‹ Histoire de la littérature greequeChapitre 62 sur 137 · Pindare, Olympiques, ode n · texte numérisé non relu

Pindare, Olympiques, ode n

qadqaefois n*a pas d'équivalent chez nous, et le traducteur est réduit, bon gré, mal gré» à en noyer tout le charme, toute l'énergie, toute la valeur, dans une insipide et souvent ridicule paraphrase.

Je manquerais toutefois au but que je me propose, si je n'essayais pas de transcrire quelque passage, choisi parmi ceux qui ont le moins à perdre en passant du grec en français. Je ne prendrai donc pas le début de la première Olym^ piquty objet jadis de si vifs débats, ni aucun des morceaux que dans notre langue on appellerait pindariques, au sens fttlgaire de cette expression, mais quelque chose de simple, au moins relativement, surtout de clair et net, et qui réponde k quelqu'un de ces sentiments que la nature humaine n'a pas dépouillés depuis le temps de Pindare. Tel me semble le récit du dévouement de Pollux, dans la dixième Néméenne.

• Castor et Pollux passent alternativement un jour dans la demeure de Jupiter, leur père chéri, et un jour sous les cavernes de la terre, dans les tombeaux de Thérapna, partageant ainsi le même destin. C'est que Pollux a mieux aimé cette existence, que d'être entièrement dieu et d'habiter le ciel, après que Castor eut péri dans un combat. Car Idas, courroucé de l'enlèvement de ses bœufs, avait percé Castor d'un coup de sa lance d'airain.

< Du haut du Taygète, Lyncée avait découvert les Tyndarides, assis sur le tronc d'un chêne; Lyncée, dont l'œil était le plus perçant de tous les yeux mortels. Aussitôt, d'un pas rapide, partent les fils d'Apharée [Lyncée et Idas], et ils s'empressent d'exécuter un coup hardi ; mais ils furent cruellement châtiés par les mains de Jupiter. Le fils de Léda surle-champ s'élance à leur poursuite; et eux lui font tête près du tombeau paternel. Ils arrachent une pierre polie, décoration sépulcrale, et la jettent à la poitrine de Pollux. Hais ils n'écrasèrent point le héros, ni ne le firent reculer. Pollux pousse en avant, armé d'un javelot rapide, et enfonce l'airain dans les flancs de Lyncée. Puis Jupiter frappe Idas de la foudre embrasée et fumante

« Bien vite le Tyndaride revient près de son vaillant frère; Castor n'était pas encore expiré : il le trouve râlant avec ef-

SIS CHAPJTBE XIU.

fort, n ftrse des larmes brûlantes, et 8*éerie à haute itoûl : « Fils de iCfonus^ 6 mon père! «ptel sera le temne de mes « douleurs? Ekvote-fiiei aiisei| dieu puissaut, laffiortcomme « k lui »

« Il dit; lupiler Tint à lui, et lui adressa tes mots : « Jai ^8 mou filB ; mais eelui'-oi a roçu la vie du germe mopflc tel d^sé plus iard daas le «ein de ta «aère par ie faéisas flc scMi ifoux. Hé bien ! je tm laisse parfaiteAftent le éboa. : c si tu ?eux« lesempt de la mort et de Todieufie «ieiUme, c babiier feoi-méme rOlympeif aiœc M inerre et Macs à ia lance « Mil» de saxkg, oe sort sera ie tien ; meia, ai tu preudbi en c msM la cause de ton frère, et si tu songes k tout pantager « (paiement ajrec lui, tu respireras la moitié du UoDÊfS sous c la terxe, la naaitîé dans les palais d'or du ciel. »

« Ainsi fAfla Jupiter; etPoUux n'hésita pas. Alors iapilsr reumt l'œil, puis la lèfw de GasAor au ^haudner garni d'aÂcaia. »

Kesterast maiintenant à étudier les firagoaeois des aulres peêmes^ pour 7 découfu'ir quelque face souioeile du génie de Piudare. Haui ocs fragments sont en général fort ooucts; et ces débris de péans, de prosodies, de dithyrambes, etc., n'cAt rieo de bien earactéristifue, et fi'oftrend^^uère fuedes matériaux anatogaesi cem^ipi'oa peut adourer^ resfdeadifsants de tout leur tusire , et non pas frustes et endommjigés, dans les odes triomphales. Ce sont, f«r eiemple, des maximes morales, «des loétaphoDes hardies, des înToritiopo k quelque dieu, des descriptions brillantes. Qui cecoaniâtrait, dans unefeiAlure, fort belle d'aiUeur&,.dn hoidieaff tlai justes après la aaont et du tMtiment des màeheaÉs, (M Arènes oti le poète pleurait, comme dit Horœe, «n femêt épottx ravi knne^[>eusedés(dée! Il n'y aqm leseoeUes, dont les reliques aient une yériiable invportaiice littéraire. Unede ees chansons, edreasée eu beau Thécaèno, de Ténédes, neus est parvenue tout entière ; une autre, eur 1^ cewlaMusea de Gorijitfae, n'a que deux imperceptibles lacunes. Ce n'est pcûnt la fierté gnenrière d'Bjfbrias, encore mains la passion fMlâti-

q!iede€dUstnde. H ne s'agit que Ae plaisir el d'anonr. Se regrette que la iratirre mènie des sujets ne nous permette poiiit de transertre ici ces petrts chefs-d'œavre. Oa y ^perrait Findare 80U8 ub aspect bien différent de cehii eà nova imnames accoirtamés à envisager le chantre des Eiéron et des Areésilas. Le ton du poète n'a plus rien de la graviftë derienne. Pindare se montre à nous arec un enjouement gractevx qa^oB chercherait en vain dans les odes triomphales, elqai n'eidnt ni les regrets mélancoliques , ni ménve une légèae pointe 4'iroiiie. <>u dirait qu'il se souvient d^Anacréon et ée aoD sourire.

CHARTRE xnr.

XV£OIiOGIE!fB ET FEILOSOPHES VÙtTËM.

ÉCOLE eaMBQum. — poAtib oaraionis. •— ^HiLOforsas rotras. -^ xé-

SePBAHJB. — EABMiSUUL— SlCPiBOCLB.*— PYTHiflOBB.

Lee aèdes i^gieux de Téponfoe antéhomérique amen» eu des hiritters ; mais la poésie sacerdotale, dëntiée de qualités édatanlea, et presque de lout intérêt populaire, tomba, durant des sîèdes , dans une obscurité profonde, éclipsée par les splendeurs de l'épopée et de l'élégie. Il n'est pas deuteux que û plupart des sanctuaires niaient conservé levrs cjhantres yarticttiîers, distincts du vulgarredes poètes, et ééponlaîms des traditions antiques. Ces aèdes chantaient pour las imtîéa partoat où, à cfttedu culte puUic et officiel, il y«vait na antre cuHe, secret et mystique; mais la foule ou ignorait leurs œuvres, ou ne les comprenait pas, ou n'en faisait natte estime, au prix des poèmes d'Homère, d'Hésiode, de Callinus, de Tyrlée : elles restèrent à l'état latent, pour ainsi dire, et furent aux yeux des Grecs comme si elles n'étaient pas. fiffcatant, à l'iépoqne où la pfaitaeephie naquit en Grèce, il eiiitait des ipedmes, plus om moins imporianls ^ ok élaka<

exposées, sous forme mythique, certaines conceptions cosmogoniques, théoiogiques et morales, différentes des idées qui avaient cours dans le peuple, de celles dont Homère et après lui Hésiode avaient été jadis les harmonieux interprètes. D y avait aussi, à la même époque, une école de poètes mystiques, qui prenaient eux-mêmes le nom d'orphiques ou de sectateurs d*Orphée, et qui prétendaient, à tort ou à raison, se rattacher, par une chaîne non interronpue, à l'aède de Piérie, et posséder le dépôt authentique des doctrines du maître. Les orphiques étaient répandus en divers lieux, et exerçaient, ce semble, une assez grande influence, non pas peut-être par leur génie ou par la supériorité de leur talent, mais parce qu'ils enseignaient aux hommes de hautes et consolantes doctrines.

C'est surtout de la nature de l'ftme et de sa destinée après la mort que s'inquiétaient les poètes théologiens réunis sous l'invocation d'Orphée, et c'est d'ordinaire au culte de Bacchus qu'ils se consacraient; mais leur Bacchus n'était point leDionysus populaire, le dieu du comos et du dithyrambe : c'était une divinité d'un ordre plus sévère, et en qui se personnifiaient à la fois les joies et les chagrins de la vie. Dionysus Zagreus, comme ils le nommaient, le chasseur des âmes, suivant le sens de son surnom, participait, selon eux, de la puissance de Hadès ou du roi des enfers : c'était lui qui présidait à la purification de notre âme dans cette vie, et qui assurait k nos mérites l'immortalité, avec ses châtiments ou ses récompenses. Le culte particulier qu'ils rendaient à ce dieu n'avait rien du caractère enthousiaste et désordonné qui signalait les fêtes lénéennes ou dionysiaques : les orphiques mettaient la décence extérieure au nombre des devoirs ; ils visaient à une sorte d'ascétisme, et leurs habits de lin blanc étaient des symboles de cette pureté morale où aspirait leur âme.

Poëiei orphiques.

Ce n'est guère qu'au temps de Pisistrate et des Pisistratides que la secte orphique compta des adhérents dont les

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ouTrages obtinrent une véritable notoriété, et dont le nom est resté dans la littérature. Bien avant eux néanmoins, Phérécyde de Scyros, qui vivait dans la première moitié du sixième siècle, avait publié une théogonie, écrite en prose ionienne et dans un style tout poétique, où se trouvaient la plupart des idées que Ton rencontre chez les poètes orphiques , telles que Tidentité de Jupiter et de l'Amour, et Texistence du dieu Ophionée. L'influence des doctrines orphiques sur un philosophe comme Phérécyde prouve que, dès le eommencement du sixième siècle, la secte étaitparvenue déjà à trouver de savants et estimés auxiliaires. Quant aux orphiques proprement dits, il y en a plusieurs que l'école pythagoricienne revendique comme siens, et qui paraissent avoir été tout à la fois et des philosophes pythagoriciens , et des mystiques de la secte d'Orphée. Tel est , par exemple, un certain Brontinus, auteur d'un poème intitulé le Manteau et hFUetf expressions symboliques qui désignaient, dit-on, la création ou la cosmogonie. Mais il y a deux autres poètes, Gercops et Onomacritus, qui ne sont jamais appelés que du nom d'orphiques. Gercops avait composé un grand poème en vingt-quatre chants, les Légendes sacrées^ où il développait le système entier de la théologie dont on attribuait les prindpes à Orphée. Onomacritus, le plus célèbre des orphiques, avait vécu dans l'intimité de Pisistrate et de ses fils. Il avait fait, pour les Pisistratides , une collection des oracles de Musée, et on l'accuse de l'avoir remplie de ses propres interpolations. Il avait écrit des chants pour les initiations au culte mystique de Bacchus : il rattachait, dans ces poèmes, la légende des Titans à celle de Dionysus, et il représentait le jeune.dieu en butte à la haine et aux embûches des fils de

la Terre.

Les débris des œuvres de l'école orphique gisent çà et U, dispersés au travers du recueil qui porte le nom d'Orphée. La plupart des pièces qui forment ce recueil appartiennent incontestablement à une époque beaucoup plus récente; mais un certain nombre de passages cités, sous le nom d'Orphée, par les Pères de l'Église et par d'autres auteurs anciens, sont marqués d'un tel caractère d'antiquité, qu'il

Ht cffÉNnE sYr

B'tfft gukm permta d'en faâr» honneor aux fosManas rtiifpBxa de la décadence païenne ; ainsi les dem h^fsraet à Mueés aar lopslep, domiTun est le développement de Fantre, eiqoi ne sont tous les deux que te seprise, sous une ferme Moins hiératique et plus littét aire, du thème posé , philftt qn'eiplMpié, (hms le firagment que l'ai trarasorit, d'appès Anstote, qnfltd je panliusi d'Orphée. Voici le pfais court des dieuft kjonnea, qui a été conservé par saîat hmàm le m«nyr r

«. Je parlenai; pour qui doii m'enlandre : fènnex les portes k tous hsh pmtfBoes^ sans eiception ; mais toi, écouee-noi, fife de la Lune à la lumière brilLante, Musée; car Je te dirarla vénAé. Et ne laisse jiamais^ durant ta vie, s'échapper de ta mémoire les leçons qui ont anparavant éelairé ton âme. Tourne tes yeua vers la raisoa divine; applique-toi à elle; diri|^ wrs elle le mse infligent de toa cœur ; marche droit dans le sentier, et n*aie de regards que pour le matee du monde, tt est aaîque, né de lui-mime; de lui seid sont nées toutes choses; M seul a tout façonné. U circule au mîlien des êtres; maia pas un des mortels ne le voit en fate : bu, an contraire, il les voit feaus» G*est lui qui dtspenee anx mortels l^ maux après les biens, et la guerre foneste, et les douleurs qui font verser des larmes. Il n'est pas d'autre roi que leigrand soi» ie ne le vois pas, car une nuée le preaie de toutes parts, et tous les mortels- ont dans leurs yeux des papilles mortelles, impuissantes pour apercevoir Xopiter, arbitre de l'univers. Car le dieu est étaUi sur le ciel d'airain, daavun trftne d'or, les pieds poséa sur la terre» la main daroite étrmdue au bin vers les limites de l'océan. Servant Vai tremblent les vastes montagnes^ et les^ flewves, et TaÉlme de la mer azurée. »

ics pneaûers philosojdMS durent proiler,. et pMrfMnBt OB'' ^fat, des travaux de ces théologiens poètes , qui avaient dfcooeert d'ioportantea vérités morales , et dont ils ne diffSraienft en»-mémes ^pie par leur m^ris peur lee limMs

THÉOLOGIENS ET niLOSOraES POËTES. ftt

BfAifM» «t po«r Iêm •bacarkéfl calculées du iCyk des hi^ r^haâlw. L«s Xéacyhane» le» Parminidey. qai aspiraie»! k flWBtvtt k Tériflé aoiis voile», soiii tombfe euBMSiéoMft dsag fMlqu«8<*ua[i» dsfl aku» (|i»1fa mproobaîast durewant ans (ocleft. U» oBi 4sé , daas iewr yse», plua poêles qu^ila iia voukaaaa; et knfs altégonea, poar tvm nei» aaiaaanées paat^élve qM les iftytliea rnlgatiea ^ o» méan que eeax diaa oiyliîflpieft , ifpagtieimeali à la poésie par autae: dwae e»m% que par hi YeraifteaiioBi* Tant il était dâifikils de parler, i des koiiKiieè' nourris ^Homère et ilMBidfitr aatremest y» dan» le style: d'Bésiode et d'Honière^ méaae poar m/th mr le» bdaeS' de l^amiipte litééaaiaee!:

Xénophane était né h; Coidplien' en lonie, et il fut un de ceux qui allèrent fonder, dans la Grande-Grèce, la ville d'iléa ow de Vëlia, en Fan 596 afSHt notire ère; D était dans la leur de rtge quand fl quiUa rtome^ i( téeal de kHiguet années dan» sa patrie MuveUe, et ilfy btesa, à^samort, «oe éisala ftoriasaoïe*

Ce fl'est pas ici lë Uea <Pexpeseree^ m'èn^ sait! des doetrâias f artisoBères à Xésephane, eS dPeif apprécier te va*leaor. Lephilosopfce ne noua appartieitr qae^par aon ba&Heté k mnier les r^jtkmeB de la peélûe, etlsarlMt par ses vives ef iagénieuses satires contre ceux qui ravalaient , par éTtû'dignes images, la majesté de YèVttr divin. Fint nous îm-> pavie qu^ se seil gravement trompé lui^mAne, après avoir m kîen wiowitté In erreurs des autres. &^ Aégies , dont il Rsis ao fragment ccm^déraUe, et qui* étaient Foavrage de sa jeonesse , avaent déjà une tendance^ philosophiqus, qooiqpi^il! ne s*y agtt que de choses joyeuses. Ainsi , il dîs^ aaadd^ les convives de cbanter dans le banquet ces &blès daTîtaBS, de Centaures, ou' d'^aatres parriBes, inven«ies par les anémia poètes; il blftme le luxe tout oriental des Go^ lophoniens, ses compatriotes, et la folie des Grecs qui constant poi» rien le plus sage des hommes p au pris d'un athlète vainqueur aux jeux d*01ympie. On trouve , dims

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tout ce qui reste de lui, cette sorte de gaieté sérieuse qui ne messied pas aux hommes même occupés des pensées les plus profondes. Voyez avec quelle grftce, à quatre-vingtdouze ans , il confesse la décadence de son esprit et de sa mémoire : « Soixante-sept ans se sont écoulés depuis que ma pensée est ballottée sur la terre de Grèce. Lorsque j'y vins, j'en comptais vingt-cinq , si tant est que je puisse encore supputer mon ftge avec certitude. > Ce que je regrette le plus dans la perte des ouvrages de Xénophane, ce ne sont pas ses poèmes sur la fondation dejColophon et sur la colonisation d'Élée ; ce n'est pas même son poème sur la nature^ ; ce sont ces élégies et ces ïambes où il épanchait, sur toute sorte de sujets , sa veine sarcastique et son bon sens impitoyable.

Parménide d'Ëlée, disciple et continuateur de Xénophane , donna au système panthéistique , ébauché par son maître, la rigueur logique et la précision, sinon la réalité et la vraisemblance, dont il se mettait médiocrement en souci. Il construisait le monde d'après sa pensée, et ne réglait pas sa pensée d'après le spectacle des choses. Cette disposition d'esprit, qui le préparait fort mal à la découverte de la vérité, n'était pas la pire pour le maintenir poète, en dépit même des sujets souvent peu poétiques qu'il traitait dans ses vers. Son poème, intitulé irep\ çuacwc, delà Nature^ ioni il reste de nombreux fragments , n'était pas seulement une sèche exposition de doctrines : le style en était vif et plein d'images; les détails les plus techniques y avaient je ne sais quelle animation singulière; et, comme Lucrèce, qui le traduit quelquefois, le philosophe d'Élée s'échappait fréquem* ment à travers les champs de la fantaisie. Cette épopée scientifique était digne , à certains égards , de figurer à côté des plus grandes œuvres de la muse antique. Homère lui-

* . n<^( ftjvtùi^. C'est le titre commim de presque tons les grands traités des anciens philosophes.

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