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LA COMÉDIE

langage populaire où excellait Lippi, et qui fait contraste, dans la comédie rustique intitulée la Tancia, avec le faible style de Buonarroti, quand il veut s’élever aux termes plus choisis de la bonne comédie. Une autre pièce de lui, la Fiera (la foire), n’est qu’un immense ouvrage en cinq journées, chacune de cinq longs actes, sans compter cinq prologues ou intermèdes dépourvus de sel et d’intérêt. Allégoriques ou abstraits, les personnages, semblables à ceux de nos vieux conteurs, sont Fatigue, Commerce, Affaires, Sommeil, Oisiveté, Repos, Gain, Pauvreté, Industrie, Parcimonie, Mensonge, Gage, Change, etc. C’est un monde de gens de tout âge, de tout rang, de tout métier, c’est un chaos et non une œuvre d’art.

On en peut dire autant d’une comédie singulière, [di Révolte du Parnasse Scipion Errico (1592-1670), de Messine. La faiblesse de l’exécution ne doit pas nous rendre injustes pour une idée digne d’Aristophane, celle de mettre en scène et de tourner en ridicule les principaux poètes du temps, surtout .Marini; mais dans cette composition étrange, Homère figure à côté de Dante, les auteurs païens coudoient ceux du quatorzième siècle et du seizième, dans un pêle-mêle qui exclut toute idée de travail et de génie. Le napolitain Porta lui-même (1545-1615), regardé généralement comme l’esprit le mieux doué du temps pour le théâtre, est passé par plusieurs sous silence, tant il est dépourvu de vérité dans les caractères, de précision dans le style, de correction dans la langue, qu’il abandonne à chaque instant pour le patois, tant il s’aide de Plaute, au lieu d’inventer, tant il confond la farce avec la comédie. C’est cette pénurie

DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

(le bons auteurs et de bons ouvrages qui a fait dire, non sans injustice pour ceux du siècle précédent, que la commedia delFarte permet seule de connaître le génie comique des Italiens. On oublie trop qu’elle empruntait les scénarios à la comédie régulière, et que les meilleurs, ceux de Flaminio Scala, qu’on a imprimés, sont médiocrement dignes d’estime ; mais il est trop vrai que la vie alors s’était retirée du théâtre pour ne paraître que sur les tréteaux.

La tragédie, quoiqu’elle n’eût pas, ainsi que la comédie sérieuse, à redouter cette indigne concurrence, n’est ni plus habile ni mieux partagée. Le Soliman de Prospère Bonarelli (1590-1659), ï’Aristodème de Carlo des Dottori (1621-1688) furent loin de réaliser pour la versification, pour le style, et, comme on dit, pour la couleur locale, le progrès qu’y veulent voir des juges complaisants. Il n’y a plus de milieu entre une platitude insupportable et des élans lyriques déplacés au théâtre : ces deux extrêmes se retrouvent quelquefois jusque dans un même ouvrage. Les auteurs tragiques ne savent plus peindre les caractères et les mœurs avec cette vérité de second ordre qu’on obtient par l’étroite observation du réel, quand on manque d’idéal. A.u lieu de reproduire la nature, ce que peut faire tout esprit médiocre, on ne sait qu’imiter les formes antiques, en les gâtant par le mauvais goût des modernes. La vraisemblance est sacrifiée au dessein de faire paraître des monstres, des chevaux, des combats de chars, en un mot, tout ce qui sert au plaisir des yeux. Seul le drame pastoral, qui peut, dans une certaine mesure, s’accommoder de cette pompe,

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