I. La Paix^ T«rt 4l4i etiuiranU
que. Mais on peut dire que Platon et Phërécrate ne sont pas moins inconnus que ceux dont je parlais tout à l'heure ; et l'ancienne Comédie , aux yeux des Grecs mêmes , se personnifiait tout entière dans trois hommes, Eupolis, Gratinus et Aristophane. Eupolis est représenté comme un poète agréable et ingénieux , bien plus que comme un satirique véhément et redoutable. Il excellait dans l'allusion, dans la critique indirecte : il n'avait pas besoin de la parabase pour faire entendre aux Athéniens tout ce qu'il voulait qu'on entendit, et pour adresser aux spectateurs de bonnes et piquantes leçons. Il parait que ses attaques , pour être plus détournées et moins outrageuses, ne plaisaient guère plus, & ceux qui en étaient l'objet, que les sarcasmes et les invectives d'Aristophane. On conte, en effet, qu'Alcibiade fit noyer Eupolis , pour se venger d'avoir été livré par lui aux risées populaires. Cratinus manquait, dit-on , de grftce et de bonne humeur, et il ne savait ni combiner harmonieusement le plan de ses pièces , ni les conduire et les développer avec art. Il se distinguait surtout par son ftpreté satirique et par l'à-propos de ses saillies. Voici toutefois un passage qui prouve que Cratinus n'était pas toujours injuste , et qu'il s'entendait aussi k louer les hommes de bien : « Et moi je me flattais , moi Métrobius le greffier, que cet homme divin et le plus hospitalier du monde, le premier des Grecs en toutes vertus, Cimon enfin, me ferait passer heureusement ma vieillesse dans une douce abondance à ses côtés, jusqu'à la fin de mes jours. Mais Cimon m'a laissé; il est parti avant moi.» Aristophane, qui n'était pas seulement un homme de talent, mais un homme de génie ; qui réunissait en lui toutes les qualités et de Cratinus et d'Eupolis, la verve mordante et la passion de l'un, la gaieté, la finesse, la grftce et l'art plus savant de l'autre, et qui avait, au souverain degré, l'enthousiasme lyrique et la perfection du style, se plaça, dès son début, non pas à côté mais au-dessus d'eux dans l'estime des contemporains; et les siècles suivants n'ont fait que ratifier ses droits à cette espèce de royauté sur tous les poètes de l'ancienne Comédie.
AUTRES POETES DU SœCLE DE PËBICLÈS.
PAHYASIS. — CBŒRILUS DE SAJfOS. — - ANTIMÀCHUS. — CRITIAS. -* LES VÉRITABLES ÉLBGIAQUES DU CINQUI&ME SIÈCLE.
PflBJMihl.
L'ëclal extraordinaire de la poésie dramatique, dorant le grand siècle de Périclès, ne doit pas nous empêcher d'apercevoir çà et là, à travers cette époque, les figures de quelques hommes qui avaient continué de marcher dans les voies de Fantique poésie, et qui ne furent pas toujours indignes des vieux maîtres.
Panyafiis, cet oncle d'Hérodote dont j'ai déjà cité le n<mi, éteit l'auteur d'une épopée sur Hercule. VHéracléide de Panyaais L'emportait, au jugement des Grecs , sur tous les autres poèmes dont la vie et les travaux du héros thébûa avaient fourni le sujet. Panyasis était compté parmi les classiques. On estimait, dans sou œuvre, la sagesse de Fordonnance et l'intérêt des narrations ; et le style, qui laissait à désirer pour l'élévation et la force, se recommandait par l'élégance et la grftce.
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Chœrilus de Samos, différent du poëte tragique de ce nom^ s'essaya dans l'épopée historique, maïs avec un médiocre succès. Il avait pris pour sujet la seconde gu^re Médique. Je doute que cet ouvrage, qui dut venir quelque temps après les Perses d'Eschyle, ait fait autre chose que d'augnsbenter l'admiration des Grecs pour l'épopée drama^ tique du soldat de Marathon et de Salamine. Horace dit que Ghœrilus avait du bon, mais assez peu ; et rien ne preuve qu'Horace ait porté sur son poëme un jugem^ trop sévère.
AUTRES POÈTES DU SIÈCLE DE PËRICLÊS. 33d
Aitimachua, i^ à Claros, en looie, mais qn'on nomme Antimaehtta de Golophon, à cause de la ville où il faisait son ifynr^ était un autre homme que Chœrilus. On le mettait, parmi tea poètes épiques, au premier rang après Homère. U était à peu près contemporain d'Hérodote. Son poème était une Thébdide, Quintilien, écho des critiques d'Alexandrie, caractérise comme il suit cet ouvrage : a II faut louer, chez Antimachus, la force, la gravité, un style qui n'a jamais lien de yulgaire. Mais quoique les grammairiens , d*un consentement presque unanime , lui décernent la seconde plaee dans T^opée, je dois dire qu'il manque de pathétique, d'agrément, d'ordre, d'art enfin, et qu'il montre mani£estement combien c'est chose différente d'être tout proche d'un autre ou d'être un degré au-dessous.» Antimachus a^t aussi composé un poème élëgiaque, intitulé Lydé^ dont on ignore le sujet, et qui offrait probablement des qualités et des défauts analogues à ceux de son épopée. J'ajoute en passant qu' Antimachus avait travaillé à une nouvelle recension du texte d'Homère.
CHtUM.
Crilias, qui fut un des trente tyrans d'Athènes, ne manquait pas d'un certain talent poétique ; et les fragments qui restent de ses élégies, notamment celui où il fait l'éloge de la vertu des Spartiates, ne sont pas sans mérite ; mais c'est de la poé^e un peu sèche, encore que les expressions soient qudqiiefois hardies et figurées. Les élégies de Critias semblent n'avoir été, pour la plupart, que des satires politiques. C'était du moins une satire, cette élégie où il disiût à Alcihiade : a Le décret qui t'a ramené, c'est moi qui l'ai propesé dans l'assemblée ; c'est k moi que tu dois ton retour : le sceau de ma langue est imprimé sur ces événements, n
M^tm Térliables élé^Umaes ûm ela^mlèBie fllèele.
Hais les véritables ëlégiaques du cinquième siècle, ce sont les trois grands poètes tragiques. Nous ne savons pas jusqu'à quel point l'élégie d'Eschyle sur les morts de Marathon était au-dessous du génie de l'auteur des Perses. La victoire remportée par Simonide ne prouve pas que ce fût un chant sans valeur. Eschyle a excellé dans l'épigramme, qui n'était que l'élégie même, réduite à de plus étroites proportions. J'ai déjà cité son inscription funéraire ; en voici une autre, en l'honneur des Grecs morts aux Thermopyles, qui prouve qu'Eschyle pouvait rivaliser, dans le mètre de Tyrtée, avec les poètes les mieux inspirés : «Eux aussi, ces valeureux guerriers, ils ont péri sous les coups de la sombre Parque, en combattant pour leur patrie aux riches troupeaux. Mais, tout morts qu'ils sont, elle est vivante la gloire de ceux dont jadis les robustes corps ont été ensevelis dans la terre de rOssa. »
Il n'est pas besoin, je crois, de démontrer que Sophocle n'avait qu'à vouloir, pour être le premier des élégiaques, et que les élégies qu'il avait composées devaient être des chefs-d'œuvre. Quant à Euripide, nous sommes à même de juger de ce qu'il savait faire en ce genre. Car c'est une élégie, je dis un chant en vers élégiaques, qu'il a mise dans la bouche de la veuve d'Hector, suppliante au pied des autels : «c Ce n'était pas une épouse, mais une furie, que Pftris conduisit dans la haute Ilion, cette Hélène qui vint partager sa couche. A cause d'elle, ô Troie, le rapide Mars de la Grèce, avec ses mille vaisseaux, t'a prise et t'a détruite par la lance et parle feu; à cause d'elle, infortunée! j'ai perdu Hector mon époux, que le fils de Thétis, la déesse des mers, traîna autour des murailles, attaché à son char! Et moi, de la couche nuptiale on m'a traînée au rivage de la mer, la tête chargée du joug de la servitude. Bien des larmes ont coulé le long de mes joues, quand j'ai laissé dans la poussière, et ma ville, et ma couche nuptiale, et mon époux. Ah ! infortunée, fallait-il que je visse encore le jour, pour être l'es-
AUTRES POËTES DU SIÈCLE DE PÉRICLËS. 3(il
clare d'Hermione ? Victime de sa cruauté, j'entoure de mes mains suppliantes la statue de la déesse, et je me fonds de douleur, comme la source qui dégoutte du rocher '. » Nous voilà à pleines voiles dans le pathétique, dans la vraie poésie, et bien loin de Cri lias et de ses rancunes rétrospectives.
Il y eut aussi, depuis la mort de Simonide et de Pindare, des poètes qui prenaient le nom de lyriques ; mais nul d'entre eux n*est arrivé même à la notoriété de Ghœrilus ou de Critias. La poésie lyrique avait passé tout entière, avec armes et bagages, si je l'ose dire ainsi, dans le camp dramatique, dans la tragédie, dans le drame satyrique, et dans la eomédie même.
VIE DE THUCYDIDE. — CARACTÂRB DE L'ODVRAGE DE THUCYDIDE. — STYLE DE THUCYDIDE. — EXCELLENCE MORALE DE L*0UVRA6E DE THUCYDIDE. — UN PORTRAIT TRACÉ PAR THUCYDIDE.
TIe die Tliveydllde.
Tandis qu'Aristophane et ses émules interprétaient à leur façon les événements de la guerre du Péloponnèse, et en ridiculisaient les acteurs, un homme d'un génie bien différent, qui avait aperçu, dès les premiers moments de la lutte, que de grandes révolutions se préparaient, et qui avait mis lui-même la main aux affaires, étudiait les causes réelles des dissensions intestines de la Grèce, et travaillait à en retracer un complet et impartial tableau, dévouant à cette grande œuvre sa fortune, son activité, et les loisirs que lui avaient faits ses concitoyens : je veux parler de l'historien Thucydide, fils d'Olorus.