‹ Histoire de la littérature greequeChapitre 54 sur 137 · LYRIQUES ÉOLIENS · texte numérisé non relu

LYRIQUES ÉOLIENS

d'Alcëe, témoignent d'une riche variété et dans le choix des rhythmes, et dans les combinaisons des mètres poétiques.

La poétesse lesbienne doit être née quelques années plus tard qu*Âlcée, car elle vivait encore en 568, et il ne parait pas qu'elle ait prolongé sa vie jusqu'à une grande vieillesse. Ters Tan 596 elle quitta Mitylène, on ne sait pour quelle raison, et elle séjourna quelque temps en Sicile. Nous savons par Hérodote que son père se nommait Scamandronyme; et Hérodote nous apprend aussi que Charaxus, frère de Sappho, se passa un jour la fantaisie d'acheter^ en Egypte, au prix d'une somme considérable, la fameuse courtisane Rhodopis, et de lui rendre sa liberté. Il est difficile, par conséquent, de comprendre que Sappho n'ait été elle-même autre chose qu'une courtisane, comme quelques-uns le répètent encore aujourd'hui. De quel front cette courtisane aurait-elle osé reprocher à Gharaxus l'indignité de son amour pour Rhodopis, et, comme dit Hérodote, le déchirer dans ses vers, quand il revint à Hitylène, après avoir affranchi sa bienaimée?

Ce n'est pas non plus à une courtisane qu'Âlcée eût adressé les vers où il parle de la chasteté de Sappho ; encore moins est-ce une courtisane qui eût inspiré au fier poète la passion presque craintive qu'annoncent ces expressions que j'ai déjà citées : « Je veux dire quelque chose, mais la honte me retient. » Voici la réponse de Sappho à la transparente énigme dont Alcée lui voulait faire deviner le mot : « Si c'était la passion du bien ou du beau qui t'eût pénétré, et si ta langue ne s'apprêtait à dire quelque chose de mauvais, la honte ne couvrirait point tes yeux, mais tu ferais ta juste requête. > Est-ce bien là le langage d'une courtisane?

; vrai que des témoignages anciens, et en assez grand >, semblent autoriser l'opinion vulgaire. Mais ces té-

II est nombre^

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noignages sont bien loin d*étre contemporains de Sappfao ; et les plus importants, ceux des comiques d'Athènes, ne"^^ sont, en définitive, qu'un monument des préjugés de leur *

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temps et de leur nation. Chez les peuples de race ionienne/, et en particulier chez les Athéniens, la condition des femmes, au siècle de Périclès ou d'Alexandre, était bien différente de ^ ce qu'elle avait été jadis. Confinées dans la partie la moins accessible de la maison, exclues de toute participation aux"^ choses de l'esprit, condamnées par la jalousie de leurs époux ^^ à n'exercer leur intelligence que dans le cercle des occupa- ^^ tions domestiques, les femmes athéniennes n'avaient plus '^ rien de cette naïveté d'allure et de cette aimable liberté dont ^"^^ telle héroïne d*Homère, Nausicaa par exemple, nous offre la ' charmante image. Aux courtisanes seules, à Aspasie et à ses émules, on permettait de tout dire et de tout faire, de se mêler des affaires les plus importantes, de parler politique et de tenir *^ bureau d'esprit. Une femme comme Sappho, une poétesse disputant hardiment aux hommes sa place parmi les privilégiés de la Muse, initiant le public à ses pensées intimes, lui con- '^tant ses amours et cherchant à lui faire partager ses affec- ^ tions ou ses haines, une telle femme ne pouvait être, aux yeux d'un Athénien, qu'une éhontée sans mœurs, qu'une impudique qui trafiquait de son corps.

CMidlllOM de0 femmMi ehea les ^olIeBS et lem l»«rleB«.

Les poètes comiques ont jugé Sappho la Lesbienne, morte depuis deux siècles, d'après les idées qui avaient cours parmi leurs auditeurs. Mais les Éoliens et les Dorions en usaient plus libéralement que leurs frères d'Athènes ou d'Iouie avec le sexe féminin. Ils ne renfermaient pas comme eux les femmer dans le gynécée ; ils cultivaient leur esprit, et ne craignaient point de les voir s'élever à la gloire littéraire. Il y avait, à Sparte même, des associations féminines, que présidaient les femmes les plus en renom pour leurs vertus et leurs talents, et oîi les jeunes filles se formaient aux nobles manières en même temps qu'elles apprenaient à chanter et à bien dire. A Lesbos, où les arts élégants étaient particu-

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rement en faveur, Téducation des femmes avait mi carace plus poétique et plus relevé encore. Voilà ce que font terrer les critiques qui ont pris parti pour Sappho, entre très OttCried Huiler, celui de tous les savants qui a le eox connu les institutions et le caractère des peuples de «éolienne et dorienne. Sappho, de son temps, n'était pas sole Lesbienne qui se fût faitnin nom par ses ouvrages : i cite elle-même, comme ses rivales en poésie, GorgoeC jroméda. Les femmes de Lesbos ne rougissaient pas de fs talents ; elles s'en vantaient avec fierté ; et l'ignorance, me opulente, même entourée le luxe et d'honneurs, ne orait pas grâce devant elles. Voyez avec quel ton de hau«ir dédaigneuse Sappho s'adresse à une femme qui n'avait latre mérite que sa naissance et sa richesse, et peut-être beauté : « Morte, tu seras ensevelie tout entière ; nul soudr ne restera de toi, et la postérité ignorera ton nom ; car a'aspas ton lot des roses de Piérie.Tu erreras sans gloire 2S les demeures de Hadès, voltigeant parmi les ombres ; morts les plus obscurs. »

mêle de «eyphe à AefllMtf.

^and Sappho parle à quelqu'une de ces jeunes filles dont ! était, suivant les mœurs de son pays, la poétique instirice, ses reproches comme ses éloges ont quelque chose de if et de si passionné qu'on dirait d'un violent amour bien s que d'une calme affection maternelle. L'extrême vivacité sentiment qui remplit l'ode fameuse conservée par Longin lême fait croire à quelques-uns que cette ode devait avoir ir litre , Au bien^aimé, et non pas, À la bien-aimée. C'est e opinion qui n'est pas insoutenable. Quant aux passages ers où Ton ne peut nier que Sappho s'adresse à des femis, puisqu'elle les nomme, rien ne nous autorise à cfaersr, sous des expressions plus ou moins passionnées, aucun is détourné ou honteux. Un des traits essentiels du carace hellénique, c'est que des sentiments qui ont toujours été rfaitement distincts chez les nations d'un tempérament ts calme, sont restés, chez les Grecs, comme mêlés et con-

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fondus, ou tout au moins se sont prête Tun à Tautre leurs termes et leur vocabulaire. Cette judicieuse remarque, qui est d*Ottfried MûUer, ne sert pas seulement à décharger la mémoire de Sappho d* accusations infamantes, elle explique aussi comment Platon a pu prêter à Socrate, parlant à tel ou tel de ses disciples, un langage quelquefois si peu d* accord avec ridée que nous nous formons de la décence et de la vertu. J*ajoute que nous avons nous-mêmes, dans notre poésie, un exemple fameux de cette confusion de Tamour et de Tamitié, et qu'il n*est jamais venu à personne Tidée d'incriminer les mœurs de La Fontaine, pour avoir terminé par l'affabulation qu'on sait le touchant récit des aventures de ses deux pigeons.

Sappho était femme, et elle a payé, je n'en doute pas, son tribut aux faiblesses humaines. Je n'ai pas la prétention d*en faire une prude insensible et farouche. Elle a connu l'amour, et l'amour malheureux. Je n'en veux pour preuve que cette belle ode à Vénus, où elle supplie la déesse de venir mettre un terme à ses cuisants chagrins. On voit Ik, par ses paroles mêmes, que celui qu'elle aime ne l'aime point encore. Est-il vrai que Sappho, méprisée ou repoussée par Phaon, se soit précipitée dans la mer du haut du rocher de Leucade? Quand on prouverait, comme prétend le faire Ottfried Mûller, que Phaon n'est autre chose qu'un personnage mythologique que Sappho avait célébré dans ses vers, et quand l'historiette du saut de Leucade ne serait qu'une invention poétique, il n*est pas moins certain que Sappho a souffert, et vivement souffert de l'amour, peut-être jusqu'à en mourir.

Poésies de SamplMi*

Si la poétesse lesbienne n'avait chanté que ses amours, la Grèce n'eût pas laissé de lui assigner, parmi les noms les plus glorieux de la littérature, une place éminente et glorieuse. Mais c'est dans presque tous les genres, et sur tous les tons propres à la poésie lyrique, que Sappho avait fait admirer à l'antiquité cette grâce et cette douceur que nul n'a jamais unies à plus de véhémence et de passion. Ceux qui

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a?aîeiit recueilli ses œuvres les avaient distribuées en divers lirreSy mais en ayant égard uniquement au mètre, et sans toiir compte de la nature même des sujets : le premier livre contenait, par exemple, tout ce que Sappho avait écrit dans le mètre auquel est resté attaché le nom de sapphique. Il y ivait, dans chacun de ces livres, des morceaux du caractère le plus difiérent, comme on en peut juger encore à la diversité des idées et des sentiments qu'on trouve dans les fragmoits dont la forme métrique est la même. Mais le genre où la poétesse avait particulièrement excellé, ce sont les épithaluDes ou chants d'hyménée. Il y a, dans les œuvres de Catulle, outre VÉpithaiame de Pelée et de Thétis^ deux autres ^ithalames, qui paraissent n'être autre chose que des traductions ou des imitations de Sappho, et qui sont dignes iHm-seulement du talent de Catulle, mais du génie de la poétesse lesbienne. Au reste, nous possédons encore un certain nombre de vers incontestés des épithalames de Sappho, et ces vers comptent parmi les plus beaux qui nous restent d'elle : c'est là qu'on trouve les plus aimables images, les plus gracieuses comparaisons que la contemplation de la nature aitinspirées k la muse antique. Voici comment Sappho caractérise la fraîcheur de la jeunesse et de la beauté : « Comme la douce pomme rougit sur la haute branche, au sommet de la branche la plus haute : les cueilleurs l'ont oubliée; non, ils ne l'ont pas oubliée, mais ils n'ont pu y atteindre. » La femme qui a un époux pour la protéger, c'est, selon Sappho, la fleur qui s'épanouit dans un jardin, et qui n'a rien à craindre des outrages du passant. Celle qui est abandonnée à elle-même, Sappho la compare à ces fleurs des champs dont nul ne prend souci : « Telle l'hyacinthe, que les bergers foulent aux pieds dans les montagnes : la fleur empourprée est gisante sur la terre. » Je pourrais multiplier les exemples. L'étude seule des faibles reliques du génie de Sappho, et indépendamment de tous les témoignages, suffirait donc pour justifier l'enthousiasme qu'inspira aux Grecs, dès le premier jour, cette femme extraordinaire. Aussi n'ai-je pas de peine à comprendre le mot de Selon, cité par Stobée. So* Ion, entendant un de ses neveux qui récitait un po^me de

^w«u0 ue BucceSy aux irayaux un

semble avoir joui, dans la postérité, table, c*est Ërinna, morte à dix«-huit i filles qui avaient reçu les leçons de i laissé un poème de trois cents vers h Quenouilley dont on ne sait autre cha pour une œuvre très-distinguée, et que pas à lui marquer sa place à côté mén mère. Faisons la part de ce que la {Hti ce jugement sur Tœuvre d'une poétesse : et au culte des Muses. Mais qui empèc sous de VRiade et de Y Odyssée, à côt Hymnes et de la Bairachomyomachie^ figurer avec honneur ? C*est à Érinna c naire VHymne à Roma, c'est-à-dire à ode en strophes sapphiques, et dans le <{ui pensent que la Roma de cette ode elle-même, parfaitement inconnue en Sappho et d'Érinna, mettent VHymne d'une autre Lesbienne, de l'inconnue faire vivre, si l'on veut, à une époque une femme grecque de chanter les grai nelle. Sans prendre parti dans U mi^o*

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pKiir qâ se fait obéir. Sons le joug de tes courroies solides ot enlacée la poitrine de la terre et de la mer blanchissage; et ta gouvernes arec autorité les villes des peuples. Le toiD|» redoutable, qui ébranle toutes choses, et qui transporte la TieUDibt d'un c&té tantôt d'un autre, pour toi seule ne change fÔLi te vent favorable qui enfle les voiles de ta puissance. Car toi seule entre toutes tu portes dans ton sein des hommes Infes et beMi€[ueux ; et tu enfantes des bataillons de guerlieiSf aussi paresses que les gerbes dans les chs»nps dcfCérès. »

ÈMKtL, Lesbien de Hëtbymne, et contemporain d'Alcée, de SapfÂio et d'Ërinna, semUe pourtant appartenir k la bble encore phis qu^à l'histoire. Qui ne Tonnait le trait de sa légoide conté par Hérodote, et comment un dauphin^ charmé des accords de sa lyre, le reçut sur son dos et le sauva de la mort ? Ce qui est vraisemblable, c'est qu'Arien fut le plus habile des joueurs de lyre de son temps ; ce qui est certain, c'est que ses chants lui valurent les bonnes grâces des hommes les plus puissants de la Grèce, et qu'il jouit d'une faveur toute particulière auprès de Périandre, tyran de Corinthe.

Arion, suivant le témoignage de plusieurs auteurs anciens, avait perfectionné le dilhyrambe, ou le chant en rhenneuT de Bacchus. Ce chant, k Forigine, n'avait presque SDcune règle, et ne consistait guère qu'en cris de joie inartiodés, en évohé répétés mille ibis, et accompagna de sauts ou de contorsions bizarres. Arion imagina de mettre, dans ie dithyrambe, le récit des aventures du dieu, et de donner an poème la dignité et la régularité qui lui manquaient. Suidas dit que les dithyrambes d'Arion avaient un caractère tragique. Au lieu de la danse effrénée de buveurs avinés, il y eut un véritable chœur pour le dithyrambe, chœur vif et bondissant, mais dont les mouvements les plus impétueux Q*étaient que la traduction des sentiments exprimés par les paroles et la musique. Les choreutes du dithyrambe, depuis le temps d'Arion, dansaient en se tenant par la main, et en

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tournant autour de Tautel où brûlait le sacrifice. De là le nom de chœur cycliquCy c'est-à-dire chœur circulaire, que portait la ronde dithyrambique, et celui de cyclodiddscalie, qui désignait l'art d'instruire et de mener les choreutes de la ronde ; de là aussi la synonymie, dans les auteurs anciens, des expressions maître de chœurs cycliques et poète de dithyrambes.

C'est à Corinthe, c'est dans la noble et florissante cité de PériandF6, qu'Arion fit subir au chant orgiastique de Baccbus ces graves modifications ; et c'est à Corinthe aussi que le dithyrambe fut cultivé, pendant longtemps, avec le plus de soin et de succès. Pindare ne l'oublie point, en célébrant un des vainqueurs d'Olympie, Xénophon de Corinthe. Il rappelle en deux mots et l'invention d'Arion et le prix que les Corinthiens décernaient au vainqueur dans le concours dithyrambique : c A l'inventeur, toute œuvre. Qui a fait paraître aux fêtes de Bacchus le dithyrambe et le bœuf triomphal»? »

LYRIQUES BORIENS.

▲LCMAN. — ORIGINALlTâ D*ÂLCMAN. — CHANTS CHORIQUBS. — MÈTRES POÉTIQUES D'ALCMAN. — TTNNICHUS. — STÉSICBORB. INVENTION DE L*éPODE. — CARACTÈRE IMPERSONNEL DE LA POÉSIE DE STÉSICHORE. — TIB DE STtfSICHORE. — IBTCUS. — LASUS. — CORINNE. — TIMOGRÈON.

Alcman vivait à Sparte vers la fin du septième siècle et dans les premières années du sixième, comme on le conjecture d'après certains passages de ses poésies, où sont cités des noms suffisamment connus, et notamment d'après la mention qu'il fait des lies Pityuses : ces îles, et en général

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