SUIT£ DE LA POÉSIE ÉLÉGIAQUE
Théognis, et dont on connaît les véritables auteurs. Hais, dès le temps de Xénophon, Théognis était considéré surtout ecoune un moraliste ; on apprenait par cœur ses sentences, (mme celles de Phocylide : on les avait probablement extraites déjà de ses élégies ; et peut-être dès ce temps le corps des élégies elles-mêmes avait-il péri, négligé au profit te membres qu*on en avait dépecés.
Théognis était de Mégare, et il vivait dans la dernière ■oitié du sixième siècle. Il paraît même avoir prolongé sa carrière jusqu'au temps de la deuxième guerre médique. Il q»partenail à cette aristocratie dorienne qui avait gouverné l^re depuis que cette ville était séparée de Gorinthe, et ^ fat dépossédée de ses privilèges quand Théagénès, soutenu par le parti populaire^ s'empara du souverain pouvoir, îbéognis ne perdit pas seulement ses honneurs : il vit son pitrimoine passer en d'autres mains , et il alla mourir dans loil. Il mourut probablement à Thèbes; mais il n'y faisait pas un constant séjour, car on trouve dans ses vers la trace k voyages à Sparte, en Sicile, en Eubée.
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Théognis ne tarit pas en invectives contre les hommes du parti populaire. Même dans les endroits où il a l'air de D'adresser à ses amis que des leçons de morale , on sent percer sa rancune politique. Les méchants (xaxot) et les Iftches («tW), dont il parle sans cesse, ne sont pas ceux qu'on appelle ainsi dans tous les temps et dans tous les lieux : il gratifie indistinctement de ces noms tout ce qui n'est pas de la race antique, tout ce qui n'a ni traditions de famille ni richesses héréditaires. En revanche, les Doriens, la Tîeille aristocratie, ce sont les bons ((SyaGoO, les braves {Mloi) : le poète leur prodigue les belles épithètes avec autant de libéralité qu'il prodigue aux autres le3 qualifications injurieuses.
Théognis s^adresse ordinairement à Cymus, fils de Polypas, et quelquefois à d'autres personnages, àSimonide, à Onomacritus, à Gléariste, à Démoclès, à Démonax, à Tima-
ISO CHAPITRE VIU. ,
gora&. Cymus est un jeune homme, auquel le poète parle d'un ton paternel, et qu*il veut pénétrer de ses idées politi- '
Îues et morales. Les autres sont des amis, des compagnons e plaisirs, avec lesquels il se déride, et qu'il entretient de sujets moins sérieux. Ainsi il recommande à Simonidë de laisser au]( convives une parfaite liberté; de ne pas retenir qui veut quitter le banquet ; de ne pas éveiller le buveur qui s'est endormi trop bien cuirassé de vin. La partie enjouée du poème est du temps sans doute où Théognis vivait dans la maison de ses pères, où le gouvernement de Mégare allait à son gré, et où florissaient dans la ville ces associations d'amis, ces phidities, comme disaient les Dorions, où l'oa passait de longues heures à boire et à deviser agréablement. Dès les premiers vers qu'il adresse à Cymus , on aperçoit, au contraire, je ne sais qu'elle disposition d'esprit atrabilaireet misanthropique. La ruine de l'aristocratie mégarienne n'est point encore consommée, mais elle se prépare : les méchants et les bons sont déjà en lutte. Bientôt le tyran va apparaître : la ville est en travail, comme dit Théognis, et il est à craindre qu'elle n'enfante son fléau. Malgré les vœux etles espérances du poète, et probablement malgré ses efforts, le mal s'accomplit; le monde est renversé; tout est perdu : ceux qui n'étaient pas des citoyens sont des citoyens. Voici comment Théognis se lamente sur l'invasion des Périoeces, ces paysans de la banlieue de Mégare, qui venaient de conquérir violemment le droit de cité : a Cymus, cette cité est encore une cité; mais, certes, c'est un autre peuple : ce sont des gens qui ne connaissaient, auparavant, ni tribunaux ni lois. Ils portaient autour de leurs flancs des peaux de chèvres ; et, comme des cerfs, ils habitaient hors de cette ville. Et maintenant, fils de Polypas, ils sont les bons; et ceux qui jadis étaient les braves sont les lâches maintenant. Qui pourrait supporter un pareil spectacle? Us se trompent mutuellement, en se moquant les uns des autres ; ils n'ont pas le sentiment de ce qui est bien ni de ce qui est mal ^ • Théognis recommande à son jeune ami de détester cordia-