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traditions obscures, que des indications isolées sur les mains sacrilèges, qui osèrent toucher à la sainte, à la sacrée majesté des Brahmanes; mais il y est question en même temps des peines effroyables réservées à de tels impies. Bien des audacieux ont éprouvé le sort de Frédéric Barberousse et sont tombés dans l’oubli (1) I '
Les Smàrtasûtras , qui ont occasionné cette digression, nous donnent en général déjà une idée complète du Brahmanisme, et ne proviennent, soit comme annotations, soit seulement comme recueils de traditions, certainement que d’une époque où l’on était en danger de perdre, plus qu’on ne voulait, de la Smriti, la précieuse transmission de famille à famille. Bien que certainement cette tradition se fût, comme nous venons de le voir, déjà notablement modifiée dans ces familles particulières elles-mêmes , sous r i n fluence du B r a h m a n i s m e , celte influence ne se fit néanmoins sentir en général que dans les rapports politiques, tandis que les mœurs et les usages domestiques se conservèrent intacts dans leur ancienne fonne ; aussi ces ouvrages renferment-ils un riche trésor d’idées et de notions de la plus haute antiquité. Nous avons du reste à y remarquer encore les débuts de la littératuie juridique, dont le contenu répond tout à fait au leur pour une partie, et dont les auteurs pour la plupart se nomment comme ceux des Grihyasûtras.
(1) Allusion aux longues luttes de Frédéric I" avec les papes, et aux efforts (lu clergé pour anéantir sa mémoire. {Note du trad. )
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Quant aux parties spécialement juridiques des codes, le droit civil, le droit criminel et le droit politique, il ne s’y trouve en effet que peu de points de liaison. Du reste, on ne les aura probablement réunis que lorsqu’un péril pressant les menaçait réellement, et que par là il devenait nécessaire d’assurer leur existence. Grâce à l’action constante de ces principes vitaux, le danger d’une destruction lente et successive n’était pas à redouter aussitôt ici, autant que pour les usages appartenant au culte domestique, mais il fallait craindre les attaques redoutables que le Bu ddhisme, se fortifiant peu à peu, dirigeait contre la constitution Brahmanique, le Budhisme, qui né d’abord simplement d’une hétérodoxie théorique à propos du rapport de la matière avec l’esprit et d’autres questions semblables, mais dirigé avec le tems vers les points pratiques de la religion et du culte, mettait en question toute l’existence du Bhramanisme, en ce que la caste des guerriers et les classes opprimées du peuple surtout s’en faisaient une arme, pour secouer le joug excessif des prêtres. Aussi je regarde comme entièrement exact le renseignement donné par Mégasthène, à savoir que les Indiens de son tems ne rendaient la justice que ùvo « de mémoire » , et comme dénuée de fondement cette opinion, que pyjjp'-i n’est ici qu’une fausse traduction de Smriti dans le sens de Smritiçâstra « traité de la Smriti » (1). Mais il est probable que bientôt après, par
(1) Cette manière de voir a été le mieux exposée dans le Mégastlièno de Schwanbeck, p. 50, 51.
LITTEKATURE VËDIQDE.
la raison mentionnée plus haut, et par suite du changement du Buddhisme en une religion anti-brahmanique, la position a changé et que l’on a composé par exemple un livre de lois de Manu (eu prenant pour base le Mânavam Grihyasûtram). Mais ce code n’appartient plus à la fin de la période védique, mais au commencement de la période suivante.
De même que pour les Grihyasûtras à côté des Brâhmanas, où ne se rencontrent qu’ accidentellement çà et là des points de contact, nous avons trouvé dans la Smriti un fond indépendant, de même nous réussirons à le trouver pour les Sûtras qui ont rapport à la langue, et il se présente en effet à nous dans la récitation des hymnes et des formules pendant le sacrifice. Si par conséquent ils sont à la même hauteur que les Brâhmanas , qui devaient leur naissance à la même cause, nous ne pouvons rapporter ce fait qu’aux notions sur les rapports du langage, qui les ont nécessairement précédés de beaucoup, puisqu’elles y sont supposées, mais nous ne pouvons le leur rapporter à eux-mêmes, en ce que pour nous le résultat de telles recherches particulières s'y trouve déjà réuni en un tout.
Il était donc évidemment beaucoup plus naturel avant tout de chercher à s’éclairer sur le rapport entre la prière et le sacrifice, que de faire de la forme de la prière elle-même l’objet des recherches. Plus l’acte devint sacré, plus le culte se concentra peu à peu, et plus grandit aussi l’importance des prières qui s’y rapportaient
PHEMIÈRE PERIODE.
ainsi que leur prétention à être autant que possible fixées et à rester pures. Ce qu’il y avait de plus pressé à faire pour y parvenu’ était de fixer le texte des prières, puis de corriger la prononciation eUla récitation, enfin de conserver la tradition concernant leur origine. Ce ne fut qu’avec le teins et peu à peu, alors que leur sens littéral devenait plus étranger aux progrès du langage (et ce fait arriva naturellement beaucoup plus tard pour les prêtres, à qui ce sens était familier, que pour le reste du peuple^, qu’il s’agit aussi de prendre des soins pour fixer et assurer ce sens. Afin d’atteindre ces divers buts, ceux qui le possédaient le mieux devaient bien condescendre à instruire les autres, et ainsi se formait autour d’eux un cercle de disciples voyageurs, qui allaient de l’un à l’autre, selon qu’ils étaient attirés par le renom d’un savoir spécial. Ces recherches ne se renfermaient naturellement pas dans les questions de langage ; elles embrassaient tout le cercle de la théologie brahmanique, s’étendant également aussi au culte, à la dogmatique, à la spéculation, unis tous par d’intimes liens. Nous devons en tout cas admettre chez les Brahmanes de ce temps un mouvement intellectuel très-actif, auquel leurs femmes mêmes prenaient une part réelle, et où nous pouvons chercher un motif de plus de là prééminence qu’ils conservaient et qu’ils exerçaient sur les autres classes du peuple. D’ailleurs les guerriers ne s’interdisaient pas non plus ces recherches, surtout, quand ils eurent obtenu quelque repos de leurs ennemis extérieurs. .Nous avons
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là une image fidèle de la période scolastique du moyen âge : des rois, dont la cour formait le centre de la vie intellectuelle, des Brahmanes , qui avec une vive émulation dirigeaient leurs recherches sur les questions les plus élevées que l’esprit humain puisse soulever, des femmes, qui avec un entrainement enthousiaste se plongeaient dans les mystères de la spéculation, imposaient aux hommes étonnés par la profondeur et la hauteur de leurs conceptions, et expliquaient dans un état, que d’après les descriptions, nous devons reconnaître comme le somnambulisme, les questions qu’on leur proposait sur les choses sacrées. Comment en réalité avaient lieu ces explications, et surtout quelle valeur absolue doit-on attacher à de telles recherches, c’est là une autre question; car enfin des subtilités scolastiques n’ont aussi aucune valeur absolue, et ce n’est surtout que la lutte et l’effort qui ennoblissent le caractère d’une telle période.
Les services que cette époque a rendus, en favorisant les recherches sur le langage, sont d’une grande importance. D’abord nous lui devons la fixation du texte des prières, puis des diverses Samhitâs, et leur rédaction. 11 fut pris peu à peu à ce sujet des mesures très-minutieuses, ei il existe sur l’étude, le Pàtha de ces textes aussi bien que sur leurs divers modes de conservation par l’écriture, ou par la mémoire (ce double fait est possible) des règles si spéciales, que sans doute depuis ce temps une altération du texte ( les interpolations exceptées ) est devenue tout à fait impossible. Les règles sur ce point, aussi bien
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que celles qui traitent de la prononciation des mots et de la récitation de ces morceaux, se trouvent dans les Prâtiçâkliyasûtras, écrits, qui n’ont été connus que tout récemment (l). Un tel Prâtiçâkhyasûtra ne se rattache pas toujours seulement à la Samhitâ d’un Véda, mais il en embrasse toutes les écoles : il donne les définitions générales sur la nature des sons, sur la nature des règles euphoniques qui y sont observées, sur l’accent et ses modifications, sur la modulation du ton, etc. ; de plus nous y trouvons aussi consignés tous les cas divers, où l’on remarque des changements particuliers concernant le son ou autres, et nous avons par là un excellent moyen critique pour reconnaître l’état du texte de chaque Samhitâ au temps où son Pràtiçâkhyam a été composé. Si dans quelque partie de la Samhitâ se rencontrent certaines particularités phonétiques, sans que le même fait soit présenté dans le Prâtiçâkhya, nous avons là une preuve bien évidente, que cette partie n’appartenait pas encore à la Samhitâ. Les règles sur la récitation du Véda, c’est-à-dire de sa Samhitâ, (2), dans les écoles, avec répétition de certains mots dans diverses combinaisons, donnent une image très-frappante du soin, avec lequel on cultivait cette étude (.'î).
(1) Par Roth dans son traité sur la littérature et l’histoire du V'éda, p. 53 sq. ( traduit dans le journ. de la Soc. As. du Bengale, 1848, p. 6 sq.)
12) Rigoureusement parlant, celles-ci seulement sont : Véda.
(3) V. le beau travail de M. Ad. Régnier sur le Prâtiçâkhya du Ri g- véda (Journ. Asiat. av. mai 1858).
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Nous avons de plus ici un riche dépôt de matériaux pour la métrique. La connaissance des lois de la métrique doit naturellement avoir été familière aux chantres des hymnes eux-mêmes. Aussi nous trouvons déjà désignés çà et là dans les hymnes du Rik les plus modernes les noms techniques de divers mètres. Dans les Brâhmanas on joue sur le mètre de la façon la plus puérile et un rapport mystique est établi entre leur harmonie et celle du monde, présentée comme en étant la base. Leur rhythme charmait trop l’esprit naïf de ces penseurs pour ne pas leur avoir donné nécessairement l’occasion de former de tels symboles. Le développement ultérieur de la métrique engagea aussi ensuite à rechercher plus spécialement ses lois, et ces recherches nous sont conservées, en partie dans les Sûtras qui traitent directement de la métrique (par ex. Nidânasûtram) , en partie dans les Anukramanîs, collection particulière d’ouvrages, qui, observant l’ordre de chaque Samhitâ, citent, pour chaque hymne ou pour chaque prière, le poète, le mèire et le dieu, et qui du reste n’appartiennent probablement qu’à une époque postérieure àcelle de la plupart des Sûtras, époqueoù le texte de chaque Samhit<â existait déjà dans sa rédaction définitive, et cela, dans la division en parties plus grandes et plus petites faite pour en régler l’étude : les parties les plus petites formaient la tâche particulière du disciple. — La conservation de la tradition concernant les auteurs et l’origine des prières se rattache ici trop intimement pour que je puisse la séparer des Sûtras qui traitent du
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langage, quoiqu’elle ait donné naissance à une tout autre classe d’ouvrages. Les plus anciennes traditions à cet égard se trouvent, comme nous l’avons dit, dans les Brâhmanas eux-mêmes, où sont données en outre des traditions sur l’origine et l’auteur de telle ou telle forme du culte; en même temps que leBrâhmana se fonde souvent sur des Gâthâs, strophes d’hymne, qui s’étaient conservées à cet égard dans la bouche du peuple. Nous devons évidemment chercher dans ces légendes l’origine des Itihâsas et des Purânas postérieurs et plus considérables, qui n’ont fait qu’élargir leur cercle, mais qui du reste se développaient presque entièrement de la même manière, comme le prouvent plusieurs des anciens fragments conservés par exemple dans le Mahâbhârata. L’ouvrage le plus ancien en ce genre connu jusqu’à ce moment est la Brihaddevatâ de Çaunaka en çlokas, qui, tout en s’attachant étroitement à l’ordre de la Riksamhità, montre cependant déjà par le nom, quelle ne s’y rapporte proprement que par hasard. Son but essentiel en effet est de désigner le dieu que concerne chaque vers de la Riksamhitâ, mais elle ajoute tant de traditions à l’appui de son opinion, quelle doit légitimement être comptée ici. Pourtant elle n’appartient, comme les autres Anukramanîs, qu’à une époque très-postérieure à celle de la plupart des Sûtras, en ce quelle suppose déjà Yâska l’auteur de la Nirukti, dont il sera bientôtquestion, et quelle s’appuie essentiellement sur lui.
rl’ai fait observer plus haut que les recherches sur le
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sens littéral des prières prirent naissance successivement, à mesure qu’il commença à devenir partiellement obscur, et que, comme ce changement eut lieu pour les prêtres qui le possédaient plus tard que pour le reste du peuple, la langue de ce dernier dut peut-être avoir subi déjà des modifications importantes. La première chose que l’on fit pour l’intelligence du texte fut en partie de rassembler des Synonymes, qui s’expliquaient par leur ordre même, en partie surtout de réunir les mots tombés en désuétude et de les expliquer ensuite séparément dans l’exposition orale. Ces mots réunis ainsi se nommaient rangés, enlacés, Nigranthu, et par corruption Nighantu (l),etceux qui s’en occupaient Naighantukâs. Il nous est aussi resté un ouvrage de ce genre en cinq livres, dont les trois premiers contiennent des synonymes, le quatrième expose particulièrement les termes difficiles du Véda, et le cinquième donne une classification des diverses divinités, qui se présentent dans le Véda. Nous avons encore une des anciennes leçons orales sur ce sujet, qui en fonnentle commentaire, sous le nom de Nirukti <i interprétation» , dont l'auteur est appelé Yâska : l’ouvrage se compose de douze livres, auxquels deux autres, qui lui sont étrangers, ont été ajoutés postérieurement. Les Indiens les rangent parmi les livres nommés Védângas, en même temps que Çixâ, Chandas, Jyotisham, trois opuscules trèspostérieurs, sur le système phonétique, la métrique et
(1) V. Roth. Introduction à la Nirukti, p. xii.
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les calculs astronomiques, et que Kalpa et Vyâkaranam, c’est-à-dire cérémonial et grammaire, deux espèces d’écrits d’un caractère général : primitivement les quatre premiers noms n’ont aussi désigné en général que l’espèce d’écrits et n’ont été appliqués que plus tard aux quatre ouvrages particuliers pour lesquels ils ont maintenant une signification spéciale. Dans la Nirukti, ouvrage de Yâska , nous trouvons les premières notions générales de grammaire. En partant du système phonétique, dont la règle était fixée dans lesPrâtiçâkhyasûtras d’abord seulement pour chaque Védasamhitâ, on est allé peu à peu plus loin, d’abord à une vue d’ensemble sur le système phonétique, mais ensuite aussi aux autres parties du domaine du langage ; on avait reconnu et séparé la flexion, la dérivation, la composition et fait des remarques de tout genre sur les modifications du .sens des racines, qui en étaient la conséquence nécessaire. Yâska fait une assez longue énumération des grammairiens antérieurs, en partie avec des noms particuliers, en partie avec les noms généraux de Nairuktâs, Vaiyâkaranâs, de sorte que de là nous pouvons conclure qu’il régnait une très-grande activité dans les travaux sur le langage. L’étude de la langue doit en particulier, d’après un passage du Kaushîtaki-Brâhmana, avoir été poussée avec ardeur dans le nord de l’Inde, et le résultat de ce fait est aussi que de ces contrées, c’est-à-dire du nordouest, est venu le grammairien que l’on peut regarder comme le père de la grammaire sanscrite, Pânini. Mais
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si y âska ne peut déjà être compté que dans les derniers rangs de la période védique, Pânini, qu’un intervalle plus grand encore sépare de Y âska , appartient certainement à la fin extrême de cette période, soit au commencement de la suivante. Pour airiver de la simple dénomination des termes grammaticaux par le sens des mots correspondants, comme nous le trouvons dans Yâska,aux indications algébriques données par Pânini, on doit admettre dans l’intervalle une grande activité d’études. Du reste Pânini lui-même suppose déjà aussi comme connues quelques-unes de ces indications ; il faut donc le considérer, non comme ayant inventé, mais comme ayant perfectionné d’une manière rigoureuse sa méthode d’ailleurs si excellente et si complète.
Enfin la spéculation a eu à côté des Brâhmanas et après eux son développement particulier, et c’est dans cette partie, comme dans la grammaire, que les Indiens ont déployé le plus largement leur génie, souvent si merveilleusement riche en distinctions délicates, quelque naïve et obscure que soit d’ailleurs la manière dont ils y procèdent sous d’autres rapports.
Dans le dernier livre de la Riksamhitâ, on trouve plusieurs hymnes d’une nature spéculative, qui trahissent une grande profondeur, une grande concentration de la pensée au sujet du principe fondamental des choses, et qui font nécessairement supposer une époque de spéculation philosophique très-ancienne. Ceci s’accorde avec l’antique réputation de la sagesse Indienne, avec les récits
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des compagnons d’Alexandre sur les gymnosophistes indiens, etc.
Aussitôt que la spéculation se fut quelque peu fortifiéer, des théories et des points de vue différents ne pouvaient manquer de se présenter déjà de bonne heure, particulièrement sur l’origine du monde ; car ce problème, le plus merveilleux et le plus difficile, était aussi leur question favorite; de sorte que dans chaque Brâhmana nous trouvons au moins un ou plusieurs récits sur ce point, et dans les ouvrages de ce genre plus considérables un grand nombre d’hypothèses différentes d’une nature cosmogonique. Une distinction capitale consistait naturellement dans la question de savoir si l’on a supposé une matière primitive se confondant avec le monde ou un esprit primitif (et créateur) : La dernière supposition devint peu à peu la doctrine orthodoxe ; aussi est-elle représentée le plus souvent possible et presque exclusivement dans les Brâhmanas. Mais les partisans de la première opinion, qui insensiblement fut considérée comme hétérodoxe, devinrent avec le progrès de la pensée des ennemis encore plus dangereux pour l’orthodoxie ; se renfermant d’abord simplement dans le domaine de la théorie, ils se tournèrent bientôt aussi vers des questions pratiques, et devinrent ainsi les fondateurs de la forme de religion, que nous connaissons sous le nom de Buddhisme. Le mot buddha « réveillé, illuminé » était originairement le surnom de tous les sages, même des orthodoxes : Ce qui le prouve, c’est d’un côté, l’emploi de la racine budh
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dans les Brâhmanas, de l’autre celui du mot buddha lui-même dans les écrits védantiques les plus récents. Le rapport technique du mot est également le rapport secondaire, comme c’est le cas pour un autre mot qui s’y rattache et que les Buddhistes se sont aussi approprié entièrement plus tard comme leur bien, le mot çramana. Ici on peut démontrer aussi bien l’usage correspondant de la racine çram que du mot çramana lui-même cité à diverses reprises dans les Brâhmanas comme nom honorifique. Quand Alégasthène dans un passage cité par Strabon distingue directement deux classes de philosophes , les Bpxxi>-ocvcci et les Zccpaxvxt , on croit ne pas devoir comprendre encore sous ce dernier nom les mendiants Buddhistes, du moins pas encore exclusivement, en ce qu’il nomme expressément comme une partie des SxppLxycxi les vAo'fiioi, c’est-à-dire les Brahmacârin et les Vânaprasthas, le premier et le troisième degré de la vie brahmanique. La différence entre les deux espèces de philosophes consistait probablement en ceci, à savoir que les Bpayy.a.vai sont les « philosophes » de naissance, ainsi que ceux qui vivaient comme pères de famille Grihastha, et que les SapfAavai au contraire sont ceux qui se vouaient à des mortifications particulières et pouvaient aussi appartenir à d’autres castes. Les llpxfjLvxi dans un autre passage de Strabon (v. Lassen Indien I, 836), que, d’après les relations du temps d’Alexandre, il oppose aux Brahmanes comme des dialecticiens disputeurs et habiles, tandis qu’à ceux-ci il attribue la
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physiologie et l’astronomie comme principale occupation, doivent être considérés comme identiques aux Sapfiavat, et ce qui le prouve, c’est que l’on rapporte absolument la même chose des uns et des autres, ou bien l’on peut avec Lassen les comprendre comme prâmâna, c’est-à-dire comme ceux qui s’appuient sur le pramânam, la preuve logique, et non sur la révélation. Mais comme ce dernier terme n’est pas encore connu dans les écrits de ce temps, le renseignement de Strabon pourrait dans ce cas bien difficilement être admis pour l’époque d’Alexandre ; il n’aurait de valeur que pour un temps plus lapproché. On ne peut encore, surtout à cette époque, parler de systèmes philosophiques : il n’y a que quelques notions et des spéculations dans les parties des Brâhmanas qui s’y rapportent, dans ce qu’on nomme les Upanishads {séance, leçon) : il est vrai qu’il y règne déjà une tendance très-prononcée à formuler et à diviser, mais les recherches se renferment encore dans un domaine étroit et resserré. Puis, dans les Upanishads qui se trouvent dans les Aranyakas, c’est-à-dire dans les écrits, contenant des suppléments aux Brâhmanas et destinés spécialement aux OXôêioi (1), se montre déjà un important progrès dans l’art de systématiser et d’étendre, et un bien
(1) Le nom d'Aranyaka ne se trouve que dans le Vârttika, comment, du livre dePànini,IV, 2, 129, -ensuite dans Manu, IV, 123. Yûjnavalkya, I, 145, dans les deux passages en opposition avec le Véda, 111, 110, 309, et dans les Atharvopavisiiads (v. lad. Stud., U, 179).