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iOO CHAPITRE y.
rière, chèvre au milieu, vomissant d'affreux tourbillons de ^' flamme. * ^\
Hais c'est surtout le prologue du poëme qui a été gonflé ~ outre mesure. La Théogonie , avec ses nombreuses sur- ' charges, n'a guère qu'un millier de vers, et le prologue à ' lui seul en compte cent quinze. Cette particularité est déjà '"'' en soi assez extraordinaire. L'examen du morceau conflrme ^ les soupçons qu'on ne peut s'empêcher de concevoir au pre- * mier aspect. On reconnaît bien vite que le vrai prologue de la Théogonie ne se composait originairement que des trentecinq vers où le poète raconte les danses et les chants des ^ Muses sur les sommets de l'Hélicon, et comment il a reçu -^ d'elles le don de la poésie avec le rameau de laurier, et des ' douze vers où il demande aux Muses de lui révéler ce qu'elles savent de l'histoire des dieux et de leurs généalogies. Toute la partie intermédiaire n'a aucun rapport avec la Théogonie. C'est d'abord un hymne, où les Muses sont ^ célébrées comme des poétesses, nées de Jupiter dans la Piérie, près de TOlympe; c'est ensuite une énumération des Muses, et un tableau des bienfaits dont elles comblent les hommes. On peut admettre, à la rigueur, que ces chants en l'honneur des Muses sont Touvrage d*Hésiode ; et ils sont dignes de lui. Hais Hésiode ne les avait point destinés sans doute à figurer là où on les a intercalés. Les derniers vers de la Théogonie, à partir du vers 963, sont, suivant certains critiques, une transition ajoutée après coup, à l'aide de laquelle on avait rattaché la Théogonie au poème intitulé Catalogvs des Femmes^ ou Grandes Éées, Au reste, on n'aperçoit pas, dans la Théogonie, de lacunes très^importantes. Pour avoir dans toute sa pureté l'œuvre d'Hésiode, il suffit de faire des retranchements , et de réduire le poème de cent cinquante vers plus ou moins.
Un poème si court, et qui se compose, pour la plus grande partie, d'une énumération de noms propres, ne pouvait manquer de pécher par la sécheresse. En effet, on voit qu'Hésiode ne s'est guère proposé d'autre dessein que de rédiger un catalogue, raisonné des divinités reconnues de son temps , ^t dô dce^sër, pour ainsi dire, l'arbre généalo-
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de la famille divine. Souvent les noms viennent à la tiiterun de Vautre , sans plus d'apprêt, et le poëte dispanit complètement derrière le nonnenclateur. Mais, d'ordiiiire, chaque divinité est caractérisée de quelque trait ra- ^de emprunté à sa légende, ou, tout au moins, marquée de faelque poétique épithète. Quelquefois en6n Hésiode donne ï sa ^eine un plus libre cours , et la laisse s'épancher en lécils mythologiques dignes de la véritable épopée.
le tranâcrirai le début du poème proprement dit, pour è»ner une idée du ton général de Touvrage. » Donc, avant tontes choses fut le Chaos, et ensuite la Terre au large sein, inébranlable demeure de tous les êtres, et le ténébreux Tartaredaiis les profondeurs de la terre immense, et TAmour, le plus beau des dieux immortels, TAmour qui amollit les Imes, et qui règne sur tous les dieux et sur tous les hommes, domptant dans leur poitrine leur coeur et leurs sages résolutions. Du Chaos naquirent l'Ërèbe et la noire Nuit. La Nuit enfanta TEther et le Jour, fécondée par les caresses de TËrèbe. La Terre produisit d'abord le Ciel étoile, égal en grandeur k elle-même, afin qu*il la couvrît tout entière , et qu'il f&t éternellement l'inébranlable demeure des dieux bienheureux. Puis elle produisit les hautes montagnes, gracieuses retraites des nymphes , qui habitent les monts aux gorges profondes. Elle enfanta aussi Pontus, la stérile mer aux flots bouillonants, mais sans goûter les charmes du plaisir ; pois ensuite, ayant partagé la couche du Ciel, elle enfanta rOcéan aux gouffres profonds, et Cœus, et Crius, et Hypénon et Japet, et Thia, et Rhéa, et Thémis, et Mnémosyne, et Phœbé à la couronne d'or, et l'aimable Téthys. Après tous ceux-là, elle mit au monde l'astucieux Saturne, le plus terrible de ses enfants, et qui fut l'ennemi de son vigoureux père. Elle enfanta de plus les Cyclopes, etc. '. »
Hésiode énumère les autres enfants du Ciel ou d'Uranus et de la Terre. Puis il raconte la querelle d'Uranus et de ses fils, comment Saturne mutila son père, avec la faulx qu'avait forgée la Terre elle-même , et comment du sang d'Uranus mu-*
tilé naquirent d'autres divinités , et parmi elles Aphrodite. ^^ Puis vient la longue énumération de tous les autres dieux l' dont la naissance remontait, suivant la tradition, à i'ëpoque qui avait précédé le règne de Saturne et la mutilation d*0ranus. On voit ensuite Saturne dévorant ses enfants , Rhéa ' sauvant Jupiter, et celui-ci, avec l'aide des Titans, c'est-à-dire des fils d'Uranus et de la Terre, renversant Saturne à son tour, ' et établissant son empire sur les hommes et sur les immor- ^ tels. La querelle de Jupiter et des dieux nouveaux contre les ^^ divinités titaniques occupe presque tout le reste du poème. ' C'est dans cette partie surtout qu'Hésiode, entraîné par le sujet, a donné carrière à son génie poétique, sans s'inquiéter beaucoup s'il restait dans les justes proportions d'un épisode. On dirait qu'il a voulu faire oublier quelque GigcmUhmachie d'un des aèdes qui l'avaient précédé. Je regrette que le morceau soit trop long; je voudrais le transcrire en entier : l'immensité du champ de bataille, la grandeur de la lutte, la nature des combattants, donnent à ce tableau quelque chose de sombre et d'étrange, qui ne ressemblée rien de ce que nous a transmis l'antiquité. Je cite seulement quelques traits.
« Les deux partis déployaient leur audace et la vigueur de leurs bras. Un horrible fracas retentit sur la mer sans bornes; la terre pousse un long mugissement; le vaste ciel s'agite et gémit; le grand Olympe tremble jusqu'en ses fondements, sous le choc des immortels. L'ébranlement terrible se fait sentir jusque dans le ténébreux Tartare.... Alors Jupiter ne retient plus son courroux. Son âme se remplit à l'instant de fureur; il déploie sa force tout entière. Impétueux, il s'élance des hauteurs du ciel et de l'Olympe, faisant jaillir des feux étincelants : les foudres volaient sans relâche hors de sa main puissante, au milieu du tonnerre et des éclairs, en roulant une flamme sacrée. La terre nourricière; mugissait embrasée, et les forêts immenses pétillaient enveloppées par l'incendie. La terre bouillonnait au loin, et les flots de l'Océan, et la mer stérile. Une brûlante vapeur entourait les Titans fils de la Terre; la flamme s'élevait à l'infini dans l'air divin, et les combattants, tout braves qu'ils fussent, étaient aveu-
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cfe de réblouissant éclat de la foudre et du tonnerre. Le Tiste incendie envahit le chaos même.... Cottus, et Briarëe, el Gfès insatiable de guerre , avaient excité aux premiers nngs un combat acharné. De leurs mains puissantes ils lan- Rit coup sur coup trois cents rochers , et ombragent les Titusd'une nuée de flèches. Vainqueurs de ces vaillants ennefflis, ils les précipitent sous la vaste terre, et ils les chargent rimpitoyables chaînes, dans ces abîmes aussi profondément nfoncés sous la terre que le ciel s'élève au-dessus de sa wface. Car une enclume d'airain, tombant du ciel, descendrait neuf nuits el neuf jours, et atteindrait la terre le dixième )Mir; et une enclume d'airain, tombant de la terre, descendrait neuf nuits et neuf jours, et atteindrait le dixième jour la Tartare. L'abtme est entouré d'une barrière d'airain, àstoor de l'ouverture la -nuit répand à triple repli ses om- ^; et, au-dessus, reposent les racines de la terre et de la Kr stérile. C'est Ik que les dieux Titans sont emprisonnés imles ténèbres obscures, par l'ordre de Jupiter assembleur d« nuages*. »
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il y a une telle ressemblance de caractère et de style entre il Théogonie et les Œv/ores ei Jours , qu'il n'est guère permis iie mettre en doute l'étroite *^areuté des deux poèmes. C'est le néme mode de composition, ou, si l'on veut, la même insoufiiDce de ce que nous nommons ainsi; c'est la même prédilection des thèmes favorables, aux dépens de l'harmonie de Tensemble; c'est le fnéme mouvement, la même tournure de pensée; ce sont les mêmes phrases pleines de sens, mais traînantes quelquefois et un peu obscures ; c'est la même versification naïve et le même système de prosodie ; c'est la même langue avec sa saveur béotienne et antique. Malgré la profonde différence des sujets , on retrouve plus d'une fois, dans l'un et l'autre poème , la trace des mêmes préoccupations, les mêmes sentiments, les mêmes idées. Mais nulle