‹ Histoire de la littérature greequeChapitre 87 sur 137 · CHAPITRE XXIV. — THUCYDIDE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV. — THUCYDIDE

Vb portrait tracé par TUnej^Mte,

Je vais transcrire un court passage , qui doniiera une iàk de cette modération d'esprit , de cette justesse d*aperçus, de ^tte vigueur et de cette sobriété de touche , qu*on ne saurut trop admirer dans Thucydide , et qui font de son ouvrage, par excellence , le livre des hommes d*Ëtat et des penseurs. C'est le portrait moral de ce grand Périclès, dont nous n'avons rien dit encore, mais dont nous ne tarderons pas à parler. « Périclès , puissant par sa dignité personnelle , par la sagesse de ses conseils , et reconnu incapable , entre tous , de fie laisser corrompre jamais à prix d'argent, contenait la multitude par le simple ascendant de sa pensée : c'était lai qui la menait, et non pas elle qui le menait lui-même; car, n'ayant pas acquis son autorité par des moyens illégitimes, il n'avait pas besoin de dire des choses agréables; il savait, en conservant sa dignité , contredire la volonté du peuple, et braver sa colère. Quand il voyait les Athéniens se livrer, hors de saison, à une audace arrogante, il rabattait leur fougue par ses discours , et il les frappait de terreur; tombaient-ils mal à propos dans la crainte , il relevait leur abattement, et ranimait leur audace. C'était, de nom, un gouvernement populaire : de fait , il y avait un chef, et Ton obéissait au premier de tous les citoyens ^ »

Pour traduire cette intraduisible langue, il m'a fallu ajouter beaucoup de mots; et je n'ai pas même pu conserver la tournure ni la physionomie de la moindre des phrases de Thucydide. Je ne garantis guère que sa pensée , non pas tout entière peut-être, mais telle que je l'ai sentie; et, même ainsi nue et défigurée , elle est assez belle encore pour justifier au besoin les plus passionnés éloges.

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