‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 108 sur 169 · LA THAGÉDIE. LE DRAME PASTORAL · texte numérisé non relu

LA THAGÉDIE. LE DRAME PASTORAL

pouvait encore voir de beaux jours, si des poètes amollis et capricieux avaient su prendre la moindre part de son génie au Tasse ou de son talent à Guarini. Mais la Philis à Scyros, de Bonarelli, a tous les défauts de la pastorale, sans en avoir les qualités, et l’unique sorte de spectacle où l’on ne puisse constater la décadence, parce qu’il doit plus au machiniste qu’au poêle, c’est l’opéra.

Ce gain des lettres, si c’en est un, ne saurait consoler des pertes cruelles qu’elles eurent à subir dans cette époque désastreuse. On pouvait craindre que ces pertes ne fussent définitives, et elles l’eussent été peut-être, sans cet heureux accroissement des relations de peuple à peuple qui les fit bientôt profiter tous des plus rares dons de chacun. La France, au moyen-âge, avait beaucoup donné à l’Italie, et, au seizième siècle, en avait reçu plus encore ; notre dette fut amplement payée, lorsque, au temps de Louis XIV, ayant pris de nos voisins le goût du beau, et des anciens le sentiment et l’art qui le produisent, nos pères ouvrirent cette période littéraire qui n’est point indigne du siècle de Périclès ou d’Auguste, et qui ne le cède que par l’imagination à celui de Dante ou de Léon X. En lisant nos chefs-d’œuvre, les Italiens, si bas qu’ils fussent tombés, s’aperçurent qu’ils s’étaient trompés de route, et revinrent sur leurs pas pour reprendre la trace du génie français. Alors commença pour eux une seconde renaissance, et, en reprenant des modèles sans cesser d’être eux-mêmes, ils revinrent à ces solides qualités de la pensée et du style, qui purent bientôt les consoler de cent cinquante années d’abaissement.

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