‹ Histoire de la littérature greequeChapitre 69 sur 137 · DU DRAME SATTRIQUE. — RÔLE DU CHŒU1 TIQUES · texte numérisé non relu

DU DRAME SATTRIQUE. — RÔLE DU CHŒU1 TIQUES

C'est vers Vépoque où Pisistrate pr^ contre la liberté que naquit dans dramatique qui devait résumer en soi puis répopée jusqu'à la satire outrag cune en particulier, par la richesse d riété des inventions , par Téclat de la par la vérité et Tintérét des peintures,

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ORIGINES DU THEATRE GREC. i»3

dre Thespis, lequel, suivant Tusage des anciens poètes, jouait lui-même ses pièces. Après le spectacle, il appela Thespis, et lui demanda s*il n'avait pas honte de faire si publiquement de si énormes mensonges. Thespis répondit qu'il n'y avait point de mal à ses paroles ni à sa conduite, puisque ce n'était qu'un jeu. « Oui, dit Solon, en frappant « avec force la terre de son bâton ; mais si nous souffrons ,

< si nous approuvons le jeu, nous trouverons la réalité dans

< nos contrats. »

Ce qu'on appelait déjà tragédie, avant Thespis, n'était antre chose que le dithyrambe, le chant en l'honneur de Bacchus. Ce chant, tantôt triste et plaintif, tantôt vif et joyeux, libre dans son allure, dégagé de presque toutes les enlraves métriques, était une sorte d'épopée, où se déroulait le récit des aventures du dieu. Le chœur qui l'exécutait dansait, en chantant, une ronde continue autour de l'autel de Bacchus. Sur cet autel on immolait un bouc ; et le nom de la victime, tpéfoç, fait comprendre comment le chant du sacrifice a pu recevoir le nom de tragédie^ TpaYcj>§i«, c'est-à-dire chant du bouc, et pourquoi tels et tels poètes dithyrambiques, antérieurs à Thespis, sont cités comme auteurs de tragédies. Suivant quelques-uns, le mot tragédie vient de ce que les chanteurs du dithyrambe se déguisaient en satyres, avec des jambes et des barbes de bouc, pour figurer le cortège habituel de Bacchus. Cette opinion peut jusqu'à un certain point se soutenir, mais non pas celle qu'a exprimée Boileau, d'après Horace, qu'un bouc était le prix de celui qui avait le mieux chanté. Le prix du dithyrambe était un bœuf, qu'on décernait, non pas au meilleur choreute, mais au poëte qui avait composé le chant, la musique et la danse, et qui en avait dirigé l'exécution. Virgile pourtant aurait dû faire réfléchir Boileau, et lui faire comprendre la méprise d'Horace. Il s'agit, dans les GéorgiqueSy de la victime de Bacchus; et c'est au sacrifice du bouc que Virgile rapporte l'origine des représentations dramatiques, et de ces concours où les enfants de Thésée, comme il dit, proposaient des prix aux talents. Mais les critiques n'ont pas même fait attention à cet important témoignage*

Kk CHAPITRE XVll.

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Voici quelles étaient les innovations poétiques dont s'était scandalisé le vieux Soion. Thespis avait imaginé de prendre pour sujet de poème une portion bornée de la légende de Bacckus, Thistoire de Penthée par exemple, et de la mettre non plus en récit, mais en action. Le chœur chantait et dansait encore, mais non plus d*une façon continue. De temps en temps, un personnage s'en détachait, et parlait seul, soit pour répondre aux paroles du chœur, soit pour raconter ses pensées, soit pour provoquer le chœur à de nouveaux chants. Thespis n*employait dans ses tragédies, au dire des anciens, qu'un seul acteur ; un seul à la fois, bien entendu, mais non pas toujours le même. Les Suppliantes d'Eschyle peuvent donner une idée du système dramatique de Thespis ; car, sauf un seul dialogue, il n'y a jamais qu'un seul acteur en scène avec les filles de Danaûs. Au reste, la partie purement lyrique, dans les compositions de Thespis, était de beaucoup la plus considérable. Le sujet dramatique, l'épisode, comme on disait, avait très-peu de développement; et l'acteur, Ottoxpittjc, le répondant, suivant l'acception du terme grec, s'adressait au chœur en vers dont la forme et le caractère tenaient de bien près encore aux mètres lyriques. Thespis se servait, dans le dialogue, du tétramètre trochaïque, et non de l'ïambe.

Il paraît que Thespis avait poussé l'audace jusqu'à se passer quelquefois de prendre ses sujets de tragédies dans la légende de Bacchus. Parmi les titres des pièces que lui attribuent les anciens, il y a une Alceste. Ce qui rend le fait assez vraisemblable , c'est que les poètes dithyrambiques eux-mêmes n'avaient pas toujours été fidèles à la tradition de leurs devanciers. Ceux de Sicyone, dit-on, fatigués de répéter sans cesse ni fin les mêmes récits, avaient ajouté aux louanges de Bacchus celles de quelques autres dieux, ou de héros des vieux âges : ils finirent même par oublier Bacchus , dans le dithyrambe, dans le cbantbachique, au profit d'Adraste, leur héros national. La première fois qu'il en

fiil ainsi, les assistants étonnés s'écrièrent : Quel rapport ceci a-t-il avec Bacchus? mot qui passa depuis en proverbe, n n*e&t pas étonnant que Tiiespis, une fois en possession de Tart merveilleux de captiver les hommes, ait essayé de s*en servir de diverses façons, et indépendamment de toutes les circonstances où Tavaii découvert son génie. Peu lui importait, pourvu qu'il intéressât des spectateurs au dévouement de la femme d'Admète , que tel censeur morose rappelât le chœur à ses devoirs habituels, et murmurât le proverbe sicjonien : Quel rapport ceci a-t-il avec Bacchus?

D ne reste rien des tragédies de Thespis. Les vers qu'en citent quelques anciens n'ont aucun caractère d'authenticité. Nous ne savons pas même si Thespis était un écrivain d'un vrai talent; mais Aristophane nous apprend que la partie chorégraphique des compositions du vieux poète était fort remarquable ; et il y avait encore, au siècle de Périclès, des amateurs qui préféraient à des chœurs plus modernes les danses surannées de Thespis.

Tout le monde a répété , d'après Horace » l'historiette du tombereau où Thespis promenait ses acteurs : « Thespis, dit-on, inventa la muse tragique, genre auparavant inconnu; et il porta sur des chariots ses poèmes, que chantaient et jouaient des hommes au visage barbouillé de lie '. » Pourtant, sur ce point, Horace s'est manifestement trompé. Il a confondu Thespis avec Susarion, l'inventeur de la comédie* C'est de Susarion que d'autres anciens content la chose. La tragédie, dès le temps du simple dithyrambe, se représentait auprès de l'autel de Bacchus. Les acteurs de Thespis récitaient et n'improvisaient pas ; et un chariot ambulant ne saurait être un théâtre que pour des improvisateurs. Horace, qui parlait tout k l'heure des poèmes de Thespis, a pu •les lire comme d'autres Romains. « Les Romains, dit-il, dans le repos qui suivit les guerres Puniques» se mirent à

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