‹ Histoire de la littérature greequeChapitre 47 sur 137 · SUITE DE LA POÉSIE ÉLÊGIAQUE · texte numérisé non relu

SUITE DE LA POÉSIE ÉLÊGIAQUE

pitee. Aussi bien, il vivait dans un pays où un homme de génie n*était pas condamné à prêcher l'indolence. Soton aimiit à se récréer ; mais c'était dans ses instants de loisir. Il it quelquefois des vers par passe-temps; mais presque toujours Futile y était mêlé à l* agréable. £n général, la poésie ht, entre ses mains , un instrument au service des plus BûUes pensées. Elle était pour lui , si je puis dire, le cotnplément de l'éloquence politique. Il alla même une fois jnqu'k déclamer sur la place publique une de ses élégies, en guise de discours. Il est vrai qu*il n'eût pas osé ni même pu, œ joar-là , haranguer en prose sur le sujet dont il voulait mtretenir les Athéniens.

Cétait en Tan 604 avant notre ère. « Les Athéniens, dit Plotarque dans la Vie de Sol&n, fatigués de la longue guerre qu'ils avaient faite sans succès contre les Mégariens, pour leor reprendre l'île de Salamine , avaient défendu par un décret, sous peine de mort, de jamais rien proposer, ni par écrit, ni de vive voix, pour en revendiquer la possession. Soloo s'indigna d'une telle honte. Il voyait d'ailleurs que les jeunes gens, pour la plupart, ne demandaient qu'un prétexte de recommencer la guerre , mais qu'ils n'osaient s'avancer, retenus par la crainte de la loi. Il imagina donc de contrefaire le fou, et fit répandre dans la ville, par les gens mêmes de sa maison, qu'il avait perdu Tesprit. Cependant, il avait composé en secret une élégie, et l'avait apprise par cœur; un jour il sortit brusquement de chez lui , et courut à la place publique. Le peuple l'y suivit en foule; et là , Solon, monté sur la pierre des proclamations, chanta son élégie, qui commence ainsi : Je viens^ en héraut^ de la belle Salamine, Au lieu d^un discours 9 j'ai composé pour vous des vers. Ce poème est appelé SalaminCy et contient cent vers, qui sont d'une grande beauté.»

Il reste malheureusement fort peu de chose de ce chefd'oeuvre, assez toutefois pour en faire plus vivement déplorer la perte. On voudrait savoir comment Solon peignait

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k ses ooDMtoyens le dommage qu'ils se faisaient à eiix*:er mêmes par leur inaction i dommage à leur puissance polK» /:^ tl^ue comme à leur renom milîlaire. On Fentend du moinsi^ prolester contre tant de honte : « Que ne puissé-je être alors ^ — un Pholégandrien ou un Sicinite ^ et non plus un Athénien ; w que ne puissé-je avoir changé dé patrie ! Car à Tinstant cette* v parole retentira parmi les hommes : Celui que vous voyez , o*est un homme de l'Attique » un de ceux qui ont lâchement abandonné Salamine ! » Nous avons aussi les defix derniers vers de Télégie. Au moment où Selon s'écria : c Allons \ Salamine, allons combattre pour celte île aimable^ et re- :i poussons loin de nous un funeste déshonneur, » la jeunesse ^î^ athénienne, saisie d'un transport d'enthousiasme, répéta tout \\ d'une voix : « Allons à Salamine ! »• L'ancien décret fut rap- <\ , porté ; une nouvelle expédition fut sur-le-champ résolue , et ^^ bientôt les Mégariens étaient chassés de l'Ile aimaUe. \m

On sait dans quel état de trouble et d'anarchie était toBF .^ bée la ville d'Athènes, quand Selon entreprit de réformer X la: constitution et les lois. Avant de rien proposer au peuple^ ^ il fallait lui faire sentir l'urgente nécessité de la réforme, et :^ ramener les esprits aux saines pensées d'ordre et de soumis ^sioti. Ce fut le triomphe de la Muse, non moins que du géi^ie <^ politique. Démosthène nous a conservé presque entière une ,, ^gie qui appartient à cette mémorable période de la vie ^ de Solon , ei qui débute ainsi : « Non , notre ville ne pé^ ^ rira jamais par un dé6ret de Jupiter, ni par la volonté des ^ dieun immortels. Car une magnanime protectrice^ la fille «, d'un père puissant, Pallas Athéné étend sur elle ses mains. « ^ Le poète déplore amèrement les maux qui affligent la cité ; , il stigmatise énergiquement l'insolence et la rapacité des démagogues, et il peint de tristes couleurs la misère des pauvres,, de ces débiteurs que les riches vendaient comme esclaves, et qu'on emmenait, chargés de chaînes, loin de la terre natale et du foyer de leujrs pères. Au tableau navrant des maut enfantés par l'anarchie , il oppose celui des biens

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I fti sont les fruits de sages institutions. Cette élégie est vmt I lit», nne remontrance. Selon le dit lui-même ; il dit aussi I ^*ai signalant les maux et le remède f il ne fait qu'obéir I ai impérieuses suggestions de sa conscience. Une telle I pKsie, si profondément sensée, et tout étincelante de verve I ftde passion , ne pouvait manquer d'avoir sur les âmes un I aqûre irrésistible.

I Al^s*«> '« MoloB en rhOHiirar de wmm iol«.

I Soton eut un instant, diit-on, la pensée de rédiger ses iois

I m vers épiques. Plutarque cite même les deux preoaÂers

I heumètres du préambule : « Je prie d'abord le roi Jupiter,

I ils de Saturne, d'accorder à ces lois bonne chance et gloire. 9

I Ja n'afErmerais pas ia parfaite aatfaenMcité de ces vers, ai

I h réalité du dessein qu'on prête à Selon. Ce n'est pas que

I je le trouve trop invraisemblable. Il y avait, dans ses )ois,

rae partie morale qui eât été une noble matière à des

' poèmes d'une facture sévère, comme il les savait composer.

Si le préambule des lois de Zaleueus était écrit en vers,

dans le style de ceux de Selon, ce serait un poëme didactique

admirable.

Quand Selon eut mené k bout le grand œuvre de la réforme , il n'hésita pas k s'applaudir lui-même : il écrivit de DOttvelles élégies , pour faire comprendre aux citoyens toute rétendue des bienfaits dont il les avait dotés. « J'ai donné aa peuple , dit-il , le pouvoir qui suffisait , stans rien retraneher à ses honneurs , sans y rien mettre de trop. Quant aux paissants, aux hommes fiers de leur opulence , je ne leur ai point permis l'injustice. J'ai armé chaque parti d'un invincible bouclier : ni l'un ni l'autre ne peuvent plus s'opprimer ^ jamais. »

ffioTTCs de la Tlellle«»e de Solon.

On sait comment Selon quitta Athènes pour quelque temps, afin que ses concitoyens s'accoutumassent à appliquer eux-mêmes tes institutions nouvelles, et eoraraent, dnrant ses voyages, il contribua à le fondation d'une ville

ikk CHAPITRE VIII.

dans File de Cypre. Le roi de qui cette ville dépendait lui avail donné le nom de Soles, en Thonneur de Tillustre Athénien. Selon, en quittant son hôte, lui fit ses adieux dans une élégie dont Plutarque cite ce passage : s Puisses-tu régner ici, à Soles, de longues années, paisible dans ta ville, toi et tes descendants 1 Pour moi, que mon rapide vaisseau m'emporte sain et sauf loin de celte île célèbre , protégé par Cypris à la couronne de violettes. Puisse cette fondation me valoir, par la déesse , reconnaissance , noble gloire , et un heureux retour dans ma patrie I »

Selon, k son retour, trouva sa patrie divisée entre les factions de Mégaclès et de Pisistrate. Bientôt Pisistrate, soutenu par la populace , maître de la citadelle et défendu par une garde d*hummes armés, fut dans Athènes un véritable roi , ou , comme s'exprimaient les Grecs, un tyran. Solon s'opposa avec une extrême énergie à l'adoption des décrets proposés par Âriston en faveur de Pisistrate. Même après rétablissement de la tyrannie, il ne se tut pas. Il gourmanda vivement les Athéniens dans de nouvelles élégies, et il n'hésita point à répéter tout ce qu'il pensait du personnage toutpuissant. Solon était vieux alors. Comme on ne cessait de l'avertir que le tyran pourrait bien lui faire un mauvais parti, il répondait que sa vieillesse ne lui permettait pas de craindre la mort. Il n'y a rien dont on doive plus regretter la perte que des poèmes où se rencontraient ces éloquentes invectives : « Si vous endurez ces maux par votre lâcheté, n'accusez pas les dieux de votre malheur. Ces hommes , c'est vous qui les avez faits si grands, en leur donnant ces appuis ;

et voilà pourquoi vous êtes dans ce honteux esclavage

Vous ne regardez qu'à la langue, qu'aux paroles d'un homme artificieux; mais vous ne voyez nullement la façon dont il se gère.... Chacun de vous en particulier marche sur les traces du renard ; mais , réunis , vous n'êtes qu'une troupe imbécile. »

Pisistrate, homme d'esprit avant tout, ne s'offensa pas de la franchise du vieillard; il finit même par le désarmer à force de déférence et de respects. Il n'innova rien dans les institutions, content de posséder la réalité du pouvoir, et

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de diriger à sod gré la marche des affaires. Cette soumission mx lois établies fut sans doute la flatterie la plus sensible 10 législateur. Solon passa ses dernières années dans un T^ profond , tout entier aux études libérales , à la poésie, et aux plaisirs que lui permettait son grand âge. C'est de tttte époque probablement que datent ces vers où il avait coDsigné , k Tusage de ses contemporains , les notions SQ€Dtifiques qu*il avait puisées dans le commerce des sages, hùs les livres , ou dans la contemplation de la nature, et dont Plutarque et d'autres citent des échantillons. Le vers fameux : « Je vieillis en apprenant toujours davantage , » tteoigne de l'ardeur qui l'animait dans ses recherches salantes.

lilésie BMralef p«é«le« dUeme* de Solon.

On ne peut pas rattacher k une circonstance particulière de sa vie la magnifique élégie qui commence par une invocation aux Muses, la seule que nous possédions dans un état parfait d'intégrité. Cette élégie est toute morale. Après avoir exprimé les souhaits qu'il forme pour lui-même, le poète montre la justice divine frappant le crime de coups inévitables ; il dit comment les hommes, malgré le cri de leur conscience, ne laissaient pas de s'abandonner aux folles passions ; il peint leur ambition , leurs espérances toujours trompées, et, au bout de toutes choses, la souffrance et la mort. Sa conclusion, c'est que la sagesse est le premier de tous les biens, le bien unique et suprême. Solon s'est mis tout entier dans cette élégie, surtout dans les vers qui suivent l'invocation. B souhaite fortune et renommée ; il demande d'être doux à ses amis, amer à ses ennemis , d'être à ceux-là un d>jet de respect, un objet de crainte aux autres. Il ajoute ensuite : < Oui, je désire avoir des richesses, mais je ne veux pas en jouir injustement. L'opulence que donnent les dieux, c'est pour l'homme qui h possède un édifice solide du fondement au faîte. Mais celle que recherchent les hommes n'est qu'un fruit de la violence et du crime. Forcée par des actes iniques, elle vient, mais malgré elle : bien vite elle est mêlée d'infortune. >

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Solon n'était pas seulement un poète élégiaque. le ne saurais dire s*il s'était essayé dans le genre épique, car il n'est *^ pas prouvé qu'il ait rien écrit en vers hexamètres, sauf peut- ^i être la courte invocation que j'ai citée, qui devait servir de ^i> début au préambule de ses lois. Mais il avait manié supé- ^i: rieuremen t l'ïambe et le trochée . Solon n'est point un sati rique ^ ? oulrageux et violent comme Archiloque, ni un observateur -^ morose comme Simonide d'Amorgos. Il se sert d'un rhythme ^ vif et passionné, non point pour attaquer, mais pour se dé- ^ fendre. C'est en vers trochaïques qu'il fit son apologie contre <^ ceux qui lui reprochaient de n'avoir pas su constituer un ^ pouvoir plus énergique et moins contesté , et d'avoir refusé ^ ^ la tyrannie quand on la lui offrait. Plutarque a transcrit le ':^ passage où Solon rapporte les piquantes railleries que fai- ;^ saient de sa conduite certains habiles de ce temps-là. « So- ^ i Ion n'a été ni un vrai sage, ni un homme de sens : les biens ^ que lui donnait la divinité, lui-même n'a pas voulu les re- te^ cevoir. Le poisson pris, il a regardé tout ébahi, et n'a point — retiré le grand filet. Il a perdu la raison ; il ne se connut ^i: plus. Autrement, pour posséder en maître tant de trésors, '*:i^ pour régner sur Athènes un seul jour, il eût consenti k être ^r^ ensuite écorché vif, et à voir sa race périr tout entière. » ^tç-^ Plutarque cite encore la ferme et noble réponse du grand C|

citoyen à toutes les imputations de faiblesse ou d'incapacité, :,

et le noble témoignage qu'il se rend à lui-même. « Si ^ç j'ai épargné ma patrie, car la violence impitoyable de la ^ ^ tyrannie n'a pas souillé mes mains ; si je n'ai point terni . ni déshonoré ma gloire , je ne m'en repens point. C'est «:=^ par là surtout que j'ai vaincu, ce me semble, tous lest hommes. » Il est probable que les deux passages sont tirés ^^^ du même morceau. Cette apologie était rédigée en forme jt^ d'épUre, et Solon l'avait adressée à un de ses amis , nommé ^*= — Phocus. î^=^

Le plus long fragment des ïambes de Solon, qui n'a pas im^ moins de vingt-six vers, est aussi une apologie politique, mais plus solennelle, et dont les premiers mots sont un appel au témoignage de la Terre , la meilleure des divinités de l'Olympe. Solon rappelle les mesures par lesquelles il a t

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