‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 105 sur 169 · LES SATIRIQUES. MENZINI. SALVATOR ROSA · texte numérisé non relu

LES SATIRIQUES. MENZINI. SALVATOR ROSA

cuse, c’est que ses ennemis sont ceux du progrès et du bien, surtout ces ambitieux jésuites qui gouvernaient l’imbécile Cosme III. Mal parler d’eux exposait le poète à leur vengeance ; il s’enveloppait donc de formes obscures et presque prophétiques, souvent semblables aux tercets sibyllins de Dante et propres à décourager le lecteur; mais en général la langue est pure, l’expression précise, le vers bien construit. Menzini connaît l’art d’écrire, c’est un homme du métier.

Salvator Rosa (1615-1 675), au contraire, n’appartient aux lettres que par ses satires. 11 les écrivit moins suivant les règles que de génie, s’il eut du génie ailleurs que dans les arts du dessin. Les défauts qu’on reproche à ses vers sont ceux de sa peinture, et, si l’on peut dire, de sa personne. Vif et plein de feu, il semble improviser, et manque toutefois de naturel. Avec sa plume comme avec son pinceau et comme, au temps de Masaniello, avec Tescopette, il livre d’ardents combats, tantôt contre les marinistes, dont il reproduit en plus d’un endroit les impropriétés et les métaphores, tantôt contre le luxe ou les vices des grands, et surtout du clergé. Il ose pour la première fois tonner contre l’usage monstrueux qui peuplait de chanteurs, à peine dignes du nom d’hommes, les églises ainsi que les théâtres. La poésie, la peinture, la guerre, la musique considérées dans les ridicules et la servilité de ceux qui s’y livrent, l’envie et Babylone : tels sont les sujets des six satires auxquelles on voudrait qu’il en eût joint une septième pour flageller les pédants. Il eût peut-être appris à ne pas l’être lui-même; à éviter le vain étalage d’érudition qui le rend obscur, l’accumula-

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lion des noms les plus inconnus de Thistoire grecque ou romaine, travers bizarre chez un poète ignorant, dont les invectives sans justesse, sans gradation, sans mesure, se succèdent au hasard comme de vains commérages, et font regretter cette discrète ironie qui est la convenance de la satire et qui en fait la distinction.

L’âpre et mordante verve de Juvénal ne put donc, pas plus que l’aimable enjouement d’Horace, renaître dans l’Italie moderne. La satire n’est plus que ce badinage plaisant jusqu’à la bouffonnerie où l’auteur rit de lui-même autant que des autres, et dont Bemi avait donné le plus brillant modèle. S’y attacher, c’était la sagesse de l’esprit d’imitation ; chercher dans les mêmes voies.une forme -jiouvelle, c’était mieux encore. Un ingénieux écrivain la trouva, et donna ainsi à cette période si pauvre l’œuvre la plus véritablement poétique qu’on y ait admirée. Il comprit, éclairé peut-être par le succès de don Quichotte^ que tant d'épopées et de romanesques héros, succédant à ceux de l’Ariosle et du Tasse, avaient fatigué l’attention publique, sans la payer de ses peines. Le plaisir que prenaient alors les Italiens à la lecture de \ Enéide travestie^ œuvre médiocre de Lalli, montrait bien ce qu’il fallait oser pour répondre à cet instinct confus des jeunes générations. La satire, très-propre, par ses attaques directes et son indignation chaleureuse, à réformer les mœurs, échoue le plus souvent à faire sentir les défauts des œuvres littéraires : pour les rendre choquants, il n’y a pas de meilleur moyen que de les exagérer avec l’apparence du sérieux. Telle est ridée première du poème héroï-comique. Il n’était

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