CHAPITRE XXIX. — XÉNOPHON
siasme véhément, sans lesquels les discours les plus travaillés, j'entends les grands discours oratoires , ne sont rien que cendre et poussière. Mais son âme honnête, pleine de l'amour du bien et du beau, a trouvé plus d'une fois des accents pathétiques , pour flétrir les actions viles ou les coupables pensées, pour célébrer l'héroïsme et la vertu. H y a même telle courte harangue où il s'est élevé jusqu'à l'éloquence, en laissant parler toute seule son indignation contre les lâches. Voyez, par ei^emple, avec quelle énergie il repousse, dans VAnabase, la proposition que faisait aux Grecs le Béotien Apollonide. Il n'y avait, selon ce cœur pusillanime, d'autre salut pour les Dix Mille, après la trahison de Tissapheme, que de se rendre à Artaxerxès, et d'implorer sa clémence : « 0 très-étonnant personnage! s'écrie Xénophon, quoi ! tu ne comprends pas ce que tu vois ; tu ne te souviens pas de ce que tu entends l Et pourtant tu étais avec nous quand le roi , après la mort de Cyrus , enorgueilli de sa bonne fortune , envoya nous commander de mettre bas les armes. Au lieu de les mettre bas, nous nous en couvrîmes, et nous allâmes planter nos tentes près de lui. A ce défi que répondit-il? que ne fit-il pas pour obtenir la paix? U envoya des députés, il sollicita notre alliance, il nous fournit des vivres, jusqu'à ce que le traité eût été conclu. Puis, nos généraux, nos chefs de bande, confiants dans la foi du traité, sont allés sans armes conférer avec eux, comme tu nous conseilles de le faire encore. Où en sont-ils maintenant? frappés, blessés, couverts d'outrages, ils ne peuvent, les infortunés, obtenir la mort, qu'ils implorent sans doute comme un bienfait. Tu sais tout cela, et tu traites de bavards frivoles ceux qui conseillent la défense ; et tu proposes qu'on aille de nouveau supplier le roi ! Mon avis , soldats, c'est de repousser ce misérable de nos rangs ; c'est de lui ôter son grade, de lui mettre les bagages sur le dos, et d'en faire un goujat : un Grec vil à ce point est l'opprobre de sa patrie, l'opprobre de la Grèce entière ^ »