‹ Histoire de la littérature greequeChapitre 133 sur 137 · Î CHAPITRE XLIX. — HISTORIENS ET SOPHISTES, ETC · texte numérisé non relu

Î CHAPITRE XLIX. — HISTORIENS ET SOPHISTES, ETC

Parleron8-nous d*AIciphron, et de ces lettres qu'il suppose écrites par des pécheurs, des parasites, des courtisanes, etc.! Il est impossible d'imaginer rien de plus faux que ce prétendu genre épistolaire. Ce ne sont que des déclamations sophistiques, ou des tableaux de mœurs tracés d'après d'anciens poètes , et non point d'après ce que l'auteur avait luimême sous les yeux. Mais Alciphron prodigue les ornements de style; il est fleuri, sinon raisonnable; l'élégance des te^ mes, l'éclai des métaphores, la beauté des tours, lui tiennent lieu de bon goût : aussi passait-il en son temps pour un phénix littéraire , pour un écrivain supérieur à Longin et à Porphyre , qui avaient le tort d'être de grands et sérieux esprits, et de n'écrire que pour les gens capables de quelque effort d'attention et d'intelligence.

£GOLE D'ATHÈNES.

BÔLE D* ATHÈNES AU QUATRIÈME SIÈCLE. — UBANIUS. — THÉMISTIUS. — JULIEN. — PROGLUS. — TRAITÉS PHILOSOPHIQUES DE PROGLUS. — PRO- CLUS POÈTE. — SUCCESSEURS DE PROCLUS.

Bêle d'AtlièmMi mi qvAlrlème siècle.

Les écoles d'Athènes n'avaient jan^ais perdu leur vieille réputation ; et la ci lé de Minerve passait encore, du temps de l'empire, pour le séjour favori des Muses. Mais les maîtres ^ui perpétuaient , dans la patrie de So(?rate et de S<)phoc1e , le culte de la philosophie et des lettres, semblent s'être bornés à un enseignement oral : c'est à peine si les noms de quelques-uns d'entre eux sont arrivés jusqu'à nous. C'étaient des hommes instruits, et fort capables de transmettre aux autres les principes des sciences et des arts. Seulement ils ne

ÉCOLE D'ATHËNES. 553

s'inquiétaient pas beaucoup d'ajouter eux-mêmes quelque chose à l'antique héritage. Ce n'est pas que la liberté leur fit défaut : ils formaient entre eux comme une petite république, où l'on n'entrait que par l'élection, et dont les empereurs respectaient les coutumes et les franchises. Us se contentaient de jouir des trésors jadis amassés par le génie, et ils vivaient dans cette quiétude un peu molle que donnent et le contentement de soi-même, et les succès obtenus sans beaucoup d'efforts, et le bien-être présent, et la sécurité du lendemain. Les progrès du christianisme, la suppression des écoles païennes dans les villes où dominait l'esprit nouveau, les tendances de la politique impériale, qui menaçait d'adorer bientôt ce qu'elle avait brûlé, et de brûler ce qu'elle avait adoré, enfin le soufQe puissant des doctrines néo-platoniciennes : il n'en fallait pas tant, j'imagine, pour réveiller ce monde de philosophes et de beaux esprits, pour les tirer de leurs agréables rêves, et les rappeler au sentiment de la réalité. Leur vie, au iv* siècle, devint un combat; et la lutte ne cessa plus, jusqu'au jour où un empereur abolit l'enseignement des sciences et des lettres profanes, et rendit muets les échos qui avaient redit les accents harmonieux du divin Platon.

C'est k Athènes que le polythéisme fit le plus d'efforts pour se rajeunir, et qu'il s'arrêta le plus longtemps sur le penchant de sa décadence. Là brillèrent les dernières lueurs du génie païen; Ik se formèrent les hommes qu'on peut nommer les derniers des Grecs. C'est k Athènes que Julien apprit le détail des opérations théurgiques , et qu'il se pénétra de ce mysticisme alexandrin qui fit de lui , sous la pourpre impériale, un personnage si original et si étrange; c'est k Athènes qu'avaient étudié et enseigné les Libanius, les Thémistius, avant de devenir des hommes considérables dans l'empire ; c'est k Athènes enfin que vécurent et enseignèrent les derniers païens dignes du beau nom de philosophes.

UlbMiliui*

Libanius était né en 314 ou 315, k Antioche sur l'Oronte ;

19214 €BAP1TRE L. |

et c'est à Antioche qu'il mourut, fers la fin du ir sièdc, après afsir brillé sur différents théâtres , et surtout diDS ia nouvelle capitale ok Constantin avait transporté le si^ de l'empire. Libanius était un païen fervent, mais non point î fanatique. Il avait pour amis quelques-uns des pins illustres représentants des doctrines chrétiennes, les Basile, les Chrysostome , les Grégoire de Nazianze. Malgré son amour et son admiration pour Julien , il blâme le restaurateur des vieilles croyances d'avoir porté trop loin le zèle, et d'avoir exercé, contre les chrétiens , de fâcheuses rigueurs, il nous reste de lui un grand nombre d'ouvrages, mais qui appertienoeot tous plus em moins au genre sophistique. €e sont des dis- j^^^: cours sur divers sujets d'histoire, de mythologie, de morale; j:^ des harangues oflicîelles; des modèles à l'usage <les adeptes " de l'art oratoire, etc. La seule partie vraiment intéressante des œuvres de Libanius, c'est ie recueil ée ses lettres. Il 7 en a plus de deux mille ; et c'est là ifu'on peat étudier avec le plas 'de fruit l'état de la littér^irra et de la société gm- |^ ques au iv* siècle. Libanius n'est pas moins so]dii6te ni ':ri moins affecté dtens un billet de quatre lignes que dans un j^ discours destiné à être déclamé en public. Mais, quand ce jr, billet s'adresse à saint Basile , et que saint Basile ne dédaigne \ét pas de répondre aux compliments du rhéteur païen par des ik éloges presque fabuleux, le lecteur moderne ne peut s-emp^ ^ cher d'éprouver je ne sais quel charme piquant et singulier, U en parcourant ces monuments de la courtoisie antiqne. Je n'ai pas besoin de remarquer qu'il n'y a rien de commaa entre Libanius et Féloquence, et que l'orateur de Constantinople, comme rappellent quelques-uns, n'est qu'un habile 1 artisan de phrases, un écrivain beaucoup plus aoucieax des tours du beau langage que du naturel des isenttments et de la vérité des pensées.

Thémistius est un esprit plus «érieux et plus élevé : c'est un philosophe, un homme d'État; et, quoiqu'il ne soit pas ^ toujours eaemfït des défauts «qu'on poi4 reprodier à Liba-

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