‹ Histoire de la littérature greequeChapitre 44 sur 137 · I. Art jmètique, vcn 7& Cl suivanis · texte numérisé non relu

I. Art jmètique, vcn 7& Cl suivanis

POÉSIE ËLËGIAQUE. 125

dtaotent point leurs chagrins ni leurs joies : ils chantent p«ir réveiller dans le cœur des hommes l'amour de la patrie, pour leur rappeler d'impérieux devoirs, et pour sou-tenir, dans les rudes épreuves, leur courage prêt trop soumi à défaillir.

Le vers élégiaque est sorti du vers héroïque. Retranchez, hns le premier vers de Y Iliade , la deuxième syllabe du troisième pied et du sixième, et ce qui restera sera un pentimètre, un élége. Tout hexamètre se peut réduire en pentimètre, à condition que le quatrième et le cinquième pied soient des dactyles; car la quantité, dans le vers élégiaque, est strictement déterminée, excepté pour les deux premiers ]tteds : le troisième pied est toujours un spondée, le quatrième et le cinquième toujours des anapestes, ou des dactjies retournés. Mais les poêles élégiaques des premiers temps se sont rendu le joug assez léger. Ils remplissent les dnq mesures de mots longs ou courts, suivant leur caprice; ils négligent assez souvent de couper le vers k l'hémistiche, et ils ne s'inquiètent nullement de terminer la phrase ou même de suspendre le sens à la fin du pentamètre. Cependant il est vrai de dire que les distiques sont généralement isolés les uns des autres, et qu'ils forment comme autant de petites strophes distinctes. L'invention du vers élégiaque est donc un premier pas sur la route au bout de laquelle devait apparaître la poésie lyrique, avec ses formes si savantes et si variées.

Bécltatlon élégiaque*

Le mode de récitation appliqué à l'élégie ne dut point différer d'abord de la rhapsodie ordinaire. C'était un instrument à cordes qui servait à l'accompagnement. Mais la dédamation cadencée fit place peu à peu au chant proprement dit : le chanteur quitta son luth, et appela le joueur de flûte à son aide. Les élégies de l'Arcadieu Échembrotus furent chantées au son de la flûte, quand les Amphictyons, après la conquête de Crissa , célébrèrent pour la première fois les jeux Pythiques , dans les premières années du

iM CHAPITRE YII. ^

dixième siècle avant notre ère; Hieti n'empêche de croire^, toutefois que Gallinus et Tyrtée aient chanté les leurs en s'ac* ^^ compagnant de la phorminx ou de la cithare.

c:«iiiBiui. ,^

Gallinus d'Éphèse a dû fleurir dans la première moitié du septième siècle avant notre ère. « Maintenant, dit-il lui-même, s'avance sur nous Tannée des Cimmériens destructeurs. « Il nomme aussi les Trères, comme des ennemis contre les^* quels il faut combattre. Ces Trères et ces Cimmériens étaient des hordes barbares qui avaient envahi l'Asie Mineure du temps d'Ardys, et qui n'en furent définitivement chassées que par Halyatte , après avoir ravagé ^ pendant de longues années , la Lydie et les contrées voisines. Sardes fut prise deux fois durant cette interminable guerre ; Magnésie sur le Méandre fut détruite de fond en comble; les villes grecques endurèrent mille maux. Les Ioniens, amollis par une civilisation raffinée , et tout entiers adonnés aux arts de la paix, étaient bien dégénérés de la vertu guerrière de leurs ancêtres. Ils ne résistèrent pas beaucoup mieux que les Lydiens aux premiers chocs des barbares. Les vers que leur adresse Callinus sont un motiument qui dépose de leur faiblesse et de leur indécision en face du péril. Cette élégie si vive et si passionnée est avant toute chose une protestation du poète contre Tinaction de ses concitoyens, et un appel énergique au sentiment du devoir, endormi dans leur âme. Elle date, selon toute apparence , des premiers temps de la guerre. La nécessité et le désespoir ranimèrent à la fin le courage des Lydiens eux-mêmes. Ce n'est pas quand \et barbares fuyaient devant les armes d'Halyatte que Callinus aurait gourmande si durement les Ëphésiens. « Jusques à quand cette indolence, ô jeunes gens? quand aurez-vous un cœvr vaillant? Ne rougissez-vous pas devant vos voisins, de vous abandonner ainsi lâchement vous-mêmes ? Vous crovez vivre dans la paix ; mais la guerre embrasse la contrée tout entière.... Et qu'en mourant on lance un dernier trait. Car il est honorable, pour un brave, de combattre contre les enne^

POÉSIE ÊIËGIAQVE. Hl

■B, poar son pays, pour ses enfants^ et pour sa légitime ^se. La mort viendra à Tinslant que manquera le fil des Plaques. Hé bien! marchez devant vous, la lanee haute; fie Totre cœur, sous le bouclier, se ramasse en sa vaillance, Il moment où commencera la mêlée. Car il n*estpas poj^sible îaD homme d^éviter la mort décidée par le destin; non, eÉi-il les immortels mêmes pour ancêtres de sa race. Soulat celui qui s'en va, pour éviter le combat et le retentisse- Mt des traits, la mort le frappe dans sa maison ; mais il ija dans le peuple nulle affection pour lui : il n*y taisse ub regrets. L'autre, au contraire, petits et grands le pieurmt, s*il lui arrive mal. Oui, la mort d'un guerrier à l'âme ri^areuse excite les regrets delà nation tout entière. Vivant, OD Testime à l'égal des demi-dieux. Aux yeux de ses concitoyens, il est comme un rempart; car il suffît seul k l'œuvre d« vingt autres. » Je dois dire que, suivant quelques-uns, il première partie seule de ce morceau serait de CallinuÀ. Bs attribuent tout le reste , depuis et qu'en mourant, k Tyr- (ée. Mais la ressemblance des pensées et des sentiments l'explique assez par celle des situations où se trouvaient les deux poètes, sans qu'il soit besoin de supposer ou que Stobée, qui a conservé ces vers, ait oublié de rapporter le dernier passage à son auteur, oii que quelque copiste ait négligé de transcrire à cet endroit le nom de Tyrtée. Quoi qu'il en 8wt, j*aime à croire que les Èphésiens n'attendirent pas jus-^ qu'au dernier moment pour sortir de leur léthargie, et que ceà patriotiques accents furent pour quelque Chose datis leur Téfeil. La muse de Gallinus était digne dé sauver Ëphèse et Honie.

Tyrtée était un contemporain de Gallinus. La deuxième fnierre de Hessénie , à laquello il prit une part si glorieuse, commença en l'an 685 et finit en l'an 668. En 685, Tyrtée devait ôtre un homme dans ta force de l'âi^e. Il vivait alors à Athènes, soit qu'il y fût né, selon l'opinion la plus probable, soit, comme le veulent quelques-uns, qu'il y fût

iî8 CHAPITRE VU.

venu de la ville ionienne de Milet. On dit qu'il était boiteux, et qu'il exerçait à Athènes la profession de maître d'école. La même légende porte que les Spartiates , sur Tordre de l'oracle, avaient demandé aux Athéniens un chef capable de prendre en main la conduite de la guerre, et que les Athéniens, par dérision, leur envoyèrent Tyrlée. Mais il se trouva que cet humble personnage fut un poète de génie et un héros.

Je n'affirme pas que cette tradition ne soit point conforme à la réalité. Mais elle sent son merveilleux; et il n'est pas étonnant qu'on y ait vu une sorte de mythe, plutôt qu'une véritable histoire. Ainsi, suivant certains critiques, l'expression que nous traduisons par maître d'école signifie non pas que Tyrtée enseignait à Ure et à écrire aux petits enfants, mais qu'il était un maître en ce qui s'écrit, un maître de style, un écrivain, un poète ayant ses disciples, comme Homère, comme Hésiode avaient eu les leurs. Quant à Tépithète de boiteux , c'est par corruption , aussi , à les en croire, qu'on l'avait entendue de la personne même du poète. Elle ne marquait, dans l'origine, que le caractère particulier de la versification de Tyrlée. Tyrtée le boiteux, c'est Tyrtée le poète élégiaque, celui dont la poésie marche en distiques, portée sur deux vers de mesure inégale.

Ce qui est certain , c'est que Tyrtée était venu d'Athènes à Lacédémone, et qu'il rendit aux Spartiates, durant la lutte, de signalés services. Il apaisa par ses conseils les discordes qui troublaient la cité. Les Spartiates, dont l'ennemi avait envahi les domaines, demandaient à grands cris un nouveau partage des terres, c'est-à-dire un bouleversement social : Tyrtée les amena à renoncer à des prétentions insensées ; et l'intérêt suprême, la défense de l'indépendance nationale, fit taire, à sa voix, tous les intérêts privés , toutes les jalousies, toutes les passions mauvaises. Il ne reste malheureusement rien, peu s'en faut, de la fameuse élégie qui avait opéié ces merveilles, ou qui avait du moins contribué aies opérer. Les anciens la citent sous les titres d*Eunomieei dePolitiCy mots qui signifient, l'un, bonnes institutions, et l'autre, gouvernement de l'Ëtat.

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Les Doriens du Péloponnèse n'étaient point des barbares. La culture de Tesprit tenait aussi une place dans leur édueaijon. Malgré la rudesse de leurs mœurs, ils aimaient la masiqae, et la poésie n'était jamais absente de leurs fêtes. • Dans les fêtes publiques, dit Plutarque', il y avait trois chœurs , suivant les trois différents âges. Le chœur des vieillards entonnait le chant : Nous avons été jadis jeunes et braves. Le chœur des jeunes gens répondait : Nous le sommes mainknant. Approche^ tu verras bien ! Le troisième chœur, celui éës enfants , disait à son tour : Et nous un jour le serons, et ^ plus vaillants encore. En général, si l'on considère les poésies des Lacédémoniens, dont quelques-unes se sont conservées jusqu'à nous, et les airs militaires qu'ils chantaient sur la flûte quand ils marchaient à l'ennemi , on re- (AQDaltra que Terpandre etPindare n'ont pas eu tort de faire da courage le compagnon de la musique. Le premier dit, en parlant de Lacédémone : Là fleurissent le courage de^ guer^ fiers, et la muse harmonieuse, et la justice protectrice des cités. Et Pindare : Ce^t là quon voit des conseils de vieillards , et de raillants guei^riers la pique à la main , et des chœurs, et des chants j et des fêtes. Tous deux ils nous représentent les Spartiates aussi passionnés pour la musique que pour la guerre. C'est qu'en effet , il y a deux choses qui se valent : tenir le fer, it bien manier la lyre , comme dit le poète lacédémonicn. »

Il n'est donc pas surprenant que Tyrtée ait trouvé à Sparte OD auditoire profondément sympathique, et que ses chants T aient fait sur les âmes une vive et durable impression. Le poète ionien ou attique (en ce temps-là c'était tout un) ne laissa pas de parler sa langue accoutumée, quoiqu'il s'adressât à des Doriens. Le dialecte ionien était encore la langue commune de la poésie ; et les Doriens, familiarisés dès l'enfance avec les accents de la Muse, n'avaient pas besoin que Tyrtée désapprît, pour se mettre à leur portée, l'idiome d'Hésiode et d'Homère. Mais ce qui respire dans les vers ioniens de Tyrtée, c'est un esprit tout dorien et Spartiate, c'est-à-dire la raison austère, Tamour de la gloire, la

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crainte de la honte, le mépris de la mort, et, ce qui comprend tout le reste, le dévouement à la patrie. Les exhortations guerrières du poète ne nous sont pas connues seulement par de vagues indications, ou par des lambeaux plus ou moins précieux ; nous possédons trois de ses élégies. Je voudrais les pouvoir transcrire tout entières, aiiu de faire comprendre comment Tyrtée s*est placé, dans Testime des Grecs, au premier rang des poètes, et comment il a mérité qu*Horace citât son nom k côté de celui d'Homère. Voici du moins le premier de ces trois morceaux , sauf quelques vers d'une couleur un peu antique, et que je n'ai pas osé tra^ duire.

c II est beau , pour un homme brave , de tomber aux premiers rangs de bataille , et de mourir en défendant sa patrie. Mais il n'est pas de plus lamentable destin que d'abandonner sa ville , ses fertiles domaines , et d'aller mendier par le monde, en traînant après soi une mère chérie, et un vieux père, et de petits enfants, et une légitime épouse. Le fugitif sera un objet de haine parmi ceux à qui il viendra demander asile , poussé par le besoin et par l'affreuse pauvreté* Il déshonore sa race , il dégrade ça beauté ; à sa suite marchent tous les opprobres et tous les vices. Non , cet homme ^insi errant, nul éclat ne luit sur sa personne, nul respect ne fleurit désormais sur son nom. Combattons donc avec courage pour cette terre, et mourons pour nos enfants. N'épargnez plus votre vie , ô jeunes gens ! mais combattez de pied ferme , serrés les uqs contre les autres. Ne vous laissez aller ni à la fuite honteuse , ni k la crainte ; excitez dans votre âme un grand et vailUnl courage, et ne songez pas à vous-mêmes dans la lutte contre les guerriers. Quant aux vieillards, dont les genoux ne sont plus agiles , ne fuyez pas en les abandonnant; car c'est chose honteuse, que, tombé aux premiers rangs de bataille, gise, en avant des jeunes gens , un vieillard à la tête déjà chenue, au menton grisonnant, exhalant dans la poussière son âme valeureuse.... Mais tout sied à la jeunesse. Tant qu'il a la noble fleur de la jeunesse, le guerrier est pour les hommes un objet d'admiration , un objet d'amour pour les femmes, durant sa vie;

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fi il est beau encore quand il tombe aux premiers rangs de bataille. »

La deuxième élégie ne le cède point à la première. G*est la ■éme vivacité de sentiment, le même éclat d'images, la même énergie d'expression. Le poète rappelle aux Spartiates qu'ils sont de la race d'Hercule, et que Jupiter n'a point ensdre décerné d'eux ses regards. Il insiste longuement sur les avantips de la bravoure, et il peint de couleurs saisissantes rignominie de la lâcheté. Le brave ne périt pas toujours ; le Uche ne sauve pas toujours sa vie : « Mais c'est laide chose, dit Tyrtée, qu'un cadavre étendu dans la poussière, le dos pereé par la pointe de la lance. » Viennent ensuite les conseils du aoldat sur l'ordre de bataille, et sur la façon dont il iaat porter les coups. Cette portion de l'élégie est un peu technique, et perdrait presque tout mérite dans la traducbon. le ne puis cependant m'empécher d'en citer quelques mots, qui forment un tableau achevé : n Tenons-nous ferme, les jaoôbes écartées, les deux pieds bien posés sur la terre ; que les dents mordent la lèvre; que le ventre du large boudier protège en bas les cuisses et les jambes, et en haut la poitrine et les épaules. Brandissons dans la main droite la laoce terrible ; jetons l'épouvante en agitant l'aigrette qui iormonte notre tête. »

La troisième élégie commence par un nouveau f^aaégyrique de la vertu guerrière. Le poète place la bravoure au premier raiig des biens de ce monde. A mourir comme à îirre, le brave recueille un fruit inestimable de son dévoue* ment. Dans le premier cas, c tous, dit Tyrtée, jeunes g^s et vieillards, le pleurent à Tenvi, et la ville entière est affligée d'un cuisant regret. Et son tombeau et ses enfants sont renommés parmi les hommes, et les enfants de ses enfants, et sa race dans la postérité. Sa noble gloire ne périt jamais, ni son nom ; mais, quoiqu'étant sous la terre, il demeure immortel... Si, au contraire, il échappe à la mort qui étend les corps sur la terre; si, vainqueur, il emporte une noble réputation de vaillance, tous l'honorent, jeunes et vieux; et c'est après avoir été comblé d'honneurs qu'il descend aux enfers. Vieillissant, il brille d'un lustre éclatant parmi ses

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concitoyens : par respect et par justice, nul ne songe k lui ' nuire. Tous, pour lui faire place, se lèvent de leur siège, tous indistinctement, les jeunes gens et ceux de son âge, et : ceux qui sont nés avant lui. » La conclusion de Tyrtée, c'est qu*il faut lâcher de s'élever à cette vertu suprême, et lutter ? intrépidement contre l'ennemi.

On sait comment finit la deuxième guerre de Messénie. - Aristomène, le héros des Messéniens, ne put que retarder, par son courage et par son indomptable opiniâtreté. Tasser- t vissement de son pays. Les chants de Tyrtée, et aussi les ^ exemples dont il appuyait personnellement ses exhortations, , contribuèrent, pour une large part, au triomphe définitif des Lacédémoniens. Sparle honora Tyrtée vivant de ces .: distinctions que le poète offrait comme un appât à la bravoure. Après sa mort, elle ne l'oublia pas davantage. Il n'était pas un Spartiate qui ne sût par cœur les poésies de Tyrtée. Quand on était *en campagne, c'était la coutume, :i après le repas du soir, après le péan en l'honneur des dieux, r de réciter solennellement les élégies composées jadis pour la ii lutte contre les Messéniens. Chacun récitait à son tour, et rivalisait de zèle à bien dire; et celui qui avait le mieux i chanté recevait du chef une récompense : sa portion de , nourriture était plus considérable que celle des autres. Plu- v sieurs siècles après les guerres de Messénie, les vers de Tyr- : tée aidaient encore k gagner des batailles. r

Tyrtée n'avait pas composé feulement des élégies. Il reste de lui quelques vers anapestiques. Ce sont les débris, selon toute apparence, des chants qui servaient k régler la marche ; des soldats, ou qui retentissaient dans la bataille même. Les vers anapestiques n'admettent, pour remplacer l'ana- % peste (^*'-), que des équivalents complets, comme le dac^ tyle (-^^) ou le spondée (- -) ; ils n'ont pas un nombre de pieds déterminé, et ils n'ont d'autre règle que la succession indéfinie des anapestes ou de leurs équivalents : on pourrait même dire qu'il n'y a pas de vers anapestiques k proprement parler, mais un rhythme anapestique, qui commence avec le premier anapeste et finit avec le dernier. Cette continuité rhythmique n'existe pas dans l'élégie : la dernière syllabe

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de rbexamètre et du pentamètre est h volonté; le vers épique peut finir par un trochée (~^} et le vers élégiaque par un tribraque (^^*^), deux pieds qui rompent la mesure, car ils sont d'un quart plus courts que Tanapeste, le dactyle (m le spondée. Un rhythme parfaitement égal et uniforme ooovient mieux à Tuniformité des pas dans la marche. Le mètre anapestique remplissait donc admirablement cette condition. Il avait, sur le spondée, l'avantage de la légèreté; â le dactyle, qui commence par une longue, lui était inférieur par là même, dès qu*il s'agissait de solliciter le pied à se lever de terre. Aussi ne souffrait-il qu'à grand'peine la [résence çà et là de quelque dactyle et de quelque spondée, dans ce qui était si proprement son domaine.

Arekll«^ne.

Arcbiloque était contemporain de Callinus et de Tyrtée. Il était fils de Télésiclès, qui conduisit une colonie de l'île de Paros dans celle de Thasos vers les dernières années du huitième siècle avant notre ère. Archiloque était né à Paros même, et florissait vers l'an 680, un peu plus tôt, un peu plus tard. A la fin de sa vie, il habitait, selon toute probabilité, son île natale, car il fut tué dans une guerre entre les Pariens et leurs voisins de Naxos. Les combats inspirèrent sa muse, et il se vante lui-même d'être un serviteur du dieu Mars. Ou ne saurait douter qu'il fût brave, et les fragments de ses élégies rappellent quelquefois les fiers accents de Tjrtée et de Callinus. Il avoue néanmoins qu'un jour il a jeté son bouclier pour sauver sa vie ; et il se borne à dire qu'il se procurera un autre bouclier, afin de remplacer celui dont Tennemi peut faire trophée. Au reste, ce n'est ni le poète élégiaque ni le soldat que la Grèce admirait dans Archiloque, mais l'inventeur de mètres nouveaux et d'un nouveau genre de poésie. Archiloque est le père de la satire ; et c'est lui qui aie premier fait usage de l'ïambe : il se l'est du moins approprié, comme dit Horace, et il s'en est fait une arme terrible pour assouvir sa rage. Voici à quelle occasion il quitta les sentiers battus, pour se jeter dans les routes où il devait

trouver sod vrai génie. Il aimait^une jeune fille de Par^^u nommée Néobulé. 8a passion était fort vive, et la trace s*ei^^ retrouve encore dans le peu qui nous reste de m% vers % « Infortuné, abattu par le désir, je n*ai plus un souffle dij " vie; les dieux l'ont voulu, et la dDuleur cruelle transperce ^^ mes os... Telle est la vidence de cet amour qui s'est glissi^^ ~ dans mon cœur, répandant sur mas yeux un épais nuage, ^ et ravissant hdrp de mon sein ma raison énervée. v^Ces ^ deux fragments n'appartiennent déjà plus, parle mètre, à la poésie que nous connaissons. A e6té du dactyle et du spon*.^ dée on y voit paraître l'ïambe; et le trochée n'y joue plus "^ ce simple rôle de remplaçant qu'il avait k la fin de l'hexa^ '^ mètre : il est employé, comme l'ïambe, concurremment avec les pieds anciennement connus. "^

Il paraît que Lycambès, pore de Néobulé, avait promis ^ d'abord sa fille au poète, et qu'il manqua plus tard à sa pa- ^' rôle. Le ressentiment d'Archiloque ne connut pas de bornes. ''~ Lycambès fut diffamé dans toute la Grèce comme un homme ' " sans probité et sans foi , Néobulé et ses sœurs comme des ^ femmes dépravées et qui avaient bu toute honte. On dit que '^ le père et les filles se pendirent de désespoir. Deux des vers ^ d'Ârchiloque donnent àcroireque l'amant courroucé ne s'était ** pas borné aux invectives violentes et aux injures. Il mettait, "' pour ainsi dire, en scène ses ennemis ; il les faisait parler ^J eux-mêmes, pour les rendre plus noirs encore, ou pour les ^1 accabler les uns par les autres. Cest Néobulé ou une de ses ^ sœurs qui disait r « Lycambès, mon père, quelle parole ^ viens-tu de prononcer? qui a égaré ton esprit? »

Cet homme qui faisait de la poésie un si funeste usage ^ fut admiré pourtant de ses contemporains mêmes. La pos- ^ térité l'admira davantage encore. On ne faisait pas de diffi- \ culte de dire Homère et Archiloque, comme on disait Homère et Tyrtée. Il reste même un admirable buste géminé, \ qui présente d'un côté la tête d'Archiloque et de l'autre celle d'Homère. La nouveauté des formes métriques, la verve inépuisable, l'énergie des peintures, l'habileté avec laquelle Archiloque intéressait h sa cause les mauvaises passions du cœur humain, un style simple, populaire, et qui était une

POÉSIE lAMBIQUE.

MffiQlé aussi, après les solennités de Fépopée et de Télépt; il n*en fallait pas tant pour séduire les Grecs enthouitistes, et pour faire élever aux nues le poète de Paros, fiipitoyable persécuteur de Lyeambès et de ses filles. Mais k\ôu\e cette poésie, de cet art consommé, de cette inspiraim à me, de cette Téhémence et de cette fougue, il ne reste aère qu'un souvenir. Les fragments des ïambes d'Archii^w que î*ai transerits sont bien peu de chose, et ce sont les ^importants qu'on ait recueillis. Il y en a deux autres BJmmoins qui méritent une mention particulière. Ce sont ks débuts de deux apologues, dont on ne peut que deviner lessojets : on voit seulement que les personnages de l'un sont le renard et Taigle, et deux de l'autre le singe et encore le raard.

Je n'ai rien à dire de la langue d'Archiloque, sinon que c'est toujours le dialecte ionien, mais rapproché, autant fie possible, de l'usage commun, et assez analogue à ce foe fut depuis la diction des poètes comiques d'Athènes. Quant aux inventions métriques, qui comptaient pour une si grande part dans la gloire littéraire d'Archiloque, je n'ai fia la témérité de vouloir établir avec précision en quoi elleil ecs^istatent. Je remarque seulement qu'il y a, dans ses fragaients , des vers de diverses mesures. Il y a le vers ïambi- ^ie de six pieds , qui devait faire , dans la tragédie et la eoBtédie , une si brillante fortune. Archiloque semble même troir composé dans ce rhythme d^ pièces entières. Mais ce <|ui est le plus commun , cbes lui , ce ne sont pas les vers purement lambiques ; ce sont des vers où se combinent , en proportions variables, l'ïambe et le trochée avec les mètres anciens. Archiloque a employé aussi le vers hexamètre, mais suivi d'un des vers de son invention. Il a transporté à la poésie lambrque le principe, déjà appliqué dans l'élégie, de faire alterner deux vers de longueur inégale , en plaçant toujours le plus long vers avant le plûS court. Cette sorte de distiques est ce qu'on a nommé des épodes. Les épodes d'Horace sont des imitations de ceux d'Archiloque. C'est ce qu'Horace dit lui-même : « J'ai montré le premier au Latium les ïambes de Paros; j'ai emprunté le rhythme d'Ar-

chiloque et son inspiration , mais non pas sa colère , ni ces invectives dont il poursuivait Lycambès ^ »

•ImoBldo d^AmorsiM.

Archiloque trouva , parmi ses contemporains mêmes , un émule de sa malice, et qui mania Tiambe avec une remarquable dextérité. Ce poêle, assez peu connusse nommait Simonide, et vivait dans Tile d*Aniorgos. Il florissait vers Tan 660 avant notre ère. Quelques-uns font de lui un fondateur de villes , qui était venu à Âmorgos avec une colonie samienne. Il avait eu des démêlés avec un certain Orodoecidès , et Tavait flagellé dans des ïambes à la façon de ceux d*Ârchiloque. Mais son titre à la renommée, c*est d*avoir appliqué Tiambe à la satire morale. Il ne reste rien de ses attaques contre Orodœcidès ; mais nous possédons de lui un poëme sur les femmes , en cent dix-neuf vers îambiques sénaires, ou trimètres. Ce poëme, rangé à tort parmi les débris des ouvrages de Simonide de Céos, est une sorte d'amplification du passage d*Hésiode que j*ai cité ailleurs. Le poète énumère successivement les différents caractères de femmes, et il assigne à chacun d'eux son origine. Toute femme provient, selon lui , de quelque élément ou de quelque animal; et c'est de cette source que dérivent les traits qui distinguent une femme d'une autre. Ainsi , la femme malpropre descend de la truie ; la rusée, du renard ; la piailleuse, de la chienne; la fainéante, de la terre; c'est la mer qui a produit la femme inégale et changeante ; la femme gourmande et sensuelle provient de l'âne; la femme perverse , de la belette ; la femme qui aime la parure , du cheval ; la femme laide et malicieuse,, du singe. Tous ces portraits, Simonide les a esquissés avec une naïveté un peu rustique et même un peu grossière, en homme qui n'hésite jamais k se servir du mot propre, et qui se met en médiocre souci de charmer le lecteur par de gracieuses images. Il ne se déride qu'à la fin de l'énumération, quand il s'agit de cette bonne

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