèmes, dans toutes lea religions. Cet ieleclisme est un peu confus, et s'égare quelquefois, abusé par de faux semblants d'analogies: d'ailleurs, la coacordance. des doctrines n'est souvent qu'une pure illusion. Hais la source principale des erreurs de Plotin et de ses successeurs, c'est ce myalicisme qui leur faisait adoietlre uno faculté instinctive supérieure k la raison, et capable de nous élevca*, par l'enthousiasme et l'extase, à l'intuition directe de l'unité suprême. Ploiin lui-même n'a pas su s'arrêter sur cette pente dangereuse ; mais ce n'est pas à noas de signaler les écarts oh l'ont entraîné ses élans mystiques. Je remarquerai seulement l'altération fâcheuse que le philosophe alexandrin a fait subir h la doctrine de Platon sur le beau. Plotin nous condamne à une contemplation stërile de la beauté en soi, et il nous arrête, comme uo critique le dit
544 CHAPITRE XLVUI.
avec raison, dans une sorte de quiétude extatique. Ce n*est \ plus cette fécondation de l'âme, cette provocation à Tépan- ^ chement des belles pensées et des belles œuvres, cet enthousiasme créateur qu'allume en nous, suivant Platon, le beau envisagé face à face.
Un seul philosophe, dans Técole d'Alexandrie, resta fidèle aux pures traditions platoniciennes : c'est l'auteur du traité du Sublime. Peut-être est-ce k cette répugnance pour les tendances mystiques de ses contemporains, que Longin dat d'être relégué dédaigneusement parmi les sophistes et les rhéteurs. Plotin lui refusait le titre de philosophe. C'était pourtant un philosophe très-distingué, en même temps qu'on habile écrivain. Il avait rédigé des commentaires estimés sur le Phèdon et sur le Timèe^ et composé plusieurs autres ouvrages, non moins remarquables par la justesse et l'élévation des idées, que par les brillantes qualités du style. C'était un esprit sain et vigoureux , et capable de grandes choses. On sait qu'il fut le ministre de la reine Zénobie, et qu'Aurélien le fit mettre à mort, après la prise de Palmyre. Il était de quelques années plus jeune que Plotin, et il avait suivi avec lui les leçons d'Ammonius Saccas.
Le traité du Sublime est le seul écrit de Longin dont nous ayons autre chose que des fragments. C'est l'œuvre d'un vrai philosophe. Les sophistes et les rhéteurs n'ont jamais rien laissé qui vaille la moindre page de cet excellent petit livre. Ce n'est pas Longin qui se fût avisé de réduire l'éloquence à des formules matérielles , et la poésie à la versification. Les sophistes les plus habiles à construire des périodes ne sont point des Démosthènes à ses yeux, ni les plus savants mesureurs de dactyles et de spondées, des Hésiodes et des Homères. Il montre que le sublime ne natt point du choc et de la combinaison des mots, et que sa source est au plus profond de l'âme, dans les vives émotions, dans les idées nobles et généreuses. Il ne sépare jamais l'art de la nature, l'expression de la pensée, le beau du vrai. Il s'est rarement trompé dans ses jugements littéraires; et son tact
PfllLOSOPHKS ALEXANDRINS. HkH
ttt presque infaillible quand il signale, chez les grands ëcrinins, et les grandes qualités qui justifient leur renommée, et les défauts dont la nature humaine ne peut guère se préaerrer, et dont les traces apparaissent jusque dans les plus immortels chefs-d'œuvre.
Longin a au plus haut degré ce don de l'admiration, sans lequel il n'est pas de critique féconde, 11 voit le beau partout où il est, sans acception de temps et de pays. Grec, il loue dignement Cicéron ; païen, il emprunte à Moïse un exemple de ce sublime dont il essayait de déterminer les caractères. • n convie ses lecteurs, dit M. Egger, b l'étude des anciens modèles, comme k une école de vertu et d'éloquence ; et, par son exemple, il leur montre le salutaire effet d'un commerce journalier avec les maîtres de l'art. Que d'éloquence, en effet, dans sa manière de commenter les mouvements sublimes d'Homère et de Démosthëne 1 Que d'élévation dans cette image oii il représente les écrivains de génie comme un tribunal h la fois encourageant et sévère, auquel nous devouB, par la pensée, soumettre nos couvres, pour savoir si illes seront dignes de la postérité! Voilk ce que Fénelon louait tant chez Longin, le talent d'échauffer l'imagination en formant le goût : c'est le talent de Cicéron dans ses admirables dialogues sur l'art oratoire; c'est ce goût inspiré, qui nentdu CŒur autant que de r,espriL, et qui fait aimer autant tu' admirer le critique. Une chose y manque peut-être ; je 'eux dire cette haute correction et cette simplicité de style, privilège heureux des siècles classiques. ■ Le passage de Longin que j'ai cité à propos du discours pour Ctésiplion Mut donner une idée de la manière vive et passionnée du ihilosophe, et des qualités brillantes, trop brillantes même larfois, de son esprit et de son style.
Nous attachons au mot sublime une signification fort lifférente de celle du mot beau. Les philosophes modernes tnt insisté avec raison sur la différence des jugements en ertu desquels nous prononçons que telle chose est belle, [ue telle autre est sublime; et la pénétrante analyse de Kant ^marqué scientifiquement la borne qui les sépare. Leseniment du beau est un plaisir doux, calme, sans mélange:
946 €fi&PlTR£ XLVQI.
celui du sublime est une émotion d*une nature ^ mélëe de plaisir et de peine, de satisfaction et de t» quelque chose en6n de sérieux et de triste. Voici con s'exprime à ce sujet M. Jules B&rni, le savant interpr la Critique du Jugermnt : < Rapprochons les jugemen nous portons sur le beau et ceux que nous portons sur blime. Les premiers supposent une certaine harmoc nos facultés : la contemplation d'une chose belle sa également les facultés qu'elle met en jeu, les sens et !'< ou, comme dit Kant, l'imagination et l'entendement. L conds, au contraire, supposent une sorte de discoufe entre nos facultés : dans la contemplation du sublime, 1 gination est abattue, mais au profit de la raison. Coi rons enfin le beau et le sublime dans les choses mém< beau réside toujours dans des formes arrêtées, détermi harmonieuses; le monde du beau est celui des fondes l'harmonie. Le sublime, au contraire, implique Tabsen ^ toute forme, ou des formes gigantesques qui échappei prises de l'imagination : le monde du sublime est le d de l'infini. » Nous ne pouvons pas reprocher à L d'avoir négligé ces distinctions métaphysiques, et d' mêlé, dans son traité, le sublime proprement dit aY beau, ou même simplement avec ce qu'on nomme le sublime. Il nous a plu de traduire le titre du traité 6<{/ouç, par une expression restreinte; mais ce n'es( seulement le sublime que Longin a voulu désigner p titre : c'est tout ce qui se distingue par un caractè grandeur et de majesté; c'est la hauteur, suivant la si cation propre du terme, c'est-k-dire l'excellence littér hauteur dans la pensée, hauteur dans l'expression pensée, sublime et style sublime ; tout ce qui est noble, pant, magnifique; tout ce qui montre le vrai dans um splendeur; tout ce qui fait dire, au premier aspect : Vc génie! Longin a donc eu le droit d'admirer tout à la f les vers par lesquels l'éclaireur thébain raconte le ser des sept chefs, qui ne sont que du style sublime, et le sublime qui peint d'un trait la puissance absolue du Créa « Dieu dit : Que la lumière soit; et la lumière fut. »
PHILflBAPlE8 ALEXANDRINS.
Porphyn, te pbs célèbre des diKiplea de 1>lotni, dtait né 60-383, il Satanée en Syrie. Son nom syrien était Mnlk, gui signifie roi, et dont le nom grec de Porphyre , c'est-bdtre, revêla de la pourpre, n'eet que l'équwatent. Porphyre fiit, k Rome, le successeur de Plolin, et il y enseigna avec succès la philosophie et l'éloquence, jusque dans les premi^Tes années du ir* siècle. C'est à Ronie qu'il mourut , en l'an 304. Il avait laissé une foule de irailéa sur Xotite sorte de matières. Sa science embrassait presque toBi le domaine de l'esprit humain. Il noue restequalques-unsde ses ouvragas. Les plus connus sont la Vis de Ptoiin et le traité de l'Ahtlinencedei Viandes. Tous sont remarquables par les agréments d'un style élégant et Umpide. Il ne parait pas que Porphyre ait été un philosophe bien original; mais il développa les doctrines de Plotin sous une forme plus attrayante et plus Ittléraire. Il fut, selon Pexpreesîon de son biographe, comme la chaîne de Mercore jelée entre les dieux et les mortels, le ne puis mieux faire connaître cet homme éloquent, ce savant -universel, qu'en tramscrÎTant ici une des belles pages que lui a consacrées l'auteur de VHittoirt crUiqtu de FÉmle tTAleTandrie.
■ Porphyre, dit H. Vacherot, portait, dans les matières philosophiques , un esprit excellent, et, dans les questions de littérature et d'érudition , un gofit exquis et une crilrqne aussi solide qu'élevée. Si l'on ajoute b cela une activité prodigieuse de travail , une ardeur infatigable pour la polémique , un rare génie d'oi^anisalion et de direction , on comprendra comment il devint le grand athlète de son parti , dans la lutte delà philosophie et du christianisme... Le signe unique auquel on pourrait reconnaître l'origine syrienne de Porphyre , c'est la science profonde des traditions religieuses de toute cette partie de l'Onenl , et parlieulièremenl des livres hébreux. Du reste , il n'a ni go6t ni estime pour cette sagesse de l'Orient : il lui oppose sans cesse la science grecque , et ne la cite guère que pour la
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réfuter. On sent partout, dans le Syrien Porphyre, m rélève des Muses grecques ; et jamais enfant de la Grèce n*a ^^ voué un culte aussi tendre à sa noble patrie. Porphyre ne s'attacha point à la philosophie grecque , comme beaucoup d'Orientaux , uniquement par goût pour le platonisme : Û Taime pour elle-même, et Tembrasse avec ferveur dans toutes ses parties. Platon est sans doute de tous les philosophes celui qui lui convient le mieux ; mais il cultive avec ardeur la science d*Âristote, et commente sa logique. Enfin, sauf l'enthousiasme mystique, qu'il tient de TOrient comme tous les philosophes de cette école , tous les caractères de l'esprit grec, la rigueur, la méthode et la subtilité de la pensée , la clarté et l'élégance de la forme, se révèlent dans les œuvres philosophiques de Porphyre. »
■•■ibll^iie le phllMMpke.
lamblique, disciple de Porphyre, balança la réputation de son maître , et celle de Plotin même. Cétait un Syrien, comme son homonyme lamblique le romancier, et comme son maître Porphyre. Il enseigna dans Alexandrie, et non point à Rome. Il mourut en l'an 333. Ce fut un mystique dans toute l'acception du terme. Il mêla à la philosophie la magie et les pratiques théurgiques , c'est-à-dire, certains actes par lesquels il prétendait établir une communication directe entre Dieu et l'homme , ou entre l'homme et les êtres divins nommés les démons. Ce qui reste de ses écrits n'est pas de nature à donner une haute idée de ses talents littéraires; ou du moins lamblique semble avoir pris k tâche de se distinguer de Porphyre , non-seulement en se séparant de lui sur divers points de doctrine , mais en affectant une sorte de mépris pour tout ce qui tient à l'art de la composition et au travail de la forme. Il est vrai que nous ne possédons aucun de ses grands ouvrages ; car le livre des Mystères égyptiens n'est, selon les critiques, qu'une compilation d'école, rédigée par les disciples dlamblique, et non par lamblique luimême. La Vie de Pythagore est un écrit sans méthode , où les idées les plus disparates hurlent de se voir accouplées.
et dont le style n*est guère plus satisfaisant que Tordonnance. Mais les fragments de quelques autres écrits montrent une érudition plus sûre , plus de bon sens , et même quelque chose dece génie que les contemporains admiraient dans celui qu*ils qualifiaient d*homme merveilleux et d'homme très-divin. Il n*est pas jusqu'à cet étrange chaos des Mys" tères égyptiens^ oh Ton ne puisse trouver, à c6té des rêves les plus extravagants , plus d'une idée profonde et lumineuse , qui fait honneur au maître dont les enseignements l'ont fournie. Après avoir exposé ce qu'il est permis de connaître et de deviner des doctrines particulières à lamblique , l'auteur de YHistoire critique remarque que l'activité spéculative de l'école d'Alexandrie s'arrête à ce philosophe, c L'œuvre de création , dit M. Yacherot, est consommée ; la polémique et le commentaire vont lui succéder. »
HISTORIfilVS ET SOPHISTES DU TROISIÊHE SIÈCLE.
DION CA8SIUS. — BÂRODIBN. — ÂLIBN. — LES DEUX PHILOSTRATE. — DIO- GÂNE DB LAËRTE. — ATHiNÉB. — ALaPHRON.
La littérature grecque du m* siècle est presque tout entière dans les noms de Plotin , de Longin , de Porphyre et d'Iamblique. Ce n'est pas que nous ne possédions des ouvrages considérables, composés par d'autres auteurs appartenant à cette période ; mais ces ouvrages , précieux à certains égards, n'ont rien, ou presque rien, qui les recommande à nos yeux. Dion Cassius est un historien du troisième ou du quatrième ordre. Sou Histoire romaine , que nous avons en partie , sert à remplir plusieurs lacunes dans les annales du peuple romain; mais le style en est inégal et déclamatoire, et Dion n'a ni un jugement parfaitement sain, ni une critique suffisamment éclairée.
mO CHAPITRE XLIX.
Hérodien , qui nous a laissé une Histoire d&s Empereurs depuis la mort de Marc Aurèle jusqu'à rayénement du jeime Gordien , est un écrivain disert et agréable, mais plus curieux de se faire lire que d'instruire véritablement le lecteur : od dirait même qu'il ignore les deux sciences qui sontcomioe les yeux de l'histoire , la chronologie et la géographie.
La compilation d'Élien , intitulée Histoires diverses , n'est qu'un fatras de matériaux empruntés à d'autres livres, e\ entassés sans goût , sans jugement , sans critique^
Ëéem deux Phll«Bftrafe*
La Vie cT Apollonius de Tyane^fsx Philostrate l'Ancien, est pleine de fables absurdes , d'erreurs géographiques et d'anachronismes. Philostrate est un sophiste et ua sectaire plutôt qu'un historien. II écrit agréablement ; et, s'il n'avait prétendu iïomposer qu'un récit imaginaire, on peurraitle placer , parmi les romanciers anciens, à un rang assez distingué. Mais Philostrate voulait qu'on prît son livre au sérieux ; et son pythagoricien thaumaturge est une sorte de Christ païen, qu'il essaye de mettre à la place du triomphant crucifié. Sous ces contes à dormir debout , sous ces récits de miracles, sous ces prédictions après coup, sous cet étalage de toutes les folies mystiques et Ihëurgiques , il y a use intention religieuse manifeste : c'est tout à la fois et une polémique en règle contre TÉvangile, et une sorte d'évangile posthume du paganisme périssant.
D'autres ouvrages de Philostrate , et même l'ouvrage qu'on attribue à son neveu , Philostrate le Jeune , ne sont que des exercices de rhéteur, ou à prof>os d'une galerie de tableaux, ou à propos des aventures de quelques antiques hérts. Les esquisses biographiques intitulées Kies des SophisUs présan-
U SOPHISTES MI UtOISIfHE SIÈCLE. ttSl
tent un certaio înlérêt, mais noopasliien viT; car les noms célébrés parPhilosIratawntlNBbés, pour la plupart, dans UQ profond et étemel oubli.
Le CiciUen Diogène de Lsârte a eu le talent de faire un OUTTtge indispenfiable k loas ceux qui veulent conaolire la vie et les doctrines des philosophes anciens, en compilant sans ordre, san» suite, sans jugement, souvent même sans y rien CMDpr^ndre, les livres de sa blbUothëque. Cet ouvrage ridicule, informe, mal composé, encore plus mal écrit, et où ce que l'osteur a nùs de sa personne est presque toujours ou niais ou inutile, ces Yits des Philosophes sont pleines de dMumcnte de taule sorte qui ne se trouvent qae là; et les délnis d'une foule de livras aujourd'hui perdus donnent à celui d'un sophiste dénué de fjoftt et de bon sens une importance que n'ont pas des productions k beaucoup d'égards plus estimableB.
La compilation d'Athénée, intituléeie Souper des Sophis- Us,66i du moins l'œuvre d'un homme qui se donnait la peine -de coordanner sa» idées, et de les exprimer dans un langage humain. Ses sophiatts devisent k table , et font ensemble assaut d'érudition. Grâce à leurs causeries, et, si l'on veut, k-leur pédanterie, il .y a d'admirables morceaux de l'ancienne littérature dont nous jouissons aujourd'hui, et qui nouB aéraient iocMtnui sans Athénée. Athénée n'est pas, tant s'en faut, un dialogiste parfait, ni un écrivain classique; mais il ne manque pas de talent. Son livre proirre qu'il avait prodigieuse m eut hi , qu'il avait bien compris ce qu'il liskil, et bien digéré ses connaissances archéologiques et littéraire*. Athénée éuil deNsucratis, en Egypte; il avait étudié dans ecs savantes écoles uù s'était formée 1« soiease ■ées Piolin et àm Longin, ci il avait enseigné Ini-i ^lat la iiiélOM|ae «t la gncamain.