Thucydide, lirre 11, chap. txv
AIVGIENNE £LOQU£NCE POLIUQUE/
OUONES DE L*éLOQnBNCE SELON LES RHÂTEimS. — VÉRITABLES ORIGINES
BB l'Éloquence. — tbémistoclb. — arisudb. — pébiclAs. •rlsisMi 4e VéÊmqummte 0el«n le« whéêemM.
Les historiens et les critiques ont un thème tout fait sur les origines de Téloquence. Us sont généralemeut d'avis que réloquence naquit en Sicile , et qu'un certain Gorax en fut le père. Us disent qu'un autre Sicilien , nommé Gorgias , la transplanta en Attique , vers l'an 440 ; et , grâce aux travaux de ce grand homme et de ses illustres disciples, elle ne tarda pas à s'acclimater dans sa nouvelle patrie , et elle s'y développa avec une merveilleuse rapidité. Voilà ce qu'on lit dans une foule de livres, sinon textuellement, du moins quant à la substance. Je comprends très-bien que les Grecs aient été dupes jadis d'une illusion pardonnable; qu'ils aient pris les agencements de mots , imaginés par Gorgias et les siens, pour l'éloquence elle-même , et qu'ils aient appelé du même nom l'orateur véritable et le vide parleur ; mais j'ai toujours admiré qu'on ne se lassât pas de répéter ce que les rhéteurs ont écrit pour relever la dignité de leur art, bien plus que pour rendre hommage à la vérité, et qu'on nous donnât pour l'éloquence ce qui en est l'antipode : la rhétorique! Je crois fermement que Gorgias et son école auraient tué l'éloquence en Attique, si [l'éloquence n'y avait pas eu une vie trop puissante ; je crois qu'ils lui ont fait tout le mal qu'il était possible de lui faire , et qu'il n'y eut pas de leur faute si elle se releva avec tant d'éclat , après leur triomphe , dans le siècle d'Eschine et de Démosthène«
XériUMem oH^lBes de TélequeBee*
Uéloquencd est vieille en Grèce comme la Grèce diemâme. Elle existait déjà dans ces conseils que nous peint
Homère, où les chefs assemblés discutaient entre eux sur de grands intérêts politiques ou militaires. Après la disparition des monarchies, le talent de la parole devint le premier de tous les talents; et, quoique nous Q'ayons aucun renseignement particulier sur la façon oratoire dont Lycurgue, par exemple, ou Dracon, ou tel autre homme écouté du peuple, s*y prenait pour faire valoir son avis, cependant il serait quelque peu impertinent de dire que ces hommes n'étaient pas des orateurs, et qu'ils n'ont pas connu l'éloquence. Et Solon n'a-t-il donc pas su parler? N'a-t-il pas su parler non plus, ce Pisistrate, cet homme si souple et si divers , qui mena si longtemps à sa fantaisie le peuple athénien? Mais je ne veux pas remonter si haut dans l'histoire : je m'en tiens au cinquième siècle; et je trouve que l'éloquence , pour produire des merveilles dans Athènes, n'avait point attendu Tarrivée du bonhomme Gorgias.
Théoilslocle.
Voici , par exemple , un citoyen qui a vu la Grèce envahie, et qui prévoit dans l'avenir de nouveaux malheurs. U rêve aux moyens d'assurer d'avance le salut de son pays, et il les trouve. U monte à la tribune, devant une foule composée d^artisans et de laboureurs : il propose à des hommes qui ne connaissent que les combats de terre de construire des vaisseaux , et de lutter avec une flotte contre tous les ennemis; et sa proposition est accueillie, et tout se fait comme il Ta conseillé. Ce fut là le triomphe de l'éloquence de Thémistocle ; et je ne sache pas que l'éloquence en ait jamais remporté de plus complet et de plus beau. Il y a, dans la vie de Thémistocle, mainte autre circonstance où le talent de la parole dut avoir, et eut en effet, une influence non moins décisive. Ainsi , quand il obtint des Athéniens qu'ils déférassent le commandement général , contre leur vœu , au Lacédémonien Eurybiade; ainsi encore, lorsque, dans le conseil des Amphictyons, les Lacédémoniens voulant retrancher de Famphictyonie les peuples grecs qui avaient refusé de combattre les Mèdes, il défendit la cause des accusés et amena