I . nioiUy chanl XviU, Tert 2 el luîTftnts
HOMÈRE. Ca
freppeses deux cuisses du plat de ses mains, et il s* écrie, en
poossantun soupir : Hëlas! dans quel pays me Irouvë-je?
la hommes y sont- ils insolents, sauvages, injustes; y sont-
' ils hospitaliers, et leur âme respecte-t-elle les dieux? Où por-
tmi-je tous ces trésors? Moi-même où vais-je aller? Ah 1 que
K$uis-je resté Ik-bas, chez les Phéaciens! Je me serais
lada ?ers quelque autre roi magnanime, qui m'aurait bien
wçot et qui aurait aidé à mon retour*. » Mais ce même homme,
fie rinconnu épouvante, et qui se désespère comme le plus
Tsigaire des mortels, il reprend bien vite sa première
ngoeor; il foule au pied toutes les craintes, dès qu'il se
iTDOTeface k face avec les prétendants. Ilpoursuivrajusqu'au
kit l'accomplissement de ses desseins, avec une invincible
persévérance ; et, pour mieux assurer ses coups, il abaissera
il fierté , il subira sans murmure le mépris même de ses
aoemis et les plus sanglants outrages. Il fera plus encore :
admis en présence de Pénélope, qui ne peut le reconnaître,
il imposera silence à ses affections mêmes ; il ne dira point :
Je suis Ulysse; il gardera son secret jusqu'à l'instant marqué
par sa sagesse et par les dieux. « Il donnait à tous ces men-
sGDges Tapparence de la vérité. Pénélope, h. ces récits, se
bniM en pleurs. Comme la neige entassée par le zéphyre
sflr le sommet des montagnes se fond au souifle de l'Èurus
et gonfle à pleins bords le courant des rivières, ainsi les
belles joues de Pénélope se fondaient en larmes; et elle
pleurait son époux, qui était devant elle. Pour Ulysse, il
iTait compassion, dans son cœur, de sa femme gémissante;
sais ses yeux, comme la corne ou le fer, restèrent fixes dans
S6 paupières. Âûn de soutenir sa ruse, il renfonça ses
larmes ^ •
Caractère» dem antres héros d'Homère.
Je voudrais pouvoir dérouler aux yeux la longue et magnifique série des portraits tracés par le poëte ; toutes ces figures oiajestueuses ou terribles, mélancoliques ou riantes, qui
I. Odyssée^ chant XIU, vc" 1»7 et saivanU. 3. lUd, ciiiuil XIX, veri 203 etsuiTanU.
ÎO CHAPITRE ÎV.
peuplent et animent VIliade et YOdyssée; fcè mondé né de li fantaisie, mais complet, mais vivant, où Tidéâl n'a jamai: rien de vague, et n'est que le relief, ppur ainsi dire, que 1j splendeur de la réalité. Homère est, après Dieu, le plus grant et le plus fécond des créateurs d'hommes. Il n'est pas jus qu'aux personnages les plus secondaires, ceux qui ne fon que passerdevant le lecteur, comme les ombres passent devan Ulysse, qui n'aient leur physionomie distincte, et qui tu soient quelqu'un. Les personnages d'Homère ne sont jamaii des abstractions comme le fidèle Achate, par exemple, ou I< fort Gyas, ou le fort Cloanthe r ce n'est pas seulement pai des épithètes qu'Homère fait connaître ses héros; il ne s( borne pas non plus à nous dire qui ils Sont et d'où ils viennent : noué les voyons agir, nous les entendons parler. Â leur nom, un souvenir neUt précis s*éveille datis notre âme. Non-seulement nous nous souvenons d*eUx, mais il nous sérail impossible de nous les représenter sous d'autres traitt
3ue ceux qu'Homèreleur a donnés. Essayez, si vous le pouvez, 'oublier Ajax, fils de Télamon, n*eu8siez-vou8 lu, AeVIiade que ce que je vais transcrire.
« Cependant Jupiter, du haut de feon trône, terse la crainte dans l'âme d'Ajax. Le guerrier s'arrête étonné, el rejette sur ses épaules son bouclier aux sept cuirs de bœuf. Saisi d'effroi, il s'éloigne, promenant ses regards sur h foule, semblable k une bête féroce, lèt retournant souvent h tête ; et ses pas lentement se succèdent. Tel un lion fauve es repoussé loin dé l'étable par des chiens et des paysans, qui veillant toute la nuit, ne lui permettent pas de se repaîtn de la graisse des bœufs : avide de chair, le lion s'élana devant lui, mais ses efforts sont vains ; de toutes parts fondent sur lui une grêle de traits lancés par des mains auda cieuses, et des torches enflammées devant lesquelles il recule malgré sa rage; et il se retire , à la pointe du jour, la tristesse dans le cœur. Tel Ajax, en ce moment, s'éloignait dei Troyens» l'âme triste, et bien malgré lui, car il craignait for pour les navires des Achéens. Ainsi, lorsqu'un âne à la mar che lente, passant près d'un champ de blé, y pénètre en dépii des jeunes garçons qui le retiêntient et des nombreux b&toui
dseni sur son dos , il tond la moisson profonde, et es garçons le rouent de coups de b&ton; mais leur i impuissante, et c'est à grand*peine qu*ils parviei^le chasser, après qu*il s*est bien gorgé de nourriture. is Troyens magnanimes et leurs alliés venus de loin ent de poursuivre le grand Ajai^, fils de Télamon, et ; de leurs javelots le milieu de son bouclier. Tantôt rappelle sa vigueur impétueuse : il se retourne, et i les phalanges des Troyens dompteurs de coursiers ; 1 reeommence à fuir. Mais il empêche tous les enneipproo)ier des vaisseaux. Il est là, dans Tespace qui les Troyens et les Acbéens, s*agitant avec fureur ; et ts volent contre lui, lancés par des xt^SLins audacieus uns s'enfoncent dans le grand bouclier ; mais beauarrêtent en chemin, avant d*effleurer sa blanche peau, eurent fichés dans la terre, impatients de se rassasier corps*. »
ue je dis d'Âjax, je pourrais le dire de bien d* autres, s titres non moins justes, mais surtout des femmes lomère a peint les gracieuses images. Hélène, par e, c'est la beauté; c'est aussi une épouse coupable, ou :*est une victime de Tamour.
i comment Homère caractérise la beauté d'Hélène : odant les anciens du peuple, Priam, et Fanthoùs, et Hès, et Lampus, et Caytius, et Icétaon, rejeton de et Ucalégon, et Ânténor, tous deux sages, étaient LU-dessus des portes Scées. Ils avaient renoncé aux ts, h cause de leur vieillesse ; mais ils étaient bons reurs, semblables à des cigales qui, posées sur un ar- .ns la forêt, font entendre une voix harmonieuse. Tels i les chefs troyens assis sur la tour. Dès qu'ils aperçulélène , qui s'avançait vers la tour > ils s'adressèrent vilement k voix basse des paroles volantes : « Il ne faut
iadef chanl XI, yen 644 cl suivanU.
It CHAPITRE IV.
« pas s'indigner que les Troyens et les Achéens k la fort lîg « armure souffrent tant de maux depuis si longtemps pou nrrî^ a une telle femme : elle ressemble étonnamment de visage « aux déesses immortelles* I » î^
La femme coupable et repentante, mais soumise par fai ^' Ibilesseau joug de Tamour, n*est pas marquée par le poète d^ traits moins profonds ni moins heureux. Priam ne ^accus^ point d*ètre la cause de la guerre : il se résigne à la volont des dieux, qui ont armé les Grecs contre Ilion ; il se montr affectueux et bon pour Hélène. Mais, si Priam lui pardonne elle-même ne se pardonnera pas; et, quand le vieillard lu , demande le nom d*un guerrier qu'il aperçoit du haut de h tour, elle répond : « Tu me remplis, cher beau-père, dt ,^^ respect et de crainte. Ah! que n'ai-je préféré une mort funeste, quand j'ai suivi ton fils en ces lieux, abandonnant ma. couche nuptiale, et mes frères, et ma fille chérie, et mes aimables compagnes d'enfance! Mais il n'en a rien été! aussi me cousumé-je dans les pleurs', s Hector est bon aussi et affectueux pour elle ; mais c'est devant lui surtout. ,' qu'elle laisse éloquemment éclater sa confusion et sa honte:,, « Mon beau-frère, s'écrie-t-elle, je suis une infâme, l'auteur de mille maux, une femme horrible. Plût aux dieux qu'en ce jour où ma mère me mit au monde, un ouragan destructeur m'eût emportée sur une montagne, ou dans les flots de la ' mer retentissante! Les flots m'y auraient engloutie, avant ^ que ces malheurs arrivassent. Mais, puisque les dieux avaient ^ résolu de telles calamités, j'aurais dû au moins être la com- ^ pagne d'un homme plus brave, et qui fût sensible à l'indignation et aux reproches répétés des autres. Ah! cet homme a une âme sans consistance, et n'aura jamais de courage : aussi jouira-t-il, je le crois, des fruits de sa faiblesse. Mais allons, entre, mon beau-frère, et assieds-toi sur ce siège; caria fatigue accable tes esprits, grâce à moi, à mon infamie, et au crime d'Alexandre. Jupiter nous a imposé à tous deux une funeste destinée, afin que la postérité même nous
4 . Iliadcy Ghanl UI, vers \ 46 et suivante. 3. Ilid.y chant m, Tere 472 et suiTanls.
tour sujet de ses chants ^ > L'énergique et iniraduiiveté de Texpression relève encore la délicatesse du Qt, la noblesse de la pensée. Un tel repentir appelle DU et roabli. Quand Vénus aura lâché sa proie, iénélas aura pardonné, le calme et la paix rentreront itte àme torturée; et Hélène redeviendra ce que nous vous dans VOdyssée^ une femme douce et modeste, e à ses devoirs, et digne, même après sa faute, d'avoii é \a tendresse de son premier époux.
^énélope, le type de Tamour fidèle et de la vertu! et naque, l'épouse non moins dévouée et plus touchante 1 et Nausicaa, l'aimable fille d'Alcinoiis ! et Calypso :é, plus femmes que déesses 1 Que de grâce ! que de ! que de charmes! Oui, Homère a dérobé à Vénus la illeuse ceinture : les ressources de l'art humain n'atdt pas à ces ravissantes créations; nulle part du moins voit resplendir plus manifeste, et plus pur de tout ;re mélange, le dieu qu'Homère portait en lui. L'inspin'est pas un vain mot, et le génie a vraiment ses illes : on le sent surtout quand on pense aux femmes kèrc.
poètes dramatiques fouillaient VIliade et YOdyssée
tous les sens; et ils ont tiré, de cette mine féconde,
Lculables trésors. Qui pourrait dire toutes les tragédies
lomère avait fourni et le sujet et les héros? La muse
ne elle-même a dû à Homère plus d'un de ses triom-
le Cyclope d'Euripide en est une preuve encore par-
et il est certain que ce n*est pas là le seul drame
]ue ou la seule bouffonnerie dont Homère ait fait les
Les aventures d'Ulysse déguisé en mendiant, et sa
coups de poing avec Irus, étaient dignes de la gravité
nules d'Aristophane. Thersite n'était pas non plus un
à dédaigner pour eux; et sa franchise insolente pou-
rsée^ chant VI, Yen 344 et suivants.
vait adresser aux spectateurs quelque&-unes de ces ▼érités qui sont le meilleur sel de la vieille eoméc étrange personnage, dont le nom désigne encore aujo rim:pudence, est nn des types les plus curieux de I Homère Ta peint de main de maître. « Le seul Thers ▼ard sans mesure, braillait encore comme un geai : un homme habile à débiter toute sorte d^injures, débl contre les rois à Fétourdie et sans vergogne, uniq soucieux de faire rire les Argiens. D'ailleurs, le p! de tous ceux qui étaient venus sous Ilion. Il étaa boiteux d*un pied; il avait les épaules voûtées et rai sur la poitrine, la tête pointue au sommet, et sur voltigeaient quelques rares cheveux K »
La muse de l'épopée antique n*est pas cette pri quelques-uns se figurent, froide, compassée, perp ment drapée dans le manteau des bienséances. Ell< nature humaine; et, comme Tœuvre de Dieu, elle re^ à tour, et sans nul effort, les plus opposés caractère jestoeuse et simple, sublime et familière, rien de ce humain ne lui est étranger ni indifférent; souvent ainsi que telle de ses héroïnes , on la voit rire et tout à la fois. Ses personnages parlent le langage qu' vent parler, franc, libre, énergique, toujours confor situation, sans fausse pudeur, sans fard et sans Patrocle brise d*un coup de pierre la tête de Cébri menait les chevaux d'Hector, et il s*écrie avec un ment, en le voyant tomber du char : • Grands die voilà un homme agile! comme il fait bien son pk Oui, s*il était quelque part sur la mer poissonneuse, rait rassasier de sa pêche de nombreux convives, en çant du navire pour chercher des huîtres, même temps d'orage ; car, voyez comme en plaine il fait b plongeon du haut d'un char ! Certes, le&Troyens, eu ne manquent pas de plongeurs * ! » Cette image coci cette bizarre ironie peignent la farouche satisfac