LES POÈTES. MARINI
bizarre jusque dans le. titre de ses poésies : il en a quHl intitule la Lyre, le Chalumeau ; il crée des catégories nouvelles, des Risées, des Sifflets, des Louanges, des Baisers, des Larmes, des Dévotions ; telle de ces catégories est lugubre, telle autre champêtre, amoureuse, marine, « polyphémique. » Ces deux dernières espèces sont les meilleures, car les Napolitains ont excellé surtout dans le genre pastoral et dans le maritime. Quand Marini mèl dans la bouche de Polyphème des sonnets en l’honneur de Galatée, il rend bien ce cyclope brutal et grossier. Versification heureuse, style riche et pittoresque, tableaux animés et vivants, abondance prodigieuse, ce poète a toutes les qualités de l’improvisateur le mieux doué, il n’a pas celles que donnent le travail et la méditation. Pourquoi eût-il travaillé ? C’est par ses défauts qu’il plaisait. Il trouva, toute sa vie, des princes et des grands prêts à l’héberger et à l’admirer. Naples, Rome, le Piémont, la France, se le disputèrent. C’est en France qu’il chercha un abri contre les dangers que lui créait la liberté de sa pensée. Il obtint tout d’abord de Henri IV une pension de deux mille écus, c’est-à-dire des loisirs pour la poésie, et retrouva ses pairs dans une société dont Dubartas, Scudéry, Voiture et Balzac étaient les oracles, dans cet hôtel de Rambouillet surtout où régnaient deux brillantes Italiennes, deux précieuses, avant que Molière eût ridiculisé en elles le goût dépravé des deux nations.
Afin de lutter contre le Tasse, Marini avait concusle plan d’un poëme épique sur le massacre des Innocei^; ' mais il abandonna ce sujet dans l’espoir d’êlre plus ori-
DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
ginal en traitant la fable mythologique d’ Adonis. Quoiqu’il y dût rencontrer bien des personnages abstraits et sans intérêt pour les modernes, il la développa en quarantecinq mille vers étincelants de peintures, remplis d’images variées et d’adroites flatteries, dans un style merveilleux de molle harmonie et de grâce efféminée, mais que déparent une prodigieuse quantité d’épisodes oiseux et de dangereuses scènes de volupté. C’est un médiocre génie, au fond, que celui d’un poète toujours prêt à perdre son sujet de vue, à s’arrêter un temps infini à toutes les distractions qu’il rencontre sur son chemin, et tellement incapable de relier les parties de son poème, qu’on en croirait lire plusieurs tout à fait indépendants. Marini manque d’intérêt, de naturel et de vraisemblance; il remplace le sentiment par le bel esprit, et c’est par là qu’il provoquait l’enthousiasme. Comment Julie d’Angennes ne se fût-elle point pâmée d’aise à cette peinture de l’amour : «Lynx privé delà lumière. Argus aux yeux bandés, « vieillard à la mamelle, antique enfant, ignorant érudit, « guerrier sans armes, parleur muet, riche mendiant, « erreur agréable, douleur désirée, cruelle blessure d’un « ami compatissant, paix guerrière et calme orageux, le a cœur le sent et l’âme ne le comprend pas. Volontaire « foli6|.jtal chéri, repos fatigant, utilité nuisible, espé- « rance*^ans' espoir, mort vivante, crainte téméraire, « rire doufonreux, verre dur, diamant fragile, embrase- « ment glacé, glace ardente, abîme éternel de discordes « en plein accord, paradis infernal, enfer céleste. »
' C’est pour ce poème, tout ensemble héroïque, mythologique, romanesque, comique, satirique et surtout en-